‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 27 sur 54 · Ï>L XII · texte numérisé non relu

Ï>L XII

DE LA LUNE , etc. 2 7 3

que la terre , l’ombre de cette dernière esE conique , ou de la Forme d’un pain de sucre; elle diminue graduellement , et elle est beaucoup plus petite que la telre à l’endroit oix la lune la traverse ; et cependant nous trouvons que la lune non seulement est éclipsé© totalement, mais qu’elle reste quelque temps dans l’obscurité, ce qui nous met à mêm© de déterminer sa grandeur réelle»

Emilie.

Quand la lune éclipse le soleil pour nous ne devons- nous pas être éclipsées pour là lune?

Mad. B.

Certainement, car si la lune intercepte le£ rayons du soleil et jette une ombre sur nous ÿ nous devons nécessairement disparoître à îa lune; mais seulement en partie comme dans la fig. i.

Caroline»

Ne doit-il pas y avoir un grand nombre d’éclipses aux planètes éloignées qui ont plu^ sieurs lunes?

BE LA LUNE, etc.

Mad. B.

Oui, peu de jours se passent sans qu’une eclipse ail lieu; car dans le grand nombre de satellites , il doit arriver fréquemment que quelqu’un d’entr’eux passe enlre sa planète et le soleil, ou soit éclipse par sa planète.] Les astronomes commissent si bien le mouvement des planètes et de leurs satellites , qu’ils ont calculé non-seulement les éclipses de notre lune, mais aussi celles des satellites de Jupiter, et si exactement qu’ils se sont procuré par-là un moyen de reconnoitre la longitude,

Caroline»

Mais n’est-il pas très - aisé de trouver la latitude et la longitude d’un lieu par une carte ou un globe ?

Mad. B,

Si vous connoissez votre situation , il n’y a pas de difficulté à trouver de celte manière la latitude ou la longitude du lieu ; mais en supposant que vous avez été long' temps sur mer, et que vous avez été surprise par une

DE LA LUNE, etc,

tempête , une carte nous procureront bien, peu de secours pour découvrir où vous seriez,

Dans de telles circonstances, j’avoue que je ne pourrois découvrir ni la latitude ni îa longitude.

Mad. B,

On peut aisément trouver îa latitude en prenant la hauteur du pôle, c’est-à-dire, le nombre de degrés dont il est élevé sur l’horizon ; car le pôle paroît plus élevé, à mesure qu’on s’approche du pôle terrestre et moin£ élevé, à mesure qu’on s’en éloigne,

Caroline,

Mais, sans voir le pôle, comment pou*5 yons-nous en prendre la hauteur?

Mad. B,

Le pôle nord est dirigé constamment vers une partie du ciel , dans laquelle est une étoile nommée Etoile Polaire; celte étoile se voit5 dans les nuits claires , de presque tous les points de l’hémisphère nord; d’où l’on peut

276 be BA BUNE , etc;

conclure que sa hauteur se confond presque avec celle du pôle. La latitude peut aussi se determiner par des observations faites sur quelqu’autre étoile fixe, ou sur le soleil; ainsi un vaisseau sur mer peut reconnoitre assez aisèment sa situation, par rapport au Nord et au Sud; mais il n’en est pas de même par rapport â l’Est et à l’Ouest, c’est à-dire par rapport à sa longitude. Comme il n’y a point sur la terre de pôle Est, duquel nous puissions compter nos distances, il faut fixer quelque point particulier pour cela. Les Anglois comptent du méridien de Greenwich , où est situé l’observatoire roval : dans les cartes francoises , vous

trouverez que la longitude se compte de Paris.

La rotation de la terre sur son axe en 24 heures de l’Ouest à l’Est occasionne , comme vous le savez, un mouvement apparent du soleil et des étoiles dans le sens contraire; et le soleil paroît tourner autour de la terre dans l’espace de 24 heures , parcourant l5 degrés, ou la vingt-quatrième partie de la circonférence de la terre, par heure; par conséquent, lorsqu’il est midi à Londres, il est une heure dans un lieu situé à quinze

fil, Xtfl

DE LA LUNE, etc. 277

degrés de Londres à l’Est , parce que le soleil doit avoir passé par le méridien de ce lieu une heure avant qu’il atteigne celui de Londres. Par la même raison , il est onze heures à un lieu situé à quinze degrés de Londres à l’Ouest , parce que le soleil ne viendra à ce méridien qu’une heure plus tard.

Si donc le capitaine d’un vaisseau sur mer pouvoit savoir précisément quelle heure il est à Londres, il pourroit, en regardant sa montre et en la comparant à l’heure du lieu où il est , connoîlre sa longitude.

Emilie.

Mais s’il n’avoit pas réglé sa montre , elle indiqueroit l’heure de Londres , puisque c’est de là qu’il venoit.

C’est vrai ; mais afin de connoitre 1 heure du lieu où il est, le capitaine du vaisseau regie sa montre sur le soleil lorsqu’il passe au niéridien.

Emilie.

Ainsi, s’il avoit deux montres, il pourroit en régler une chaque jour et laisser 1 autre:

278 Ï)E LA LUNE , eîC.

sans la changer; la première indiquèrent Pheure du lieu dans lequel il seroit ; la seconde l’heure de Londres, et, en les comparant ensemble, il pourroil calculer sa longitude.

Mad. B.

Vous avez de'couvert, Emilie, un moyen de trouver la longitude qui, j’ai le plaisir de vous le dire, est adopté universellement 5 on se sert dans ce but de montres d’une cons-

truclion supérieure, nommées chronomètres , ou garde-temps* mais les meilleures montres sont sujettes à des imperfections , et si les garde-temps alloient trop vite ou trop lentement d’une manière irrégulière , il n’y n limit pas de moyen pour reconnoitre l’erreur; on ne peut donc pas accorder une pleine confiance à ces îuslrumenso

Il faut recourir aux éclipses des satellites de Jupiter. On a fait une table précise des temps auxquels tous ces satellites sont éclipsés pour un spectateur à Londres; quand, en quelque autre lieu, un observateur les voit éclipsés , il peut, en consultant la table, savoir quelle est l’heure à Londres; car l’éclipse est visible au même moment dans tous les

DE DA DUNE, CtC. 279

lieux de la terre où le satellite lui- me me est visible. Ainsi, l’observateur n’a qu’à regarder la montre qui marque les heures du pays ou il est. En observant la difference de temps qu il y a entre cette heure et celle de Londres, il détermine immédiatement sa longitude.

Supposons qu’un certain satellite de Jupiter soit éclipsé à six heures du soir; qu’un homme sur mer regarde à sa montre, et trouve qu au moment où l’éclipse a lieu il est dix heures du soir dans l’endroit où il se trouve ; quelle sera sa longitude ?

Emidie.

Ce sera quatre heures plus tard qu’à Londres^ quatre fois quinze degrés font soixante ; il sera donc à soixante degrés de Londres à FEst ; car le soleil doit avoir passé à son méridien avant d’avoir atteint celui de Lon^

dies.

Mad. IL

Ainsi , l’heure est toujours plus avancée qu’à Londres, quand le lieu est à l’Est; et moins avancée quand, il est a 1 Ouest. La Ion?*

bSu BE LA LUNE , etc,

gilude pent donc eue déiermmee tant que les éclipses de Jupiter sont visibles.

Mais ce ne sont pas seulement les planètes secondaires qui produisent des éclipses , car les planètes primaires près du soleil l’éclipsent pour celles qui sont à une distance plus grande, quand elles \iennent en conjonction aux nœuds de leurs orbites ; mais comme les planètes primaires sont beaucoup plus lentes à tourner autour du soleil, que les satellites ne le sont à tourner de leurs planètes primaires, ces éclipses arrivent trèsrarement.

Me retire et Vénus passent néanmoins quelquefois en ligue droite entre nous et le soleil, mais les planètes sont à une si grande distance ue nous , que leurs ombres ne s’étendent pas si loin que la terre* l’obsemilé , par conséquent, n’a lieu sur aucune partie de notre globe ; mais la planète paroît comme une petite tache noire , passant sur le disque du soleil ; c’est ce qu’on appelle le passage d'une planète.

C est par le dernier passage de Vénus, que te astronomes purent calculer avec quel-

sBl

Ï>E LA LUNE, etc.

cpéexactitude la distance de la terre au soleil^ et les dimensions de ce dernier.

Emilie.

J’ai entendu dire que la lune a de Fin-” fluence sur les marées, mais je ne puis cou-" cevoir ce que c’est que cette influence.

Mad. B.

Les marées sont produites par 1 attraction de la lune , qui force les eaux à s’entasser*

Caroline.

L’attraction agit - elle sur Feau plus puissamment que sur la terre? J’aurois cru que c’étoit justement le contraire ; car la terre est certainement un corps plus dense que Feau.

Mad. B.

Ce n’est pas pour être plus fortement attirées que les eaux s’élèvent 5 car celte supposition seroit fausse ; mais la cohesion des fluides étant beaucoup moindre que celle des solides , ils cèdent plus aisément a la force de gravité 5 ce qui fait que les eaux, immédiatement au-dessous de la lune 5 s’entassent

de la dune , etc,

et forment une protuberance qui produit, au point où cela arrive , îe flux ou la hautemer. Jusque-là, la théorie des marées n’est pas difficile à comprendre.

Caroline.

Rien ne peut être si simple • les eaux pour s’élever au-dessous de la lune doivent entraîner celles du coté opposé du globe, et occasionner le reflux dans celte partie.

Mad. B.

I ons formez votre conclusion trop à la liât e , Caroline* car selon votre théorie nous n’aurions la haute mer qu’une fois en vingtquatre heures, c’est-à-dire, chaque fois que nous serions sous la lune* tandis qu’au fait nous avons deux marées dans le cours de vingt-quatre heures, et que la haute mer a lieu en même temps pour nous , et pour nos antipodes.

Cependant il est impossible à la lune d’attirer en même temps la mer dans deux parties opposées du globe et dans deux directions contraires*

■ii

DE LA LUNE , etc.

Mad. B.

Celle marée opposée est un pen pins difficile à expliquer que celle qui s’élève sous 3a lune; néanmoins avec un peu d’alteution, j’espère que je pourrai vous le faire comprendre.

Vous vous rappelez que la terre e! la lune s’attirent mutuellement ’sers un point, leur centre commun de gravité et de mouvement; pouvez-vous me dire qu’est-ce qui empêche qu’elles ne se rencontrent et ne se reunissent à ce point?

Emilie.

C’est leur force de projection , qui leur donne une tendance à fuir de ce centie^

Mad. B.

El c’est de là que naît la force centrifugea Or, nous savons qu’elle croit en proportion de la distance du centre de mouvement.

Oui , je me souviens que vous nous 1 avez expliqué y et que vous nous donniez en

DE LA LUNE, etc.

exemple ïe mouvement des ailes d’un moulin à vent, et d’une toupie qui tourne.

Emilie.

Il n’y a que fort peu de jours que vous bous représentiez que les corps pesoieut moins à l’équateur qu’aux réglons polaires, parce que la force centrifuge croissoii dans les régions équatoriales.

Mad. B.

Très-bien. La force d’attraction, au contraire j croît lorsque la distance au centre de gravité diminue; quand, par conséquent, les deux centres de gravité et de mouvement sont au meme point , comme c’est le cas relativement à la lune et à la terre, la force centrifuge et celle d’attraction sont dans un rapport inverse l’une de l’autre ; ce qui veut dire, que là où l’une est plus forte, l’autre est plus foible.

Emilie.

Ainsi, ces parties de Focéan qui sont attirées le Pi us fortement, auront une force centrifuge moindre; et les parties, qui sont le

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