‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 23 sur 54 · DE EA TER BE · texte numérisé non relu

DE EA TER BE

petites leurs dimensions apparentes. Maintenant , si nous les considérons comme des globes énormes et non comme de petits points brilîans , nous serons conduits a supposer que 3e I out-Puissant ne les auroit pas créés uniquement pour nous donner un peu de lumière dans la nuit, comme on limaginoit anciennement 5 et nous trouverions qu’il est plus digne de la sagesse et de la bienfaisance divines, de supposer que ces corps célestes ont été créés pour 1 habitatioon d’êtres qui sont , comme nous, comblés des biens de sa providence, sous le point de vue moral aussi bien que sous le point de vue physique, il me paroil plus raisonnable de considérer les planètes comme des mondes tournant autour du soleil ; et les étoiles fixes , comme d’autres soleils , dont cha-* cun a son système respectif de planètes, sur lesquelles il exerce son influence. On a porté les télescopes à un tel degré de perfection > que, d’après l’apparence que la lune nous présente, quand nous la regardons avec ces instrumens, nous sommes conduits a cioire que c’est un globe habitable ; car , quoiqu ii soit vrai que nous ne pouvons jt discerner

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des villes et des habitans , nous y apercevons clairement des montagnes et des vallées , et quelques astronomes ont été jusqu’à croire qu’ils y découvroient des volcans?

Emilie.

Si les étoiles fixes sont des soleils avec les plane les qui tournent autour d’elles , comment ne verrions-notis pas ees planètes aussi bien que leurs soleils?

Mad. B.

Premièrement , il y a lieu de croire que les planètes des autres systèmes ( ainsi que celles du notre ) sont beaucoup plus petites que les soleils qui leur donnent la lumière ; par conséquent, à une si grande distance que paraissent l’etre ces soleils, quêtons voyons comme des étoiles fixes, les planètes seroient presque invisibles. Secondement, la lumière des planètes, étant seulement de la lumière réfléchie, est beaucoup plus foible que celle des étoiles fixes. U y a exactement la meme déférence qu’entre la lumière du soleil et celle de la lune, le soleil étant supposé de la mature des étoiles fixes.

DE LA TERRE

Emilie,

Mais si les planètes sont des mondes comme

notre terre, elles sont des corps obscurs , et

au lieu de les voir briller pendant la nuit ,

nous les verrions seulement par la lumière du

jour. Et comment ne voyons nous pas aussi les étoiles fixes pendant le jour?

Mad. B,

Ces deux effets résultent de la même cause ; leur lumière est si foible , comparée a cehe du soleil, qu’elle en est entièrement effacée; la lumière émise par les etodes fixes peut bien être aussi forte que celle de notre soleil , a line distance égale ; mais, venant de si loin , elle est répandue dans un espace plus grand, et par conséquent est affoibiie proportionnellement.

Caroline.

C’est vrai ; ]e peux voir beaucoup mieux par la lumière^d’une bougie qui est près de moi , que par celle qui est à une grande distance. Mais je ne peux pas comprendre ce qui, fait briller les planètes?

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Mad. 13 .

Qu’est- ce qui fail briller les boutons d’acier sur riiabit de votre frère ?

Caroline.

C’est le soleil. Mais si c’étoit le soleil qui fît briller les planètes, nous les verrions de jour, quand le soleil brille sur elles* ou si 3a 1000110' de leur lumière , nous empêchoit de les voir dans le jour, nous ne pourrions jamais les voir; car le soleil ne peut pas briller sur elles la nuit.

Vous êtes encore dans Terreur. Mais , pour vous l’expliquer , je dois d’abord vous faire connoître les différées mouvemens des planètes.

Vous savez que, suivant les lois de l’attraction, les planètes qui appartiennent à noire système gravitent vers le soleil, et que celle force, combinée avec celle de projection, produit leur révolution autour du soleil dans une orbite plus ou moins elliptique , suivant je rapport de ces forces entr’elles.

Mais les planètes ont aussi un autre mou-

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vement , elles tournent sur leurs axes. L’axe d’une planète est une ligne imaginaire cjui passe à travers son centre , et sur laquelle elle tourne ; et c’est ce mouvement qui produit le jour et la nuit. Du cote de la planète qui regarde le soleil, il fait jour ; du cote oppose , qui reste dans Fobscnrité , il fait nuit. Notre terre , que nous considérons comme une planète, met vingt-quatre heures à faire une révolution sur son axe; par conséquent nous avons un jour et une nuit; aussi cette révolution se nomme-l-eiîe mouvement diurne ou journalier de la terre ; et c’est cette révolution delà terre, de l’ouest à l’est, qui produit le mouvement apparent du soleil, de la lune et des étoiles, en sens contraire.

Supposons maintenant que nous soyons des ctres indépendans de toute planète , voyageant dans le ciel , et qne nous regardions la terre du même œil que les autres planètes,

11 ne seroit pas flatteur pour nous, qui sommes ses ha bilans , de la voir d’une si petite apparence.

igo CAUSES DU MOUVEMENT ANNU EL

Mad. B.

Pour ceux qui sont accoutumés à la contempler sous ce point de vue , elle paroîtroit aussi glorieuse que jamais. La science nous apprend à nous défier des apparences ; et au lieu de considérer les astres comme des points brillans, nous les regardons comme des soleils ou comme des mondes habitables , et nous les considérons comme formant un système

vaste et magnifique , digne de 1a. main divine qui Fa créé.

Emilie.

Je puis à peine concevoir l’idée de cette immensité de la création ; elle me semble trop sublime pour notre imagination ; ... et quand on pense que la bonté de laProvidence s’étend sur des millions de mondes répandus dans un univers sans bornes !... Ah ! Mad, B., ce n’est que nous, qui devenons des êtres insignifians dans la magnificence d’une telle création !

Mad. B.

Celte idée devroit nous porter à l’humilité, mais sans produire en nous le découragement. La même main toute puissante, qui guide ces

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mondes innombrables dans leur route assurée^, conduit, d’une manière non moins admirable 9 le sang qui circule dans les veines d’une mouche, et ouvre l’œil de l’insecte pour contempler ses merveilles. Ainsi , dans cette immensité , nous ne devons pas craindre d’etre oublies ou abandonnes.

Mais, pour en revenir à notre situation dans le ciel , nous considérions , si vous vous le rappelez, la terre à une grande distance , ayant l’apparence d’une petite étoile , l’un des cotés éclairé par le soleil , l’autre dans l’obscurité. Mais le croiriez-vous, Caroline? plusieurs habitans de cette petite étoile s’imaginent que quand la partie qu’ils habitent est tournée de l’autre côté du soleil, l’obscuritd s’étend sur tout l’univers , seulement parce qu’il fait nuit chez eux; tandis qu’en réalité 9 le soleil ne cesse jamais d’éclairer chaque planète. Quand par conséquent ces petits êtres ignorans regardent autour d’eux pendant leur nuit, et qu’ils aperçoivent que toutes les étoiles brillent , ils ne peuvent concevoir , pourquoi les planètes, qui sont des corps obscurs, pourraient briller; jugeant, parce

que le soleil ne les éclaire pas, que Punivers doit être dans les ténèbres.

Caroline.

J’avoue que j’étois un de ces êtres ignorans; mais je sens à présent toute Pabsurdité d’une telle idée. Ainsi, aux babitans des autres planètes nous devons paroître une petite étoile ?

Oui, aux babitans de celles qui tournent autour du soleil; car puisque celles qui appartiennent à d’autres systèmes , ( et dont

l’existence n’est qu’hypothétique ) sont invisibles à nos yeux, il est probable, que nous sommes aussi invisibles aux leurs.

Emilie.

Mais ne peuvent-ils pas voir notre soleil comme une étoile fixe ?

Mad. B.

Sans doute, s'ils sont doués de sens semblables aux nôtres. Par la meme raison, nous devons paroître aux babitans de la lune comme une espèce de lune , mais bien plus

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grande , vu que îa surface de la terre est environ onze fois aussi grande que celle de la lune»

Emilie

Mad. B.* la lune paroît se mouvoir danâ Une direction différente de celle des étoiles^

Mad, B»

Je différerai de vous expliquer le mouvement de la lune, jusqu’à notre prochain en*» tretien; vu que, sans cela, la leçon d’aujour^. d’hui se prolongeroit trop»

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