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■sur l’attraction de GRAVITÛ. 47 Caroline,
La raison pour laquelle un corps pesant tombe plus rapidement qu’un corps léger , est, je suppose, que la terre l’attire plus fort?
Mad. B,
La terre, il est vrai , attire un corps pesant plus qu’un corps léger, mais cela ne fait pas que l’un tombe plus rapidement que l’autre?
Caroline.
Cependant, puisque c’est l’attraction qui occasionne la chute des corps , sûrement plus un corps est attiré plus il tombe rapidement. D’ailleurs l’expérience prouve qu’il en est ainsi. Ne voyons-nous pas tous les jours les corps pesans tomber rapidement, et les corps légers lentement,
Emilie.
Une considération me frappe comme Caroline , c’est que l’attraction étant proportionnée à la quantité de matière , la terre doit nécessairement attirer un corps qui en contient une grande quantité, plus fort, et
4 8 sur i/attraction de gravite;
par conséquent, îe tirer jusqu’à terre plus vite qu’un autre qui eu contient une moindre quantité.
I ons devez considérer que si les corps pesans sont attirés plus Fort que les corps légers, il faut plus d’attraction pour les Faire Tomber. Souvenez-vous que les corps n’ont pas de tendance naturelle à tomber, pas plus qu’à s’élever ou à se mouvoir latéralement 9 et qu’d ne tombent pas, s’ils ne sont poussés par quelque Force; or, cette Force doit être proportionnée à lu quantité de matière qu’elle doit mouvoir ; un corps qui est composé de 1000 particules de matière, par exemple, requiert dix Fois plus d’attraction, pour le tirer jusqu’à la terre dans le même espace de temps qu’un corps qui n’est composé que de 100 particules.
Caroline.
Je ne puis comprendre cela ; car il me semble que plus un corps est pesant , plus il Tombe aisément et promptement.
tSU-R l’attraction DE GRAVITÉ. 4g
Emilie.
Je croîs comprendre à present, laissez-; moi essayer de l’expliquer à Caroline. Supposez que je tire vers moi deux corps pesa n s , l’un de 100 livres, l’autre de rooo livres, ne devrois-je pas employer dix lois plus de fo rce à tirer le plus grand à moi qu’a tirer le petit dans le meme espace de temps? Et si la terre tire un corps de 1000 livres pesant , dans le meme espace de temps qu’elle tire un corps de 100 livres, ne doit-il pas s’en suivre qu’elle attire le corps de 1000 livres pesant avec dix fois la force qu’elle emploie pour un corps de 100 livres?
Je comprends parfaitement votre raisonnement; mais s’il en étoil ainsi, le corps de 1000 livres pesant et celui de 100 livres tomberoient avec la même rapidité ; et il. s’ensuivroit que tous les corps légers ou pesans, à une égale distance de la terre , tomberoient vers elle dans 3e même espace de temps ; or il est évident que cette conclusion est absurde; l’expérience à chaque instant la contredit ; observez combien ce
5o SUR L’ATTRACTION DE GRAYIT.fi.
ïivrc atteint plus vite le plancher que cette leuilîe (ie papier, lorsque je les laisse échapper en même temps.
Emilie.
C’est une objection à laquelle je ne puis * répondre. Il faut que je recoune à vous 5 Mac!. B.
Mad. B.
J espere que nous ne la trouverons pas insoluble. Selon les lois de l’attraction , tous les corps a une égale distance de la terre doivent tomber dans Je même espace de temps; et cela am oit réellement lien, si aucun obstacle n’arrêloil leur chute. Mais les corps tombent à travers l’air, et c’est la J ésislance de 1 air qui fait que les corps de densité différente tombent avec des degrés diffère ns de vitesse. Il faut qu’ils forcent tous leur chemin a travers l’air , mais les corps denses et pesans vainquent cet obstacle plus aisément que ceux qui sont rares et légers.
La î esistance que J air oppose a la chute des corps est proportionnée à leur surface cl non à leur poids; 1 air étant inerte ne peut pas exeicer une plus grande force pour s up-
SUR 1/ ATTRACTION DE GRAVITE. 5l
porter le poids d’un boulet de canon , que pour supporter celui d'un ballon d’air couvert de cuir (de la même grosseur); mais le boulet vaincra plus aisément la résistance de l’air, et tombera, par conséquent, vers la terre plus vite que le ballon.
Caroline.
C’est très-clair , et cela résout parfaitement îa difficulté. L’air offre la même résistance à un morceau de plomb qu’à un morceau de plume de îa même grosseur; cependant l’un semble descendre sans obstacle dans sa chute , tandis que l’autre est évidemment arrêté et soutenu pour quelque temps dans l’air.
Emilie.
Ainsi, plusla surface d’un corps est grande, ou plus il couvre d’air, et plus est iorte la résistance qu’il rencontre.
Mad. B.
Certainement ; observez îa manière dont cette feuille de papier tombe ; elle Hotte pendant quelque temps dans l’air et ensuite descend doucement vers la terre. Si je roule
5$ sur l’attraction de gravite,
le même morceau de papier en une boule 9 offrant une surface plus petite à Fair, elle ne rencontre qu’une petite résistance^ voyez en effet comme elle tombe plus rapidement.
On peut faire flotter quelque temps dans Fair des corps pesans, en faisant en sorte que leur étendue contre-balance leur poids. "Y oici un peu d’or qui est presque le corps le plus dense que nous connoissions; mais il a été battu en une feuille très-fine, et offre une si grande surface en proportion de son poids, que sa chute, comme vous voyez, est encore plus retardée par la résistance de Fair que celle de ia feuille de papier.
Caroline.
C’est très-curieux ; et c’est , je suppose , parle même principe, qu’on peut faire flotter sur l’eau les bateaux de fer.
Mais Mad. B. , si Fair est réellement un corps, n’esl-il pas dès lors soumis aux lois de la pesanteur?
Mad. B.
Sans doute.
Caroline.
En ce cas comment se fait-il, que, comme