ÊEVANGÉLISATION DES CANADIENS CATHOLIQUES
Permettez-moi, Mesdames, de vous demander si vous vous rendez bien compte des conséquences de votre entreprise ?
Quand vous cherchez à attirer des Canadiens catholiques au Protestantisme, prétendez-vous leur donner des richesses religieuses qui leur manquaient, et des moyens de salut qu’ils ne possédaient pas déjà ?
Le Protestantisme, vous le savez, est une négation, pas autre chose que cela.
Il n’ajoute rien à la foi catholique, il en retranche, au contraire, un certain nombre de vérités nécessaires, et tout ce qu’il garde encore de vrai et de bon, il l'emprunte à l'Église qui en fut toujours en possession depuis dixhuit cents ans. Le Protestantisme n’a donc rien, absolument rien de nouveau à donner au catholique qui l’embrasse. Au contraire, le protestant qui entre dans l’Église et se fait catholique, s'enrichit réellement, puisque, aux quelques vérités qu'il croyait déjà, il ajoute la somme totale des vérités que la foi catholique lui transmet. Il s'enrichit, puisque, aux quelques faibles moyens de sanctification et de salut qu'il possédait comme protestant de bonne foi, il joint désormais toute la surabondance de secours spirituels que l'Église met à sa disposition dans les Sacrements.
Mais le catholique qui abandonne sa foi pour devenir protestant, que fait-il, sinon de se dépouiller volontairement de ses richesses spirituelles pour se réduire
à la plus extrême pauvreté ?
— Il se dépouille, direz-vous de ses superstitions romaines, de croyances vaines et creuses que l'ignorance et la crédulité ont peu à peu introduites dans la religion. Le ramener au pur Evangile, n'est-ce done pas lui rendre un service signalé ?
—Mesdames, ce qu'il vous plait d'appeler ‘ superstitions romaines,” nous autres Catholiques, nous affirmons que ce sont des dogmes appuyés sur la sainte Écriture, professés de tout temps par les Docteurs et acceptés par les fidèles comme des articles nécessaires à la foi; et ce que nous affimons, nous sommes prêts à le prouver.
Ce que vous traitez de croyances “ vaines et creuses,” sont des traditions que les siècles chrétiens nous ont
transmises, que les intelligences les plus larges et les plus élevées ont pratiquées et nous ont léguées à nous leurs descendants.
Quelle que soit votre estime pour la communion religieuse à laquelle vous appartenez, Mesdames, vous n'oserez pourtant pas réclamer pour elle ni le monopole du bon sens, ni le droit exclusif au libre examen. Les Catholiques ne sont pas plus disposés à croire que les autres hommes et quand ils courbent la tête, c’est qu’on leur a bien prouvé qu'il fallait la courber.
Mais je ne veux pas entrer ici, Mesdames, en discussion avec vous. Je ne vous demanderai pas à quel pur évangile vous prétendez rallier les Canadiens catholiques.
Sera-ce au pur évangile épiscopalien ?
Au pur évangile presbytérien ?
Au pur évangile méthodiste ? ou simplement au pur évangile, très sommaire de l’armée du salut ?
Tous ces purs évangiles sont protestants, vous le savez, tous se donnent comme enseignant la doctrine du Christ et fournissant tous les moyens de salut, bien que tous parlent de fait une langue bien différente.
Je vous prie seulement de me laisser vous poser une simple question.
Malgré ce que vous nommez superstitions et croyances creuses des Catholiques, croyez-vous cependant qu'ils puissent se sauver en vivant dans l Église catholique et en mourant dans son sein ?
Vous n'oserez pas le nier, n'est-ce pas ?
Eh bien! si ces hommes peuvent se sauver comme Catholiques, pourquoi donc chercher à les entraîner dans des communions religieuses, où, pour eux du moins, il ne pourra pas être question de bonne foi, et où, d’après la conscience et la doctrine de l’Église, il leur est impossible -de se sauver ?
En faisant pareille besogne, n’encourez-vous pas. Mesdames, une responsabilité redoutable ?
Il avait plus de logique, ce Lord-Évêque de Québec, le Dr Mountain, qui disait : “ Les Canadiens sont bons, ils pratiquent sincèrement leur religion, ils vivent heureux, je me ferais certainement un scrupule de conscience de les troubler dans leurs croyances religieuses, pour Îles amener au protestantisme.”