‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 24 sur 54 · HUITIÈME CONVERSATION · texte numérisé non relu

HUITIÈME CONVERSATION

DES PLANÈTES

JDes Satellites ou lunes. — La Gravite diminue comme le carré de la distance augmente. — Du Système solaire. — Des Comètes. — Constellations , Signes du Zodiaque • — Copernic , Newton etc .

Mad. B.

Les planètes se distinguent en primaires et secondaires. Celles qui tournent immédiatement autour do soleil se nomment primaires. Quelques-unes sont accompagnées, dans leur cours, de planètes plus petites , qui tournent autour d’elles, et que l’on nomme planètes secondaires, satellites ou lunes. Telle est notre lune qui accompagne la terre, et gui est emportée autour du soleil avec elle.;

Emilie»

Comment donc pouvez -vous conciliée le mouvement des planètes secondai! es avec les lois de la gravitation? car le soleil es|

DES PLANÈTES.» jgg

beaucoup plus grand que toutes ïes planètes primaires; et la force de gravité n’est elle pas proportionnelle à la quantité de matière?

Caroline.

Quoique beaucoup plus grand, le soleil est peut-être moins dense que lès planètes. Vous savez que le feu est très- léger; il peut contenir fort peu de matière > quoi qu’il soit d’une grande étendue. N

Nous ne savons pas de quelle espèce de matière le soleil est composé; mais nous pouvons être sûrs , que , puisqu’il est le centre general d’attraction dé noire système planétaire, c’est nécessairement, dans ce système, le corps qui contient la plus grande quantité de matière.

Tous devez vous rappeler^ que la force d’attraction est non-seulement proportionnelle a la quantité de matière, mais encore au degré de proximité du corps attractif ; cette force s’affbiblit en s’étendant , et diminue comme le carré des distances augmente. Le carré est le produit d’un nombre par lui-

jnG DES PLANÈTES.'

même ; en sorte qu’une planète, situee a une distance double de celle à laquelle nous sommes du soleil , gravitèrent quatre fois moins que nous; car le produit de deux par lut-

même est quatre,

Caroline.

Ainsi les planètes les plus distantes se meuvent plus lentement dans leurs orbites ; en effet, leur force de projection doit se proportionner à celle d’attraction. Mais je ne vois pas comment il en résulte que les planètes secondaires tournent autour des primaires plutôt qu’autour du soleil.

Emilie.

N’est-ce pas parce que la proximité des planètes primaires rend leur attraction plus forte que celle du soleil?

Mao. B.

Précisément. Mais puisque l’attraction est mutuelle entre les corps , les planètes primaires sont aussi attirées par les satellites qui tournent autour d elles. La lune atlii & la terre , aussi bien que la terre attire la lune ; mais comme la dernière est plus pe ,

DES PLANÈTES. igj

tile , son attraction est proportionnellement moindre; par consequent, la terrene tourne pas autour de la lune, la lune ne tourne pas autour de la ferre; mais toutes deux tournent autour d’un point qui est leur centre commun d’attraction et qui est plus près de la terre que de la lune, d’autant que l’attraction de la première l’emporte §ur cellë de la seconde.

Emilie.

Ah oui ; je me rappelle que vous disiez, que si deux corps étoient attaches ensemble à une barre de fer, leur centre commun de gravité seroit au milieu de la barre , pourvu que les corps fussent de poids égal ; et quë s’ils différoient de pesanteur , il seroit plus près du plus grand corps. — Si la forcé de projection n’empêchoit pas la terre et la lune de céder à leur attraction mutuelle f elles se rencontreroient à leur centre corn-» mun de gravité.

Caroline.

La terre a donc une grande variété de mouvemens, elle tourne autour du soleil,

$g8 Ï>ES PLANÈTES,

sur son axe , et autour du point vers lequel la lune l’attire.

Mal. B»

Précisément; et c’est le cas de toute planète qui a des satellites. L’effet compliqué de cette variété de mouvemens produit certaines irrégularités, auxquelles nous ne nous arrêterons pas dans ce moment.

Les planètes agissent sur le soleil de la même manière que leurs satellites agissent sur elles; car vous devez vous souvenir que l’attraction est toujours mutuelle ; mais la pesanteur des planètes ( même prise collectivement) est si petite, comparée à celle du soleil, qu’elles ne peuvent faire mouvoir ce dernier au-delà de la moitié de son diamètre» Les planètes par conséquent ne tournent pas autour du centre du soleil , mais autour d’un point qui en est très- peu éloigné, et autour duquel tourne aussi le soleil.

Emilie»

Je croyoîs que le soleil étoit immobile ?"

Mad. B.

iVous vous trompiez; car, outre le mou-

fi?. 2.

Term* Terres

Jjmut/

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vement que je viens (Ig vous mentionner, et qui est à la vérité très-peu de chose, il tourne sur son axe 5 ce mouvement a été reconnu , en observant certaines taches, qui disparoisscnt et reparoissent régulièrement a des temps fixes.

Caroline.

J’ai souvent suivi une planete dans îe ciel , mais je n’ai point aperçu que son mouvement différât de celui des étoiles fixes, dont le mouvement n’est qu’apparent.

Mad. B.

La grande distance des planètes fait paroître leur mouvement si lent que l’œil ne peut le voir, à moins qu’on ne les observe pendant assez long-temps; dans les différentes saisons, elles paroissent à des régions différentes du ciel. Je ne puis mieux faire, pour vous donner une idée exacte de la situation et du mou* vement des planètes, que de vous inviter aexaminer ce dessin (planche VH, fig» 1)? qui représente le système solaire ou chaque planète a son orbite tracée;

ma

DES PLANÈTES

Emilie,

Mais ïes orbites y sont toutes circulaires, et vous disiez qu’elles sont elliptiques. Les planètes paroissent aussi se mouvoir autour du centre du soleil ^ tandis que vous nous disiez qu’elles se meuvent autour d’un point è une petite distance de ce centre.

Mad, B.

Les orbites des planètes sont si près d’etre circulaires, et le centre commun de gravité du système solaire est si près d'etre le centre du soleil , que ces écarts sont à peine dignes

d’être pris en considération. Vous tTOtiverez

les dimensions des planètes dans leurs vraies proportions tracées dans la figure 2.

Mercure est la planète la plus proche du soleil ; son orbite est par conséquent contenue dans la nôtre; mais sa proximité du soleil fait qu’il se perd presque dans la splendeur de ses rayons; et quand on voit le soleil, il est si éblouissant, qu’on ne peut pas faire des observations exactes sur Mercure. Il fait sa révolution autour du soleil environ en 87 jours, ce qui est par conséquent la Ion-*

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gueur de son année. On ne connoit pas le temps de sa rotation sur son axe. On a calculé que sa distance du soleil est de 07 millions de milles ( 12 millions de lieues); et que son diamètre est de 5i8o milles (160 lieues). La chaleur de cette planète est si grande que l’eau ne peut y exister qu a 1 état de vapeur, et les métaux y seroient liquéfiés.

Oh, quel climat terrible!

Mad. B.

Quoique nous n’y pussions pas vivre , il peut parfaitement être adapté à d autres etres destinés à l’habiter.

Vénus qui est la planète suivante, est a 68 millions de milles (25 millions de lieues) du soleil; elle tourne sur son axe en 20 heures et 21 minutes, et autour du soleil en 244 jours, 17 heures. L’orbite de Vénus est aussi en dedans de la nôtre ; pendant une moitié de son cours, nous la voyons se lever avant le soleil, et on l’appelle l’étoile du matin; dans l’autre partie de son orbite, elle se lève après le soleil.

202 DES FLANÈTE5.

Caroline.

En ce cas, nous ne pouvons pas la voir j ear elle doit se lever dans le jour ?

Mad. B.

C’est vrai ; mais quand elle se lève après le soleil, elle se couche aussi après lui, ensorte que nous l’apercevons s’approchant de l’horison après le coucher du soleil; ou l’appelle alors Hesperus , Vesper, on l’étoile du soir. Rappelez-vous ces vers magnifiques de Milton (i) :

Mais enfin la nuit vient, et le peuple des fleurs À du soir par degrés revêtu les couleurs.

Le silence la suit; les troupeaux s’accroupissent. Tous lesoiseanx muets dans leurs nids se tapissent. Tous, hors le rossignol, qui, d’un ton amoureux , Répète dans la nuit ses refrains douloureux.

II chante, flair répond, et le silence écoute.

Cependant de saphirs les cieux peignent leur voûte, Précurseur radieux des astres de la nuit,

Le brillant Hesperus en pompe les conduit.

Au milieu du repos, de l’ombre et du silence, D’un air majestueux leur reine enfin s’avance j Et, versant sur le monde une tendre clarté,

De son trône d’azur jette un voile argenté.

(1) Traduction de Delille Livre iv. vers 77^; IMilton Livre iv. vers 598. {Note du Traducteur .)

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La planète qui suit Venus est la Terre, dont nous parlerons bientôt à fond. Je me contenterai à present de remarquer , que nous sommes à 54 millions de lieues du soleil; que nous faisons notre révolution annuelle en 565 jours, 5 heures et 4q minutes; et que nous sommes accompagnés dans notre route par une seule lune.

Après nous vient Mars. Il ne peut jamais venir entre nous et le soleil, comme Mercure et Vénus. Mais son mouvement est trèsvisible , vu qu’il peut être suivi dans diffé^ rentes régions du ciel ; sa distance du soleil est de 1 44 millions de milles (48 millions de lieues ) ; il tourne sur son ave en 2 4 heures et 3q minutes ; et il fait sa révolution annuelle environ en 687 de nos jours ; son diamètre est de 4i 20 milles (lo4o lieues).

Suivent après quatre planètes très- petites, Junon, Cérès, Pallas et Testa, qu’on a découvertes récemment , mais dont on na pas reconnu trcs-evactemcnt les dimensions et les distances au soîeih

Jupiter vient ensuite ; c*est la plus grande de toutes les planètes. Il est environ à 490

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millions de milles (i63 millions de lieues) du soleil, et il fait sa révolution annuelle à peu près en douze de nos années. Il tourne sur son axe environ en 10 heures. Il est plus de 1200 fois aussi grand que noire terre ; son diamètre étant de 86,000 milles , ( 28,666 lieues ). On ne peut donc pas, comme vouslevovez, tracer convenablement sur un dessin les proportions respectives des planètes. — Jupiter est accompagné de quatre satellites.

La planète suivante est Saturne dont la distance au soleil est d’environ goo millions de milles , (5oo millions de lieues) ; sa rotation diurne s’exécute en 10 heures et un quart; sa révolution annuelle , à peu près en 5o de nos années. Son diamètre est de 79,000 milles ( 26,335 lieues). Cette planète est entourée d’un anneau lumineux, sur la nature duquel les astronomes ne savent à quelle conjecture s’arrêter. Il a sept satellites.

Enfin nous remarquons le Georgium Sidus (1) , planète découverte par le D.r Herschel , et qui est accompagnée de six satellites.

(1) Appelé aussi Uranus ou HerscheL

DES PLANÈTES

so5

Caroline.

Comme il doit être agréable dans ce» planètes éloignées de voir briller plusieurs lunes en même temps! Je crois que j’aimerois elr© •une habitante de Jupiter ou de Saturne.

Mad. B.

Pas long-temps, je pense. Considérez quel froid extrême il doit faire dans une planète comme Saturne, presque dix fois plus éloignée du soleil que nous. Ces nombreuses lunes sont loin de paroître si brillantes que la notre ; car elles ne réfléchissent que la lumière qu’elles reçoivent du soleil ; et leur clarté et leur chaleur décroissent avec la distance dans le même rapport que la gravité. Pouvez-vous me dire à présent , combien la lumière dont nous jouissons est plus grande que celle dont jouit Saturne ?

Caroline.

Le carré de dix est cent; par conséquent Saturne en a cent fois moins, ou, pour répondre exactement a votre question, nous avons cent, fois plus de lumière et d©

2o6 des planètes;

chaleur que Saturne. Cela n’augmente pas certes mon désir d’etre au nombre des misérables babitans de cette planète.

Les habitans de Mercure ne peuvent-ils pas, avec autant de raison, nous plaindre du froid insupportable qui résulte de notre situation ; et ceux de Jupiter et de Saturne nous plaindre de la chaleur intolérable de la lerre? La Toute-puissance, qui créa ces planètes et les plaça dans leurs orbites, les a sans doute peuplées d’êtres dont les corps sont adaptés aux températures variées et aux élémens dans lesquels ils sont placés. C’est la du moins ce qu’indiquent l’analogie et la bienfaisance universelle et inépuisable de la Providence.

Caroline.

Ne suppose- 1- on pas que les comètes sont aussi des planètes ?

Mad. B.

On le suppose avec raison; car, par le retour de quelques-unes d’entr’elles à des

DES PLANJÈTES» 20 1

époques fixes, oo reconnoît qu’elles tournent autour clu soleil , mais dans des orbites si fort excentriques, qu’elles disparoissent pendent un grand nombre d’années. Si elles sont habitées, il faut qu’elles le soient par une autre espèce d’êtres tres*differens , non-seulement des habitans de notre planete , mais encore de ceux de toutes les autres, yu qu elles doivent éprouver les plus grandes vicissitudes de chaleur et de froid 3 en effet , une partie de leur orbite est si près du soleil, que, calcul fait, leur chaleur doit surpasser celle du fer rouge 3 alors la comeie emet une vapeur lumineuse, qu’on appelle la queue 3 elle la perd graduellement , à mesure qu’elle s’éloigne du soleil 3 et la comète elle - même disparoît totalement à notre vue dans la partie de son orbite la plus distante , qui s étend fort au-dela de l’orbite de la planète la plus éloignée.

On ne peut pas reconnoitre le nombre des comètes de notre système. Quelques-unes d’entr’elles sont des centaines d’années avant de reparoître. Nous n’en connoissons que trois par leur retour régulier?

des planètes;

Emilie.

Qu’est-ce, je vous prie, Mad. B», que les constellations?

Mad. B.

Ce sont les étoiles fixes, que les astro-* nomes , dès les plus anciens temps , ont formées en groupes, pour les reconnoitre plus aisément, et auxquelles ils ont donné les noms des figures que \ ous voyez tracées sur le globe céleste. Pour représenter leur vraie situation, elles devroient être dessinées sur la surface intérieure d’une sphère creuse , du centre de laquelle vous les regarderiez; vous les verriez alors, comme elles paroissent etre situées dans le ciel. Les douze constellations, nommées signes du Zodiaque, sont celles qui sont situées de manière que la terre, dans son mouvement annuel , passe directement entr’elies et le soleil. Leurs noms sont (1) le belier, le taureau, les gémeaux, le cancer, le lion , la vierge ; la balance , le scorpion ,

(i) Sunt aries , laurus, gemini, cancer, leo , virgo ,

Libraque, scorpius* arcitenens , caper, amphora, pisces#

Î3ES PLANÈTES** 20g

îe sagittaire, le capricorne, le verseau , les poissons. Elles occupent un cercle complet, ou plutôt une large zone du ciel, qu’on nomme Zodiaque (pl. vm fig. l )* Ainsi Une ligne droite , menée de la terre et passant par le soleil, atteindront une de cés constellations , et on dit que îe soleil est clans la constellation à laquelle la ligue se termine; ainsi > quand la terre seroit en A , le soleil paroîtroit être dans la constellation du bélier; quand elle seroit en B , il paroîtroit dans le cancer^ quand elle seroit en C, il seroit à la balance j et quand elle seroit en D, il seroit au capricorne. Ce cercle dans lequel le soleil paroît ainsi se mouvoir , et qui passe par le milieu, du zodiaque, sé nomme écliptique*

Caroline*

Mais , sur cette figure plusieurs étoiles dé ces constellations semblent au-delà du zo-* diaque*

Mad. B*

Nous Savons pas de moyens pour reconnoitre la distance des étoiles fixes. Quaiad par conséquent on dit qu’elles sont dans 1©

SI O DES PLANÈTES

zodiaque, c’est simplement dire, qu’elles sont dans cette direction , et qu’elles brillent sur nous à travers cette portion du ciel que nous appelons Zodiaque,

Mais ces grandes étoiles brillantes, qu’on appelle étoiles de première grandeur, ne sontelles pas plus près de nous que ces petites que nous discernons à peine ?

Mad. B.

Cela se peut ; ou bien la différence de gran^ deur et d’éclat des étoiles peut provenir de leur différence de dimensions; c’est un point que les astronomes n’ont pu déterminer. En les considérant comme des soleils, je ne vois pas de raison pour que des soleils différens ne Variassent pas de grandeur aussi bien que les planètes qui leur appartiennent.

Emilie,

Que ce système est admirable , et qu’il est étonnant de penser que chaque étoile fixe peut probablement être accompagnée d’un assem%blage de planètes !

Des planètes.

tfîjfi

Caroline.

Vous m’accuserez d’être très - incrédule ; mais je ne puis m’empêcher de conserver encore quelque doute, et de craindre qu’il n’y ait plus de beauté que de vérité dans ce système. Il peut certainement exister ; mais il me semble qu’il n’est pas établi sur des preuves suffisantes. Il paroît si simple et si naturel que la terre soit sans mouvement , et que le soleil et les étoiles tournent autour d’elle ; vous conviendrez que votre système solaire est directement contraire au témoignage de nos sens.

Nos sens nous trompent si souvent , que nous ne devons pas y avoir une foi implicite*

Caroline.

A quoi pouvons-nous donc nous fier; toutes nos idées ne viennent-elles pas des sens?

Mab. B.

Il est vrai que les sens sont pour nous la première source de connoissance; mais l’âme

i l a DES PLANÈTES,

a le pouvoir de réfléchir, de juger et de décider sur les idées reçues par les organes. Cette faculté que nous appelons raison nous a fréquemment prouvé que nos sens sont sujets à se tromper. Si vous avez été à voile sur l’eau avec un vent très - fort, vous devez avoir vu les maisons , les arbres et tous les fpbjets se mouvoir quand vous avanciez.

Caroline,

Je me souviens de l’avoir crû, quand j’étois très-jeune; mais je sais bien à présent que le mouvement de ces corps n’est qu’apparent. Il «st vrai que ma raison, dans ce cas, corrige l’erreur de ma vue.

Mad. B.

Elle vous apprend que le mouvement ap* parent des objets sur le rivage provient de votre propre mouvement , et que vous ne le sentez pas parce que vous ne rencontrez point de résistance. Ce n’est que lorsque quelque obstacle empêche notre mouvement, que nous le sentons; et si vous étiez les yeux fermés à voguer sur une eau calme avec un vent constant, vous n’apercevriez pas votre mou-*

DES PLANETES SI 5

Vement; car vous ne pourriez le sentir, et vous ne pourriez le voir qu’en observant la changement de place des objets sur le rivage. Il en est de même du mouvement de la terre r

lout ce qui est à sa surface, ainsique l’air environnant, l’accompagne dans sa révolution; ce mouvement ne rencontre pas de résistance | ainsi, comme l’équipage d’un vaisseau qui vogue avec un vent constant sur une mer calme* nous ne sentons point notre mouvements

Caroline's

Mais la principale raison pour laquelle Peÿ quipage d’un vaisseau sur une mer calme né s’aperçoit pas de son mouvement, c’est parc# qu’il se meut fort lentement ; tandis que 1# terre , comme vous nous l’avez dit f se meut avec une grande vitesses,

Mad. B*,

Ce n*est pas parce qu’il se meut lentement* mais parce qu’il se meut avec une vitesse* constante et sans éprouver de résistance irré^ gulière, que l’équipage d’un vaisseau ne s’aperçoit pas de son mouvement ; car il ne le sen* tiroit pas mieux par un veut très-fort* pourvu

DES PLANÈTES

Sl4

qu’il fut constant, et qu’il poussât le navir* sans agiter l’eau; mais celte dernière condition , comme vous le savez , est impossible , car le vent produit toujours des vagues, qui offrent plus ou moins de résistance au vaisseau, et aussitôt le mouvement devient sensible, parce qu’il est inégal.

Caroline»

Maïs l’équipage d’un vaisseau a une preuve de son mouvement, quoiqu’insensible , que les habitans de la terre n’ont pas, le mouvement apparent des objets sur le rivage.

Mad. B.

N’avons-nous pas une preuve semblable du mouvement de la terre dans le mouvement apparent du soleil et des étoiles? La terre, en tournant sur son axe , passe successivement sous toutes les étoiles ; cellesci , comme les objets du rivage vus d’un vaisseau , nous paraissent se mouvoir , tandis que c’est nous qui cheminons. J’ai entendu dire qu’un voyageur aérien , dans un ballon, au moment où il descendoit, avoit observé que la terre lui sembloit tomber

DES PLANÈTES* 21 5

vers le ballon , et non le ballon vers ta terre.

C’est une loi que nous découvrons partout dans la nature , et qui est bien digne de son auteur , que toutes les fins quil se propos® sont accomplies par les moyens les plus simples; et quelle raison avons-nous de supposer que cette loi soit enfreinte pour nous laisser en repos , tandis que le soleil et les étoiles se mouvroient autour de nous? Les motivemens réguliers qu’ils exécutent et qui , dans la première supposition, sont fort bien expliqués par les lois de 1 attraction , seroient inintelligibles dans la dernière. Ainsi l’ordre et l’harmonie de l’Univers seroient détruits. Pensez quel immense circuit le soleil et les étoiles feroient par jour, si leur mouvement apparent étoit réel. Nous savons que plusieurs de ces astres sont des corps plus grands que notre terre ; nos yeux tâcheroient en vain de nous persuader qu’ils sont des points brilîans répandus dans le ciel , quand la science nous apprend que ce sont d’immenses sphères dont les dimensions apparentes sont diminuées par la distance* Ces globes énormes s ne parcoure

$l6 DES PLANÈTES.

yoient-ils chaque jour cet espace immense , que pour tenir lieu du simple mouvement de la terre sur son axe ?

Caroline.

Je croîs que je dois me tenir pour convaincue. Mais j’espère que vous m’accorderez un peu de temps pour me familiariser avec une idée si différente de celle à laquelle J’étois accoutumée. Et quel est, Je vous prie 9 }a vitesse de notre mouvement?

Mad. B.

Le mouvement, produit par la révolution de la terre sur son axe, est d’environ onze milles ( 5 lieues et | ) par minute pour un habitant de Londres *

Emilie.

Est-ce que toute partie de la terre ne sj& meut pas de la même vitesse ?

Un moment de réflexion vous convaincra du contraire. Une personne à l’équateur doit se mouvoir plus vite que celle qui est près

DES PLANÈTES. 217

des pôles , puisque l’une et 1 autre exécutent leur révolution en 24 heures.

Emilie.

C’est vrai ; l’équateur est plus loin de l’axe de mouvement. Mais dans la révolution de la terre autour du soleil , toutes les parties doivent se mouvoir avec une égale vitesse ?

Mad. B.

Oui , et cette vitesse est d’environ un millier de milles ( 555 lieues ) par minute.

Caroline.

Que c’est étonnant ! . . . . et que nous puissions ne point sentir un mouvement si rapide! Vous ne vouliez pas me le dire plutôt , Mad. B., de peur d’augmenter mon incrédulité.

Avant Newton , ne supposoit-on pas que la terre étoit le centre du système, et que le §oleil, la lune et les étoiles tournoient autouà

d’elle ?

Mad. B,

C’étoit le système de Ptolémé* ; maïs de* le commencement du i6«e siècle ? on l avoit

21 8 DES PLANÈTES

écarté , et le système solaire avoit été établi par le célèbre astronome Copernic , et même il a pris son nom. Mais la théorie de Pattraction , la source d’oû d’écoule ce bel et harmonieux arrangement, c’est ce qui est dû an puissant génie de Newton , qui fleurit beaucoup plus tard.

Emilie.

Il me semble en effet qu’il étoit moins difficile de tracer par l’observation le mouvement des planètes , que de deviner par quelle force elles sont poussées et guidées. Je m’étonne comment l’idée de ! attraction a pu se présenter à Newton ?

Mad. B»

Elle lui fut suggérée , dit-on, par une circonstance dont on n’auroit pas pensé que dût naître une si belle théorie. Fendant la peste de l’année i665, Newton se retira à la campagne pour éviter la contagion; étant assis un jour dans un verger, il vit, ajoute-t-on , une pomme tomber d’un arbre, et il fut conduit a rechercher quelle pouvoit être la cause de sa chute.*

DES PLAN ETES o

Caroline.

Si j’osois l’avouer , Mad. B., je dirois qu’une telle recherche indiquoit plutôt un defaut d’intelligence qu’aucune supériorité. Je ne comprends pas comment on peut s’étonner d’une chose si naturelle et si commune.

Mad. B.

C’est la marque d’un génie supérieur que de trouver matière à la surprise 7 a 1 observation 9 à la recherche, dans des circonstances qui paroissent triviales à un esprit ordinaire, parce qu’elles sont communes, et dont on se contente , parce qu’elles sont naturelles, sans réfléchir que la nature est notre grand champ d’observation, qu’elle contient le magasin de nos connoissances \ en un mot , qu’eludier les oeuvres de la nature , c’est apprendre à apprécier et à admirer la sagesse de Dieu. Ainsi, supposant toujours que le petit fait soit vrai, c’est la simple circonstance de la chute d une pomme qui a fait découvrir les lois sur lesquelles le système de Copernic se fonde, et quel que soit le credit que ce système a obtenu auparavant , il repose à présent sur une base qui ne peut être ébranlée»

DES PLANÈTES

Emilie.

C’etoit une pomme très « fortunée et plus digne d'être chantée parles poètes que toutes celles qui Font été. La pomme de discorde pour laquelle les déesses disputèrent , les pommes d’or par lesquelles Atalante gagna le prix de la course, et même la pomme que Guillaume Tell abattit sur la tête de son fils * ne peuvent pas se comparer à celle-ci !

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