‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 26 sur 54 · DIXIÈME CONVERSATION · texte numérisé non relu

DIXIÈME CONVERSATION

DE LA LUNE, etc.

Du mouvement de la lune . — Phases de la lune, Eclipses de lune» — — Eclipses des satellites de J upiter • — Zte /a latitude et de la longitude . — passages des planètes inférieures . — Ztes marées •

Mad. B.

1 ^ ous fixerons aujourd’hui notre attention sur la June , qui offre quelques phénomènes iniëressans.

La lune tourne autour de la terre dans l’espace d’environ vingt-neuf jours et demi ? dans une orbite presque parallèle à celle de la terre ? et nous accompagne dans notre rë^ ■volution autour du soleil.

Emilie.

Son mouvement doit donc être d’une na~ lure compliquée • car comme la terre n’esl pas stationnaire , mais qu’elle avance dans

DE LA LUNE , etc. 267

son orbite , tandis cjue la Inné chemine autour d’elle , ce satellite doit avancer dans une espèce de cercle progressif.

Mad. B.

C’est vrai ; il y a aussi d’autres circonstances qui s’opposent a la simplicité et a la régularité du mouvement de la lune , mais qui sont trop difficiles pour que vous puissiez! les comprendre à présent.

La lune nous présente toujours la mem§ face, ce qui montre évidemment qu’elle tourne sur son axe une fois , pendant qu elle fait sa révolution autour de la terre; en sorte que les habitons de la lune n’ont qu une nuit el un jour dans le cours d’un mois lunaire.

Caroline.

Mais nous leur procurons Vavantage d’un@ lune magnifique j pour éclairer leurs longues nuits.

Mad. B.

Cet avantage n’est que partiel , car puisque nous voyons toujours le même hémisphère de la lune , les habitons de cet hemisphere peuvent seuls nous voir.

4268 Î>E LA LUNE, etc.'

Caroline.

Une moitié de la lune jouit donc de notre iumière toutes les nuits , tandis que l’autre moitié a constamment des nuits obscures. S’il y a des astronomes dans ce dernier hémisphère , ils doivent , sans doute , être fort tentes de visiter l’autre , pour contempler un si grand luminaire. Mais, je vous prie, voient -ils la terre sous toutes les diverses formes que lai lune nous présente?

Mad. B.

Précisément de même. Ces changeraens se nomment les phases de la lune , et demandent quelque explication. Dans la figure 2, planche xi, que S représente le soleil , T la terre, et A, B, C, D, la lune dans différentes parues de son orbite. Quand la lune est en A, comme son côté obscur est tourné vers la terre, nous ne la voyons pas, comme en mais sa disparution est de bien courte durée, et à mesure qu’elle avance dans son orbite nous l’aperce vous sous la forme de nouvelle lune ; quand elle a traversé un huitième de son orbite, en B, un quart de son hémisphère

DE LA LUNE , etc, 26(J

éclairé est tourné du côté de la terre , et •elle paroît alors en croissant, comme en bj quand elle a aclievé le quart de son orbite , elle nous présente une moitié de son côté éclairé, comme en c ; en cl , elle prend une espèce de bosse } et en £, tout le coté éclaire se montre à nous , et nous avons la lune pleine. A mesure qu’elle avance dans sou orbite , elle prend de nouveau une bosse * et son hémisphère éclairé se dérobe graduellement à nos yeux , jusqu’à ce qu elle ait complété son orbite , point auquel elle dis— paroît , puis reprend sa forme de lune nouvelle.

Pour un habitant du soleil , la pleine lune et la nouvelle sont dites en conjonction , parce que ces points sont sur la ligne menée de la terre au soleib

Emilie.

Les éclipses ne sont - elles pas produites par la lune qui passe entre le soleil et la

terre ?

Mae. B.

Oui 3 quand la lune passe entre le soleil

*$7 à LE LA LUNE , etc.

et la terre, elle intercepte ses rayons, ou, en d’autres termes , elle jette une ombre sur la terre; alors le soleil est éclipse, et le jour est obscurci , tant que l’ombre de la lune passe sur nous.

Quand au contraire îa terre est entre le soleil et la lune, c’est nous qui interceptons les rayons du soleil , et qui jetons une ombre sur la lune. Elle est alors éclipsée,

Emilie.

Mais comme la lune exécute sa révolution autour de la terre dans l’espace d’un mois, il faut que, pendant ce temps, elle se trouve une fois entre la terre et le soleil, et la terre doit de même être une ibis entre le soleil et îa lune. Cependant nous n’avons pas une éclipse solaire et une éclipse lunaire chaque mois ?

Mad. B.

Les orbites de îa terre et de îa lune ne sont pas exactement sur le même plan, mais elles se croisent ou s’entrecoupent. Il arrive de là que, quand îa lune est en conjonction avec le soleil, elle passe de l’un ou de l’autre

BE B A LUNE, etc.' 27 1

coté de l’orbite terrestre , et elle ne peut intercepter par conséquent les rayons du soleil, ni produire d’éclipse; car cela ne peut «voir lieu que quand la terre et la lune sont en conjonction dans les points où leurs orbites se croisent ( et que l’on appelle les nœuds ) , parce que c’est là seulement que ces deux planètes sont Tune et l’autre en ligne droite avec le soleil.

Emilie.

Et une éclipse partielle a lieu, je suppose, quand la lune en passant par la terre , ne s’écarte ni d’un côté ni de l’autre de l’ombre terrestre jusqu’au point de lui échapper toutà- fait.

Mail B.

Oui , le bord du disque de la lune plonge alors dans l’ombre et est éclipsé; mais vu la grandeur de la terre, quand l’éclipse a lieu précisément aux nœuds, non-seulement elle est totale, mais elle dure quelque temps. Lorsque le soleil est éclipsé, l’obscurité totale n’occupe qu’une partie de la terre; d’où il résulte que l’ombre et la lune elle-même sont l’une et Fautre plus petites que la terre.

Û7 a Jîfe LA LUNE, etc.

Dans la 11g. 1 , pî. xn , vous trouverez décrite une eclipse solaire , S est le soleil , Jj la lune , et T la terre ; l’ombre de la lune , comme vous voyez , n’est pas assez grande pour couvrir la terre.

Les eclipses de lune sont visibles de toutes les parties de la terre où la lune est audessus de l’horison ; et nous découvrons, par 3e temps que met la lune à traverser l’ombre de la terre, que cette ombre suffiroit pour éclipser totalement la lune , si celle-ci étoit quarante-neuf fois plus grande; d’où il suit que la terre est quarante-neuf fois aussi grandeque la lune (î).

Dans la figure 2, S représente le soleil qui répand ses rayons de lumière dans toute direction en ligne droite; T est la terre, et L la lune. Or, un rayon de lumière, venant d’une des extrémités du disque du soleil dans la ' direction AB , en rencontrera un autre venant de l’extrémité opposée dans la direction CB ; l’ombre ne peut pas par conséquent s’étendre au-delà de B; comme le soleil est plus grand

(i) Les diamètres de ces deux planètes étant dans le rapport de 3 à il. Trad*

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