‹ Conversations sur le commerce des grains et la pro tection de l'agricultureChapitre 40 sur 59 · I.'- résultat matériel d'abord. Quand la récolte a · texte numérisé non relu

I.'- résultat matériel d'abord. Quand la récolte a

mauvaise dans un pays, quand ce pays ;i un déficit

que l'impoi talion doit combler, est il bon d'j faire

baisser artificiellement le prix des grains an début de la saison? Voilà la question. Je vous ai parlé du maximum et de ses effets.

LE PR011IBITIONNISTE.

Qu'a de commun le maximum avec la prohibition à la sortie?

l'économiste.

Vous allez le savoir. Le maximum était établi pour empêcher les cultivateurs et les marchands de vendre leurs grains au-dessus du prix tarifé par l'administration. Ce prix était donc plus bas que celui qui se serait établi naturellement si l'administration n'était pas intervenue. Qu'en résultait-il? C'est que le maximum fixé par l'administration n'offrant pas aux marchands étrangers un bénéfice égal à celui qu'ils pouvaient trouver ailleurs, le déticit ne se comblait pas. Lespopulations jouissaient, à la vérité, d'un bon marché relatif et d'une sécurité temporaire, mais ce bon marché était périlleux, cette sécurité était trompeuse, car le déficit subsistait toujours. Il n'était pas comblé, il n'était que masqué par le maximum. Le moment finissait par arriver où la récolte se trouvait consommée, et ce moment arrivait d'autant plus vite que le maximum avait été fixé plus bas, car les populations mettent toujours plus ou moins d'économie dans leur consommation, selon que les subsistances sont plus ou moins chères. Donc la récolte se trouvait consommée et le déficit n'était pas comblé. Qu'arrivait-il alors? Que la population, au lieu de souffrir de la pénurie et de la cherté, était décimée par la famine, que l'équilibre entre l'appro-

visionnement et laconsommation, n'ayant pu s'établir par l'augmentation de la quantité des subsistances, s'établissait par la diminution du nombre des consommateurs ; que la mort se chargeait finalement de résoudre ce problème que le maximum avait imprudemment ajourné. Voilà quels étaient les résultats du maximum!

Eh bien! la prohibition à la sortie agit exactement comme le maximum. Elle occasionne parfois, je vous l'accorde, une baisse artificielle dans le prix des grains; mais elle ne comble pas le déficit, elle le masque! Si elle n'existait pas, les prix s'élèveraient peut-être davantage au début de la saison, mais cette hausse naturelle serait bienfaisante.

LE PROHIBITIONNISTE.

Une hausse bienfaisante!

l'économiste.

N'oublions pas que nous avons un déficit, et qu'il faut de deux choses l'une : ou que ce déficit se comble, ou que le nombre des consommateurs diminue. Or, l'importation seule peu! le combler. Quelle est donc la meilleure politique à suivre? Est-ce de décourager el de ralentir l'importation, ou de l'encou- : el de l'activer?

ae saurai! faire 1 objel d'un doute. Plus toi un déficit est comblé, mieux cela vaut.

i .'i I ONOMIS i E.

bien ' lorsqu'une nation b un déficit el qu'elle le masque au moyen d'une prohibition A la sortie, dont le résultai immédiat est d'occasionner une baisse

ou de ralentir l'essor naturel de la hausse, qu'arrivet-il? Que le commerce ne s'occupe point de combler ce déficit; qu'il porte ses denrées dans les pays où l'on a eu la sagesse de laisser les choses suivre leur cours naturel, où l'on n'a provoqué aucune baisse artificielle des subsistances. 11 en résulte quecespays sont approvisionnés les premiers et au meilleur marché possible. Mais la prohibition à la sortie n'ayant pas eu la vertu de combler le déficit existant dans le pays où elle a été décrétée, les prix ne manquent pas d'y hausser de nouveau. Malheureusement, cette hausse, qui aurait pu être efficace si elle s'était produite au début de la saison, cette hausse vient trop tard. 11 faut du temps et des navires pour aller chercher des grains aux lieux de provenance, en Amérique, en Egypte, en Russie. Or, le temps manque et les navires sont rares. D'ailleurs, la meilleure part des approvisionnements disponibles a été expédiée dans les pays où l'on s'est gardé de troubler imprudemment le cours naturel des choses. Il faut donc aller acheter là de seconde main, et à un prix excessif, le supplément de subsistances dont on a besoin, et presque toujours les quantités que l'on peut se procurer ainsi demeurent insuffisantes. Alors, les les approvisionnements ne pouvant s'augmenter assez, c'est le nombre des consommateurs qui diminue. La Belgique en a fait, pour sa part, la douloureuse expérience en 1847. Dans cette année néfaste, la prohibition à la sortie a ralenti la hausse au début de la saison, et les prohibitionnistes de. s'en féliciter ! Malheureusement leur joie a été courte. Le déficit

n'ayant pu se combler, on a eu au printemps des prix de famine et une mortalité exceptionnelle En 1853, au contraire, le gouvernement ayant réussi à maintenir la liberté du commerce, en dépit des clameurs prohibitionnistes, le déficit a été entièrement comblé, et les prix n'ont atteint nulle part un taux de famine.

Voilà pour le résultat matériel de la prohibition à la sortie.

Voici maintenant pour le résultat moral. Elle rassure les populations, dites-vous ; elle leur donne confiance dans l'avenir. Oui, mais pour aggraver leur situation et leur faire subir, un peu plus tard, une déception cruelle.

Une baisse artificielle survenant après une mauvaise récolte ne ralentit pas seulement les importations, elle contribue encore à augmenter la consommation. Les populations, rassurées sur l'avenir, ne mettent pas dans leur consommation toute l'économie que les circonstances exigent, el elles aggravent ainsi le déficit. Mais le moment arrive où la hausse éclate de nouvau, et ce momenl arrive d'autant plus vite que la confiance ;i été plus grande, que les populations ont été mieux rassurées. Alors l'abattement, le désespoir, l'irritation, succèdent à la confiance. On souffre cruellement, car l'hiver a épuisé les ressour- ■ . au lieu d'une amélioration que l'on attendait, un redoublement de malaise que l'on éprouve, 1 ' plainl amèrement d'aï oir été I rom p é et l'on mque pas de s'en prendre au gouvernement. On l accu mit p u fait ce qu'il aurait dû faire,

peut-être même d'avoir été de connivence avec les accapareurs, et les mécontents ont beau jeu. N'oublions pas que la révolution de 1848 a éclaté après doux mauvaises années, que des mesures prohibitionnistes avaient rendues désastreuses. Voilà pour le résultat moral!

Si donc nous dressons le bilan de la prohibition à la sortie, que trouvons-nous? D'abord, qu'elle décourage la production intérieure, qu'elle l'empêche de s'étendre et de se perfectionner; qu'elle ralentit le développement des ressources alimentaires du pays : ensuite, qu'elle affaiblit et retarde le mouvement des importations, aux époques de disette. A la vérité, elle rassure les populations, en éloignant le fantôme d'un épuisement des subsistances; mais la sécurité qu'elle leur donne est illusoire, et elle aboutit à une déception cruelle. Tel est le bilan de la prohibition à la sortie.

LE PR011IBITIONNISTË.

Mon Dieu ! il se peut que vous ayez raison en principe. La prohibition à la sortie est un expédient, pas autre chose. Il se peut que cet expédient soit mauvais, qu'il aggrave le mal au lieu de l'atténuer. Mais les populations croient à son efficacité. C'est une satisfaction qu'on ne peut leur refuser. Les préjugés ont quelquefois la valeur des faits.

l'économiste.

Au moyen âge, les populations attribuaient la disette aux maléfices des sorciers, et elles demandaient qu'on brûlât ces suppôts de l'enfer, conjurés contre l'espèce humaine. Était-on bien excusable de céder à

leurs préjugés, en envoyant au bûcher les prétendus jeteurs de sorts?

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