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SEIZIÈME CONVERSATION

DE X’ANGLE VISUEL ET DE LA RÉFLEXION DES MIROIRS. (Suite de l’Optique.)

Angle visuel. — Réflexion des miroirs plans. - Rèfl exion des miroirs convexes. — Réflexion des miroirs concaves .

Caroline.

Eh bien , Mad. B. , je suis bien impatiente d’entendre les preuves ultérieures que vous avez à nous présenter à l’appui de votre théorie. Vous avouerez que c’étoit bien piquant pour nous d’interrompre si brusquement notre dernier entretien.

Mad. B.

Vous m’accablez si fort d’objections qu’il faut me donner le temps de recueillir mes forces.

Pouvez- vous me dire 7 Caroline ? pour-

DE DANGLE VISUEL

quoi les objets éloignés paroissent plus petits qu’ils ne le sont réellement ?

Caroline.

Je ne connois pas d’autre raison que celle de leur distance. >

Mad. B.

Vos raisons ne sont pas plus satisfaisantes pour moi que les miennes ne semblent l’avoir été' pour ypus. 11 nous faut revenir à la chambre obscure pour cette explication ; vous verrez la confirmation de ce que je vous ai dit a la dernière leçon , et vous comprendrez que c’est par la petitesse des images sur la rétine, que les objets éloignés paroissent plus petits.

La figure i , planche XVII, représente une ligne d’arbres, vue dans la chambre obscure. J’y ai marqué la direction des rayons de l’objet à l’image ; observez que le rayon qui vient de la cime de l’arbre le plus proche et celui qui vient du pied du même arbre se rencontrent a l’ouverture de la pupille , en formant un angle d’environ vingt-cinq degrésj que l’on appelle angle visuel. Ces rayons

JPL.XYir.

se croisent à leur rencontre, en formant des angles égaux opposés au sommet. Les jambes de celui qui est opposé à l’angle visuel aboutissent aux deux extrémités de l’image renversée de l’arbre qui se peint dans la chambre obscure. L’image est beaucoup plus petite que l’objet , mais les proportions sont parfaitement conservées.

. A présent , marquons le rayon supérieur et le rayon inférieur de l’arbre le plus éloigné; ils forment un angle qui n’est que de douze ou quinze degrés , et l’image est dans des dimensions proportionnelles. Ainsi deux objets de la même grandeur, comme les deux arbres de l’avenue , forment dans la chambre obscure des images de différentes grandeurs suivant leur distance ; ou , en d’autres termes , suivant l’angle visuel sous lequel ils sont vus. Comprenez-vous cela?

Parfaitement.

Mad. B.

Vous n’avez donc qu’à supposer que h

DÉ L^NGcLE VISUEL

représentation dans la chambre obscure est semblable à celle qui a lieu sur la rétine.

Maintenant , puisque les objets qui sont de même grandeur ne paroissent pas l’être quand ils sont à des distances inégales , je vous demanderai ce que nous voyons : est-ce les objets réels, qui, comme nous le sàvons bien , ne varient pas en grandeur; ou bien les images , qui varient suivant l’angle visuel sous lequel on les voit?

Caroline.

Je dois avouer que la raison est en faveur de la demiere opinion. Mais cette chaise à l’extrémité de la chambre forme-t-elle une image sur ma rétine beaucoup plus petite que celle de la chaise qui est à côté de moi? elles me paroissent exactement de la même grandeur.

Mad. B.

Je vous assure que les images ne sont pas égales. L’expérience que nous procure le sens du toucher corrige les erreurs de notre vue , relativement aux objets qui sont à

notre portée. Vous êtes convaincue si parfaitement de la grandeur réelle de ces objets^ que vous ne faites pas attention a leur différence apparente.

Cette maison vous paroît-elle beaucoup plus petite que lorsque vous en êtes tout près ?

Caroline.

Non* parce qu’elle n’est pas fort éloignée.

Mad. B.

Et cependant vous pouvez là voir toute entière à travers une des fenetres de cette chambre. L’image de la maison sur \otie rétine doit donc être plus petite que celle de la fenêtre par laquelle vous la voyez. C est votre counoissance de la grandeur réelle de la maison qui vous empêche de faire attention à sa grandeur apparente. Si vous des-, siniez d’après nature , vous jugeriez parfaitement de cette difference.

Emilie,

Et quelle est ? je vous prie ^ la raison pour laquelle j quand on regarde une avenu®

454' de d’angle visuel'

les arbres paroissent non - seulement plus petits , à mesure qu’ils sont pins éloignés , mais semblent s’approcher graduellement les tins des autres, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent en un point.

Mal. Ba

Ce ne sont pas seulement les arbres qui paroissent se rapprocher * mais le chemin qui les séparé forme un angle visuel plus petit , à mesure qu’il est plus éloigné de nous; en consequence, sa largeur diminue graduellement en même temps que la grandeur des arbres, jusqu’à -ce qu’à la fin il se termine en apparence en un point auquel les arbres semblent se rencontrer.

Mais cet effet du changement de l’angle visuel sera éclairci plus pleinement par irn petit modèle d’une avenue que j’ai construit dans ce but. ici l’avenue est composée de six arbres qui mènent à un temple hexagone , et qu’on regarde d’un œil , sur La rétine duquel se trace la peinture des objets*

Je vous demande de ne pas critiquer les proportions 5 car quoique l’œil y soit repré-

ET DE LA RÉFLEXION DES MIROIRS ."435 sente de grandeur naturelle , tandis que les arbres n’ont pas plus de trois pouces de haut, la disproportion n’altérera point le principe que le modèle est destiné à éiaircir.

Emilie.

Les fils qui passent des objets à la rétine, en traversant la pupille, représentent, à ce que je pense, les rayons de lumière qui portent l’image des objets a la rétine ?

Mad. B.

Oui , j’ai été forcée de réduire les rayons a un très-petit nombre , pour éviter la confusion ; vous voyez qu’il n’y en a que deux qui partent de chaque arbre.

Mais comme l’un part du sommet et l’autre du pied de l’arbre , ils représentent bien les angles differens sous lesquels nous voyons les objets à des distances différentes; ils les représentent même mieux que s’il y en avoit plus.

Mad. B.

Ï1 y a sept rayons qui viennent du temple $

436 DE l’angle visuel

l’un du sommet , et deux de chacun des angles qui sont visibles à l’œil dans cette situation ; vous pouvez par-là vous faire une idée juste de la différence de l’angle visuel des objets regardés obliquement ou en face J car quoique les six côtés du temple soient de dimensions égales , celui qui est oppose à l’œil se voit sous un angle beaucoup plus grand que ceux qu’on voit obliquement* C’est sur ce principe que se fondent les lois de la perspective.

Emilie.

Je suis charmée d’apprendre cela ; car tout dernièrement j’ai commencé d’étudier la perspective, et cette étude m’a paru trèssèche ; mais à présent que je connois les principes sur lesquels elle se fonde , j’y trouverai beaucoup plus d’intérêt.

Caroline.

Ainsi en faisant un paysage d’après nature J on copie non les objets réels, mais l’imago qu’ils forment sur la rétine ?

Mad. B.

Certainement. Dans la sculpture on copie îa

nature comme elle existe réellement ; dans la peinture on la représente comme elle nous paroît. C’étoit pour cela que je trouvois difficile d’expliquer par un dessin les effets de

l’angle visuel, et c’est ce qui m’a obligé de construire un modèle pour les rendre sensibles.

Emilie.

J’espère que "vous nous permettrez de garder ce modèle quelque temps , pour l’étudier plus à fond, car on peut y apprendre beaucoup de choses* il éclaircit la nature de l’angle visuel, La diminution apparente des objets éloignés et le renversement de l’image

sur la rétine. Mais pourquoi, s’il vous plaît, avez-vous coloré les fils qui représentent les rayons de lumière, d’après la couleur des objets d’où ils viennent ?

. va j

Mad. B. .:•«* ’ ; s

Vous m’excuserez de ne pas répondre dès a présent a votre question , mais je vous promets de vous l’expliquer dans un autre moment.

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