DE LA LUNE , CÎC
diminuent à mesure que Ton s’en éloigné et * que l’on s’approche clés poles.
Caroline.
Dans 3a zone torride , j’espère que vous m’accorderez que la lune est immédiatement au-dessus des lieux où on a la haute mer, ou directement opposée à ces lieux-là.
Mad. B.
Je ne puis pas meme admettre cela ; car l’océan participe naturellement au mouvement de la terre dans sa rotation de l'Ouest à l'Est ; et dès lors la lune, en produisant une marée, se trouve avoir à combattre le mouvement des Vagues qui vient de l’Est. La matière , comme vous le savez, s’oppose, par son inertie, à tout changement d’état* les eaux par conséquent ne cèdent pas sans peine à l’attraction de la lune ; l’effet de son influence n’est complet que trois heures après son passage au méridien , et c’est à celte époque qu’a lieu la haute mer.
Emilie.
Qu’est-ce qui fait, je vous prie, que la
2 go BE LA EU NE, ClC.
marée retarde de trois quarts d’heure par
jour ?
Mad. B.
C’est qu’il se passe vingt-quatre heures et trois quarts avant que le même méridien de notre globe revienne sous la lune. La tenC tourne sur son axe à-peu-près en vingt-quatre heures; si donc la lune étoit stationnaire , la même partie de notre globe, toutes les vingtquatre heures, reviendroit sous la lune ; mais comme, pendant notre révolution diurne, la lune avance dans son orbite, la terre doit faire plus qu’une rotation complète pour ramener le même méridien sous la lune. Il nous faut trois quarts d’heure de plus pour l’atteindre. Les marées sont donc retardées par la même raison qui fait que la lune se lève trois quarts d’heure plus tard chaque jour.
Nous avons à présent fini, je croîs , les observations que j’avois a faire sur l astronomie. À notre premier entretien, je tâcherai de vous expliquer les élémens de i hydrostatique.
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ONZi È M E CON V E R.SÀTION.
ELUIDES.
Definition d'un fluide. — Distinction entre les fluides et les Liquides . — - Des fluides non élastiques 5 à peine susceptibles de compres sion . De la cohésion des fluides . — De
leur gravitation* — De leur équilibre . — - De leur pression . — De la pesanteur spécifique. — De la pesanteur spécifique des corps plus pesans que Veau. Des corps de poids égal à Veau. — Des corps plus légers (que Veau. — De la pesanteur spécifique des
Mad. B,
J usqu’ici notre attention ne s’est portée que sur les propriétés mécaniques des corps solides. Je les ai éclairctes, et j’espère qu’elles seront profondément gravées dans votre mémoire par les entretiens que nous avons eus
ensuite sur l’astronomie. 11 faud ra mainte-*- Bant que je vous donne quelque connoissance des propriétés mécaniques des fluides, en particulier de leur équilibre. La science qui s’occupe de cet équilibre se nomme hydrostatique, Un fluide est une substance, qui cède à la plus petite pression. Quand vous plongez voire main dans un bassin d'eau ? vous sentez à peine aucune résistance.
Emilie.
L’attraction de cohésion est donc moins puissante dans les fluides que dans les solides ?
Mad. B.
Oui , les fluides , en général , sont des corps d’une densité moindre que les solides. On infère de la foible cohésion des particules des fluides et de la facilité avec laquelle elles glissent l’une sur l’autre, qu’on peut les concevoir comme petites , polies , et globuleuses (1); polies, parce qu’il paroît qu’il y
(1) Il est bien entendu que de telles conceptions, dont il est fatt souvent emploi dans cet entretien, îie sont offertes, que pour mettre le sujet à la portée de félève.
[Note du Traducteur .}
DES FLUIDES
a peu ou point de frottement entr’elles ; et globuleuses, parce que la foibîesse de leur cohésion s’explique par cela même qu’elles ne se touchent que par un seul point.
Caroline.
Quelle est, je vous prie , la distinction entre un fluide et un liquide ?
Mad. B.
Les liquides ne comprennent qu’une classe de fluides. 11 y en a une autre classe, qu’on distingue par le nom de fluides élastiques , ou gaz, qui comprennent l’air atmosphérique et tous les différens genres d’air, que vous » apprendrez à connoître quand vous étudierez la chimie. Nous examinerons dans notre prochain entretien leurs propriétés mécaniques, et nous traiterons ce matin des liquides, ou fluides non élastiques.
L’eau et les liquides en général, sont à peine susceptibles d’être comprimés ou d’être réduits à un espace plus petit que celui qu’ils occupent naturellement. On suppose que cela est dû à la petitesse extrême de leurs particules, qui, au lieu de se soumettre à
2 g 4 BbS PROPRIETES MECANIQUES
la pression , forcent leur route à travers les pores de îa substance qui les contient. Ceci a été démontré par une experience célébré, fai le il y a long - temps à Florence. Un globe d’or creux fut rempli d’eau, et soumis à une grande pression; on vit alors 1 eau exsuder à travers les pores de For , qui se couvrit d’une fine rosée. L’efiet de îa pesanteur se manifeste dans les liquides d une manière qui leur est propre, et qui ne peut avoir fieu dans les solides , parce que 1 attraction de cohésion s%T oppose. Dans celte table , par exemple , la cohesion des particules du bois permet de soutenir , sur quatre pieds déliés, un poids considérable. Si la cohésion étoil détruite, ou, en d'autres termes, si le bois étoit converti en un fluide, on ne
ponrroîl point soutenir la table par des pieds; car les particules n’étant pas unies ensemble , chacune presseroit indépendamment des autres et se mvelleroit avec la surface de la terre.
Emilie.
Ce manque de cohésion est donc la raison pour laquelle les fluides ne peuvent jamais
DES FLUIDES
former des figures permanentes ou s9entasser en monceaux ; car quoiqu’il soit vrai que le vent soulève l’eau et forme des vagues, la pesanteur les détruit aussitôt, et 1 eau 1e-9 prend son niveau.
Mad. B.
Comprenez-vous ce qu’on entend par le niveau ou l’équilibre dés fluides ?
Emilie.
Je le crois; mais j’aurois quelque peine à le dire. Un fluide n’est-il pas de niveau quand sa surface est polie et plate comme c’est le cas de tous les fluides, quand iis sont en repos?
Mad. B.
Us sont polis , si vous voulez , mais pas plais; car la définition de l’équilibre d’un fluide est que chaque partie de la surface est distante également du point auquel tend la gravité , c’est-à-dire du centre de la terre ; ainsi la surface de tous les fluides doit être bombée et non plaie , puisqu’ils participent à la forme sphérique du globe. C’est ce qui
sq6 des propriétés mécaniques
esî très- evident dans les grandes masses d’eau, telles que l’Océan; mais la sphéricité des peines masses d’eau est si peu sensible , que leurs surfaces paroiss^nt plates.
Ce niveau, ou cet équilibre des fluides, est le résultat naturel de la gravitation indépendante dont jouissent leurs particules ; car quand une particule d’un fluide se trouve élevée accidentellement au-dessus des autres, elle est attirée en bas jusqu’au niveau de la surface du fluide , et la facilité avec laquelle les fluides cèdent à la plus petite impression permet à la particule de pénétrer, en vertu de son poids , dans la surface du fluide et de se mêler à lui,
Caroline.
Mais j’ai vu une goutte d’huile flotter sur la surface de l’eau sans se mêler à elle.
Mad. B,
C’est parce que l’huile est un liquide plus léger que l’eau et n’en est pas attirée. Voilà ^ ^ ^ îflst ru m en t ^ n o ru m c /2 1 ^ cx> et / d air ( fig. i , pî. xill ), qui est construit sur îe principe de l’équilibre des fluides. Il can-
DES FLUIDES
sîste en nn tube court, AB , ferme aux deux bouts, et qui contient de l’eau, au-dessus de laquelle court librement une bulle d’air; quand le tube n’est pas parfaitement hoiizontal , l’eau descend vers 1 extrémité inferieure , ce qui fait remonter la bulle dan , qui se fixe enfin au milieu, lorsque le tube 11e penche d’aucun côté. C’est ainsi, qu eu toute situation , cet intrunient fait reconnoitre le niveau du lieu.
On peut donc considérer les corps solides comme gravitant en masse; car la foi te cohésion de leurs particules les fait tomber toutes ensemble , tandis que chaque particule d’un fluide peut être considérée comme composant une petite masse séparée de toutes
les autres.
Voilà pourquoi une masse d’eau qui tombe fait moins de mal qu’un corps solide de meme poids.
Mad. B.
Les particules des fluides agissant ainsi d’une manière indépendante , se pressent
2g8 DES PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES
entr elles en toute direction, non-seulement de haut en bas, mais aussi de bas en haut, et latéralement ou sur les cotés ; et par suite de cette égalité de pression, chaque particule reste en repos dans le fluide. Si on agite le fluide , on trouble l’égalité de pression , et le fluide n’est tranquille que quand son équilibre est rétabli.
Caroline.
La pression de baut en bas est très-nalureile; c est I eiïel de la gravité, chaque particule pesant sur une autre la presse ; mais je ne peux pas comprendre la pression de cote’, et moins encore la pression de Las en haut.
Mad. B.
S’il n’y avoit pas de pression latérale, î’ean ne couîeroit pas par une ouverture faite au colé d’un vase; si on remplit un vase de sable, il ne coule pas, comme l’eau, par une telle ouverture , parce qu’il y a à peine une pression latérale entre ses pai licules,