‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 44 sur 54 · DE D’ANGLE VISUEL · texte numérisé non relu

DE D’ANGLE VISUEL

Je consens très-volontiers à ce que vous gardiez le modèle, à condition que vous en fassiez un vous-même, sur le même principe, mais qui représente des objets différens.

Il nous faut achever à présent les observations qui nous restent à faire sur l’angle visuel.

Si un objet, avec un degré ordinaire d’éclairement, n’est pas vu sous un angle de plus de deux secondes, il est invisible. Il y a deux cas dans lesquels les objets peuvent être invisibles; quand ils sont trop petits, et quand ils sont si éloignés qu’ils forment un angle de moins de deux secondes.

De même, si la vitesse d’un corps est si petite que l’arc décrit par le corps en une heure soit vu sous un angle de 20 degrés,

son mouvement est imperceptible,

Caroline.

Un mouvement très-rapide peut donc être imperceptible, pourvu que la distance du corps soit suffisamment grande.

Mad. B.

(bans doute • car plus est grande sa dis-

ET DE LA REFLEXION DES MIROIRS. 45g

tance, plus est petit Tangle sous lequel son mouvement paroît a nos veux. C est par cette raison que les mouvemens des corps celestes sont invisibles, malgré leur énorme vitesse.

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Emilie.

Je suis étonnée qu’une vitesse si grande que de 20 degrés par heure puisse elre invisible.

Mad. B.

La vitesse réelle dépend entièrement de l’espace compris dans chaque degré , et cet espace dépend de la distance de l’objet , et de l’obliquité de sa route. Remarquez aussi, que nous ne pouvons pas juger de la vitesse d’un corps en mouvement, sans connoîtHè sa distance ; car supposons que deux hommes partent au même moment , des points A et R, (fig. 2), pour aller chacun aux extrémités C et D de leurs lignes respectives s’ils font leur route dans le même espace de temps, > ils doivent avoir avancé d’une quantité trèsdifférente; et cependant, a un œil situé en E, ils paroîtront avoir cheminé de la même vitesse , parce qu’ils auront parcouru tous les

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deux un nombre égal de degrés, quoique sur deux longueurs fort inégales. La vue est sans doute un sens bien utile, mais on ne peut pas toujours s’y fier; elle nous trompe relativement a la grandeur et à la distance des objets ; et nos sens seroient sujets à nous jeter dans 1 erreur, si l’expérience ne venoit a notre secours.

Emilie.

A l’aide de ces deux moyens de connoissance , je crois que nous parvenons à acquéïir une idée assez exacte des objets.

Mad. B.

Au moins suffisante pour les besoins generaux de la vie.

Pour vous montrer combien l’expérience est nécessaire pour corriger les erreursj de îa vue, je vous rapporterai le cas d’un jeune liorn me qui etoit aveugle dès son enfance , et qui recouvra la vue, à l’âge de quatorze ans, par l’opération de la eataraete. D’abord il n- avait d’idée ni de la grandeur, ni de îa distance des objets; il s’imaginoit que totites les choses qu’il voyoit touchoient ses yeux ; et

ce ne fut qu’après les avoir senties à plusieurs reprises , et après avoir été d’un objet à un autre , qu’il acquit l’idée de leurs dimensions respectives, de leurs situations relatives et de leurs distances.

L’idée que les objets touchoient ses yeux, n’est pas néanmoins si absurde qu’elle le paroît d’abord ; car si on considère que nous ne voyons que l’image des objets, cette image touche bien réellement les yeux»

Mad. B.

C’est sans doute la raison de l’opinion qu’il s’étoit forrnee , avant que le sens du toucher eût corrigé son jugement.

Caroline.

Mais puisqu’une image doit se former sur

la rétine de chacun de nos yeux, pourquoi ne voyons-nous pas les objets a double?

Mad. B.

L’action des rayons sur le nerf optique de chacun de nos yeux est si parfaitement

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semblable , que ces rayons ne produisent qu’une seule sensation; l’âme par consequent recoil la meme idëe de la rétine des deux yeux , et conçoit que l’objet est simple.

C’est difficile à comprendre ? et je crois que ce n’est que conjectural.

Mad. B.

Je peux vous convaincre aisément qu’il se forme une image distincte d’un objet sur la rétine de chacun de vos yeux. Regardez le cordon de la sonnette , et dites-moi si vous Je voyez à la droite ou à la gauche du pied de l’écran?

Caroline.

On peu a la droite.

Mad. B.

Maintenant fermez l’œil droit y et vous le verrez à gauche de l’écran.

Caroline,*

Oui vraiment.

Mad. B.

U y a évidemment deux représentations du cordon dans des situations différentes. Cela est dû à ce qu’il y a une image formée sur les deux yeux. Si donc l’action des rayons sur la rétine n’etoit pas toul-à-fait semblable de manière à produire une sensation unique , nous ne verrions jamais simple* Et c est le cas de quelques personnes qui ont un de leurs yeux dans un état de maladie qui empêche les rayons de lumière d agir de même sur cet œil que sur 1 autre (i).

* t / /Vf > '* <<•

Emilie.

Mais je vous prie , Mad. B. , quand nous voyons l’image d’un objet dans une glace , pourquoi n’est - elle pas renversée comme dans la chambre obscure et comme sur la rétine de l’œil ?

(i) En examinant le sujet plus en détail, on reconnoît bientôt que l’on voit simple ou double , selon la place de chaque rétine qui est affectée. Mais il n’éloit guèrês possible d’occuper les élève?; de cette loi de correspondance, avant d’avoir décrit i’ceih

{Noie du Traducteur .)

^44 de d’angle visuel 1

Mad. B.

Parce que les rayons n'entrent pas dans le miroir par une petite ouverture et ne se croisent pas enlr’eux , comme ils le font à l’ouverture de la chambre obscure ou à la pupille.

Quand vous vous regardez dans un miroir, les rayons qui viennent de \os yeux tombent perpendiculairement sur le miroir , et se réfléchissent sur la même ligne ; l’image se fait donc derrière le verre, et v est située de la même manière que l’objet l’est sur le devant.

< Emilie.

Oui , je le vois bien * mais la glace n’est pas si grande que moi; comment donc est-ce que je peux vôir dedans toute ma figure ?

S liai oh Oühm

Mal. B.

Il n’est miroir soit

pas necessaire que la hauteur du plus de la moitié de la votre pour

que vous puissiez y voir toute votre personne, (fig.5). Le rayon de lumière AB,

qui, venant de votre œil, tombe perpendi-

culairement sur le miroir BD est réfléchi sur la même ligue ; mais le rayon qui vient de votre pied tombe obliquement sur le miroir, car il faut qu’il monte pour l’atteindre ; il est donc réfléchi sur la ligne DA ; et puisque nous voyons les objets dans la direction des rayons réfléciiisj qui viennent à l’oeil , et que l’image paroi! derrière le miroir à la même distance que l’objet sur le devant, il faut prolonger la bgne AD en E, et la ligne CD en F- les extrémités de ces lignes termineront l’image.

Emilie.

Eh bi eo donc, je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas me voir toute entière dans un miroir beaucoup plus petit , car un rayon de lumière qui vient de mon pied l’aüeindroil toujours , quoiqu’il fût plus obli que.

Mad. B.

C’est vrai; mais plus le rayon tombe obliquement sur le miroir , plus il est réfléchi obliquement ; le rayon seroil donc réfléchi au-dessus de votre tête et vous 11e pourriez pas le voir. C’est ce qu’indique la ligne pointée ( fig. 3

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