CINQUIÈME CONVERSATION
Sommaire : Que la prohibition à la sortie équivaut à une confiscation. — Effets de la prohibition h la sortie du drap, du travail, des houilles, des denrées alimentaires. — Le droit aux lapins. — Les prohibitionnistes et les sauvages de la Louisiane.
LE PROHIBITIONNISTE.
On me dira ce qu'on voudra, mais je n'admettrai jamais que le meilleur moyen d'amener l'abondance dans un pays, ce soit d'en laisser sortir les grains. Le bon sens avant tout !
l'économiste.
C'est précisément à votre bon sens que je veux m'adresser. C'est votre bon sens que je veux convertir à la liberté du commerce. Pourquoi demandez-vous la prohibition à la sortie des grains?
LE PROHIBITIONNISTE.
Belle question! Pour préserver nos populations de la disette.
Vous croyez donc que la prohibition à la sortie ramènera l'abondance dans le pays?
LE PROHIBITIONNISTE.
Une abondance relative. Je crois que la prohibi-
tion à la sortie mettra un (erme au renchérissement des choses nécessaires à la vie. Sans cela, pourquoi la demanderais-je?
l'économiste.
Fort bien. La prohibition à la sortie est, à vos yeux, un procédé qui sert à arrêter le renchérissement et à ramener dans le pays une abondance relative.
Ce procédé est assurément des plus simples et des moins coûteux. Hier, les grains et les autres aliments pouvaient être transportés hors du pays. Aujourd'hui, une ordonnance en quatre lignes est insérée au Moniteur^ et demain, cette nuit même, le commerce des grains se trouve arrêté à toutes les frontières. C'est encore plus simple et plus économique que l'émeute.
LE PBOUISITlONiNISTE.
Vous nous assimilez a des émeûtiers? C'est indécent :
l'émeutier.
Comment! Mais il me semblait que nous poursuivions le même bul .