‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 13 sur 54 · SUR ^’ATTRACTION DE GRAVITÉ · texte numérisé non relu

SUR ^’ATTRACTION DE GRAVITÉ

îes autres corps , il ne tombe pas vers la terre?

Mad. B.

C’est par l’effet de son ressort ou de sou élasticité. L’air est un fluide élastique. La propriété particulière des corps de cette espèce est de reprendre, après la compression, leurs dimensions primitives; et vous devez considérer l’air, dont l’atmosphère est composée, comme existant dans un état de compression; car ses particules étant attirées vers la terre par la gravité, sont serrées entr’elles do plus près qu’elles ne le seroient sans cela ; mais le ressort ou l’élasticité de l’air, par lequel il réussit à résister à la compression, lui donne une tendance constante à s’étendre, de manière à reprendre îes dimensions qu’il au roi t naturellement, s’il n’étoit pas exposé à l’influence de la gravité. L’air, par conséquent, est destiné à combattre constamment avec la force de gravité, sans être capable de la vaincre. Ainsi la gravité retient l’air dans les régions de notre globe, tandis que son élasticité' empêche qu’il ne tombe^ comme les autres corps vers la terre.

54 sun l’attraction de gravité

Emilie.

L’air est donc plus épais , ou je dirai plutôt, plus dense près de î a surface de la terre que dans les régions élevées de l’atmosphère; car cette partie de l’air qui est plus près de la terre doit être attirée plus fort.

Mad. Tl

La diminution de la force de gravite, a une si petite distance que celle a laquelle l’atmosphère s’étend ( comparée à la grandeur de la terre), est si petite qu’elle est presque insensible; mais la pression de la partie supérieure de l’atmosphère sur l’inférieure , rend l’air, près de la surface de la terre, plus dense que celui des régions supérieures. La pression de l’atmosphère a été comparée à celle d’une pile de toisons de laine , dans laquelle les toisons inférieures sont pressées entr’elles par la pesanteur des supérieures, légères et lâches à mesure qu’elles approchent de la toison d’en haut , qui ne reçoit point de pression extérieure , et qui est retenue purement par la force de sa propre pesanteur.

sur l’attrctïon de gravité. 55

Caroline.

ïî se présente néanmoins quelques corps qui ne peuvent pas tomber vers la terre. La fumée et la vapeur , par exemple , montent au lieu de tomber.

Pii Ai), B.

C’est encore la gravite' qui produit leur as5 cension ; du moins , si cetle force éloit détruite , ces corps ne monteroient pas*

Caroline.

Je vais me brouiller avec la gravité , si elle est si contradictoire dans ses opérations.

Mad. B.

• * ■ » '«ii

Il n’y a pas de difficulté à concilier ces e fie ts , en apparence contradictoires. L’air près de la terre est plus pesant que la fumée et que les vapeurs; par conséquent , nonseulement il supporte ces corps légers, mais il les force à monter jusqu’à ce qu’ils arrivent à une partie de l’atmosphère dont le poids n’est pas plus grand que le leur , et où ils restent stationnaires. Regardez dans ce bas-

sin d’eau • pourquoi ce morceau de papier que je jette dedaus peut-il flouer à sa surface ?

Emtxae.

Parce qu’étant plus léger que Feau , il est supporté par elle.

Mad. B.

Et si je remets de Feau dans ïe bassio , pourquoi le papier peut-il monter?

Emilie.

L’eau étant plus pesante que le papier, monte sous lui, et l’oblige à monter.

Mad. B.

C’est ainsi que la fumée et la vapeur sont poussées en haut par Fair ; mais ces corps ne peuvent pas, comme le papier, monter à la surface du fluide , parce que , comme nous l’avons déjà observé , Fair étant plus rare et plus léger à mesure qu’il s’écarte de la terre , les vapeurs ne montent que jusqu’à ce qu’elles atteignent une région où Fair soit de leur propre densité. La fumée , en eifet , monta

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fort peu ; elle est composée de menues particules de combustible emportées par un courant d’air qu’échauffe le leu qui brûle au oessous y la chaleur , vous vous en souvenez, dilate tous les corps; elle raréfie par cônséquent l’air el le rend plus léger que l’air froid de l’atmosphère; réchauffe ainsi par le feu , il emporte avec lui de la vapeur et de petites particules détachées des corps combustibles qui brûlent ; lorsque le courant u ait chaud est refroidi par le mélange de celui de l’atmosphère , les particules de charbon ou d’autres combustibles tombent , et c est ce qui produit les petits flocons qui rendent , a Londres , l’air et tout ce qu’ils touchent si

sale.

Vous me permettrez bien neanmoins de vous proposer encore une objection contre ïa pesanteur universelle des corps ; c’est 1 ascension des ballons d air ou aeiostats ; matériaux dont ils sont composés sont indubitablement plus pesans que l’air , comment donc celui-ci peut-il les supporter?

Mad. B.

J’admets que les matériaux dont les bal-

58 sur l'attraction de gravité.

Ions sont faits , sont plus pesans que Fair ; mais Pair dont ils sont remplis est un fluide élastique d une nature différente de Pair atmosphérique et beaucoup plus léger ; en sorte, qu’à tout prendre , le ballon est plus léger que Pair qu’il déplace , et monte par conséquent par le même principe que la

fumée et la vapeur. À présent, Emilie, «

voyons si vous pouvez expliquer comment la pesameur des corps est modifiée par l’effet de Pair ?

Emilie.

L air force les corps qui sont plus légers que lui à monter; ceux qui sont d’un poids égal au sien y restent stationnaires ; et ceux qui sont plus pesans descendent en le traversant; maisl’ air a quelqu’effet sur ces dei* niers ; car s’ils ne sont pas beaucoup plus pesans que lui ils surmontent avec difficulté la résistance qu’ils rencontrent en le traversant ; il les soutient , et leur chute est plus ou moins retardée.

Très-bien. Observez comme cette plume légère tombe lentement à terre , tandis qu’un corps pesant, comme cette boule de marbre,

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surmonte beaucoup pins aisément la resistance que l’air présente à sa chute , et tombe avec plus de rapidité.

Je vais jeter un caillou dans cette cuve d’eau; il ne peut pas atteindre Je fond si vite que s’il n’y avoit point d’eau dans la cuve, parce qu’il rencontre de la résistance de la part de l’eau. Supposez que nous pussions vider la cuve, non-seulement d’eau , mais aussi d air , ce caillou tomberoit encore plus vite , vu que, dans ce cas-là, il ne rencontreroit rien qui contrariât sa chute.

Yous voyez donc qu’il n’y a pas differens degrés de gravite* • niais c’est la résistance de l’air qui empêche les corps de differens poids de tomber avec des vitesses égales ; si l’air ne soutenoit pas la plume , elle atteindroit le fond aussi vite que le marbre.

Caroline.

Je ne doute pas qu’il n’en soit ainsi ; et cependant je ne peux pas me trouver satisfaite entièrement, jevoudrois qu’il y eut une place vide d’air , où l’expérience pût se faire.

Mad. B.

Si cette preuve doit vous convaincre , je

6o SUR I /ATT R ACTION DE GRAVITÉ:

peux vous îa donner. Yoici une machine appelée pompe pneumatique (fîg. 2, pî. 1.), an moyen de laquelle Pair peut être chassé d’un vase fermé, que l’on place sur cette ouverture par ou Pair est tiré au-dehors. Les verres de formes variées employés à ce but sont appelés récipients. Nous ôterons l’air de ce grand récipient , qui est placé sur l’ouverture , et nous trouverons que les corps, de quelque pesanteur ou grosseur qu’ils soient ? tomberont depuis le haut juspu’au fond dans ïe même espace de temps.

Caroline.

Oh ! celte expérience m’amusera bien ; quelle curieuse machine ! comment pouvezvous mettre les deux corps de pesanteur différente sous le verre, sans faire entrer de Pair ?

Map. B.

On y a déjà placé une guinée et une plume pour l’expérience ; voyez-vous ce petit appareil d ans la partie supérieure du récipient. Dès que Pair sera pompé , je tournerai une vis, au moyen de laquelle les plaques de laiton qui supportent les deux corps s’incline»

SUR l/ ATTRACTION DE GRAVITÉ. 6l

j’ont , et les laisseront tomber. Je crois que j’ai à present tout-à-fait pompé i air.

Caroline.

Eaissez-moi tourner la vis. — —Il est vrai que tous les deux ont atteint le iond au meme instant. Avez-vous vu, Emilie? la plume paroissoit aussi pesante que la guinée.

Oui , elle est tombée justement en même temps. Que c’est singulier! Que d’expériences amusantes on pourvoit faire avec cette machine !

Sans doute, il y en a une grande variété ; mais nous les réserverons pour éclaircir les sujets auxquels elles se rapportent ÿ si je ne vous avois pas expliqué pourquoi la guinée et la plume loraboient d’une vitesse égale ? vous n’auriez pas trouvé autant de plaisir à en faire l’expérience,

Emilie.

Je n’en aurois pas moins été surprise , mais j’y aurois pris moins d’intérêt j d’ailleurs les

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experiences aident à graver dans îa mémoire 3es faits qu’elles sont destinées à éclaircir* il sera donc meilleur pour nous de retenir notre curiosité et d’attendre , pour les autres expériences, que le sujet nous y invite.

Caroline.

De quelle manière, je vous prie, l’air est-il po mpé de ce récipient ?

Mad. B.

ïî vous faut apprendre un peu de mécanique avant de comprendre îa construction d une pompe. Ainsi , à notre premier entrelien, j’entreprendrai de vous expliquer les lois du mouvement, comme une introduction à ce sujet.

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