‹ Cooperation et pacification [microform]Chapitre 3 sur 8 · IT · texte numérisé non relu

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rois aspects düTérents, suivant que le travail existe i l'état (l’épargne, qu’il se trouve réalisé sous Ibrine le produits, ou qu’il n'est encore qu en puissance, dans les bras et dans le cerveau du Iravaillein*. Dans ce dernier cas, c’est par la circulation des personnes que le travail se dénationalise. Tantôt 1 ouvrier se transporte dans les pays où il espère trouver des conditions de vie meilleures avec l’intention de s’y établir définitivennmt ; c’est l’émigration. Bornons-nous, pcjur établir son importance sociale, à rappeler quelle a transformé en moins de trois siècles les deux Améri([ues et l’Australie et ([u’elle aborde actuellement la conquête des continents ([ui lui étaient jusqu’alors fermés. Tantôt le travailleui’ se loue pour une besogne déterminée*, construction d’une voie ferrée ou percement d’un isthme, puis revient au pays natal. Quelquefois même, lorsque la nature du travail le comporte, cette émigration passagère a lieu périodiquement. L’exemple des Belges, que l’époque de la moisson ramène dans les fermes du Nord de la France, ou des Italiens, attendus chaque été sur les côtes du Languedoc pour la récolte du sel, n'a rien qui doive nous surprendre ; il tend même à devenir la loi toutes les fois qu un pays riche a pour voisin un pays pauvre ou surpeuplé.

T.ors(]u’il s’agit non plus du travail virtuel, mais du Iravail réalisé, c’est-à-dire des produits, l’intercoinmunication des nations civilisées, en principe, ne connaît pas d autre obstacle que celui (][ui peut provenir de la perfection plus ou moins grande des inovens d’échange et de transport. Cela est vrai surtout pour les marchandises dont la consommation est permanente et universelle ; 1 enorme extension des besoins a amené l’extension parallèle des organes destines a les satisfaire. Aussi a oit-on ({uelques centres d(* A ente ou de production imposer leurs pi’ix au globe tout entier. Chacun de nous pt'ut lire tous les matins dans son journal le cours mondial du cuivre, du blé, du coton, du sucre ou du pétrole. Même pour les produits qui relèvent davantage des nécessités locales ou des goûts particuliers, le jeu de la concurrence a vite lait d en ouA rir le marché aux [)roducteurs ou aux consommateurs de tous les pays. <( Toute clientèh*. lut-elle aux anti- ])odes. est bonne à conquérir si elle assure un bénéfice ». telle est la deA’ise du fabricant ; « tout fournisseur doit être accepté qui liAre à meilleur compte », tel est le mot d’ordre de 1 acheteur. DeA’ant ces impératifs également catégoriques de l intérêt, que Avaient les petits moyens par lesquels on cherche

îarfois à raniiiier dans un pays une industrie qui végète, par exenii)le. les campagnes « })atriotiques » Vune certaine presse en laveur de la coutellerie ou le la bière nationales? Examinez la cliai-rue que •ondiiit ce vigneron de l Ardèche : (die vient de Syracuse (état de New- York)- Intbiauez-vous du [lays d Origiiu' de ce steamer cpii d<‘l)arque sur le [liai d(' Dunkeri[ue des portes et des lenètri's en bois l)lanc, [lourvues de leurs lerrures et prêtes à être mises en ])lace ; il arrive en droite ligne de la Norvège. Il a payé, il est vrai, eu entrant dans le port, des di’oits considérables, car ainsi 1 ont voulu et le gouvernement, toujours a court d argent, et le bûcheron et le menuisier, électeurs de ce gouvmmement. Mais cette protection, en même temps qu elle endormait 1 initiative du paysan ou du fabricant fran(,*ais, a surexcité celle du producteur norvégimi. Endéi»itdes douanes (‘t du fret, il a pu. o-ràce à un écart de quelques centimes entre ses prix et ceux de ses concurrents, enqiortm* de haute lutte la commande qu'il convoitait. La poursuite du « bon marché » est [)lus forte que tous h‘s obstacles artiliciels (jui contribuent au rimchérissement des produits.

Nous ne dirons ([u'un mot du travail accumulé

sous forme (Vci.arRnc ou de capital, Ifintemationa- Usme dos capitaux, leur .nobilitc extrfme Jeui- ingeniosilc et Icui- facilité à se dérober à la prise du fisc,

leur empressement à accourir partout où onleurpro-

niet. sous forme de dividendes, un avantage plus grand qu'aillours, tous ces faits sont bien connus.

Une invention géniale a surtout contribué a bdiedetc

« u-availleur »', qu'on aiqielle l'argent, un instrument précieux de pacification internationale ; c’est celle de la xodélé par action., qui est la forme communément aibqitée aujourd'bui pour tontes les grandes entreprises. Grâce à elle, à fancien mode de la propriété personnelle, conçue suivant le vieux droit romain et inqdiquant pour le possesseur le pouvoir d'user et d'abuser, se sont substitués des modes plus souples. et idns .justes aussi, puisipie, en devenant collective, la propriété échappe aux fantaisies souvent néfastes d'un maître absolu. Grâce a elle encore, des cito.vens de deux pays hostiles peuvent « communi.-r » dans la possession iVun même bien ; grâce à elle, une meme mine de cuivre peut appartenir à des nationaux de vingt patries dillcrcntes, en sorte ipie cette forme de propriété, en se généralisant. contribuera à tisser peu à peu. suivant la belle ex]*ression île notre maître b , Passy , « ( ( s mille lils

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inextricables dont sera faite un jour la trame de runité du genre humain. »

Il est encore d'autres grandes lois économiques dont l’action lente, mais à la longue irrésistible, doit être envisagée ici, parce qu elles contribuent autant que les précédentes à ])réparer l'unitication de 1 humanité. Au premier rang, il convient do placer la loi de la division du travail. Et ce n’est pas seulement pour la production industj'ielle que la division du travail s’impose : elle est une nécessité pour tous les genres de ]^roduetion, et en [>articulier pour la production agricole, ([ui est la plus directement liée à la consommation, c’est-à-dire au phénomène économique universel et humain par excellence. De même que, dans une usine, les divers groupes d ouvriers se commandent les uns les autres, au point que ceux qui clouent les caisses d’emballage sont bien vite forcés de s’arrêter si les chauireurs refusent leur service, on peut dire que le inonde est une vaste usine dont chaque région est comme un atelier particulier. Qu’il s’agisse de produire des légumes

ou des rails d’acier, il faut avant tout produire économiquement, c’est-à-dire par grandes masses. Il y a donc pour tout produit, soit pour des causes naturelles (existence dans le pays de carrièi*es. de mines de fer et de houille, de nappes de pétrole, etc), soit pour des causes économiques et sociales (bon marché delà main d’œuvre, etc.), une région d’élection où la production peut atteindre son maximum en ce qui concerne la modicité du prix de revient. C’est cette région-là qui finit par détenir, dans une certaine mesure, le monopole de la production. Ainsi, on a remarqué que l’étendue des terres à blé diminue dans la plupart des pays du globe, quoique la consommation du pain de froment reste stationnaire. C’est que des contrées privilégiées par la nature ont trouvé dans la culture du blé une spécialité quelles s’ellbrcent de transformer peu-à-peu en une sorte de monopole. De là, d’un pays et quelquefois d’un continent à l’autre, de lents transports de culture et d’industrie. Des pays longtemps producteurs et dans des conditions qui longtemps parurent avantageuses, sont graduellement dépossédés au profit de pays mieux adaptés. C’est ainsi qu’on a vu l’élevage des vers à soie tomber à presque rien dans le midi de la France, en

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dépit de primes à la sériciculture dont la création est une vérital)le aberration économique. On peut donc dire que cliaque produit industriel ou agricole, après avoir été longtemps dispersé et inslaljle, finit par trouvei’, si Ton peut ainsi parler, son assiette, et par se fixer dans une région où il rencontre les meilleures conditions de ^rand rendement ou de bas prix de revient. L'industrie des matières colorantes est peu-à-peu accaparée par 1 Allemagne , celle des macliines agricoles par l’Amérique du Nord, etc.

Les conséquences de cette diA'ision du travail apparaissent d’ elles-mêmes. Puisque les besoins de la vie civilisée vont toujours croissant en rallinenienl et en diversité, puisqu il nous faut du colon, du café, des fruits séchés, du thé, etc. etc., et que nous ne [)OUVons avoir ces [)roduils a bon marché que si nous les demandons, le thé a la Chine, le café au Brésil, les fruits séchés a la (^alitornie, etc., etc., l'interdépendance de tous les [)ays au point de vue des besoins de la consommation est un f ait que toutes les combinaisons politiques ne sauraient modifier. ür, les nécessités de la consommation sont de celles qui s imposent brutalement. L humanité civilisée ou sauvage n'a [>as la légendaire pré-

vovance de la fourmi et de l’écureuil. Elle n'a

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pas de réserves en aliments, en boissons ou en vêtements. Elle les utilise à peine tirés de la teri*e et n’en produit pas à son appétit. Puisque la seule grève qu’on ne verra -jamais, c'est la grève des estomacs, et qu'il n'est point de guerre ([ui, d’une manière ou d’une autre, ne fasse tort au consommateur que cliaque homme poi'te en lui. il faudra bien que les peuples se décident une bonne fois à s’organiser pour la [>aix. L'industrie et le commerce, sous la forme anarchique et combative qu’ils revêtent trop généralement encore, aideront-ils à cette évolution ? Nous avons montré plus haut qu'il n’y faut pas compter parce qu’ayant la compétition à leur base, ils sont par eux-mêmes des fauteurs de guerres. Mais nous essaierons d’établir par la suite qu’il n'est pas interdit d’espérer un ordre économique plus parfait et nous chercherons dans les réalités du présent la promesse de cet avenir meilleur.

Nous venons de voir que toute entrave apportée, sur un })oint quelconque du monde, à la création ou à la circulation des pi*oduits, a aussitôt son retentissement dans toutes les contrées du globe tributaires de ces pi’oduits. Ce retentissement commence

I être ressenti d'une façon si directe et si intense [u’il finira par devenir intolérable et ([iie des mesu- •es seront prises [)Our amener la dis[)arition des )hénoincnes capaljles, comme les guerres, de causer le pareilles perturbations.

Le développement de la production industrielle lura des conséquences* analogues. Elle prendra une elle extension et elle sera si bien obligée, pour le mccès de ses combinaisons, de tenir les frontières )our nulles et non existantes, que, supposdni la ;)aix pour condition première de ses o[)érations, elle 'imposera. Déjà, elle s'etforce d'entrer dans cette vmie, en sorte qu’au milieu de la confusion produite mr les excès de la concurrence, les premiers linéanents d'une organisation rationnelle de l’industrie •oinmencent à se d(‘ssiner. La multiplication des ajciétés anonymes, qui tient une si grandi' place lans riiistoii'e économique du deimier siècle, nous a )aru être en ce sens d’un heureux augure. xMais le •hamp de la société par actions, si vaste qu’il soit luelquefois, a lini i>ar devenir trop étroit à son tour, m vertu de cette grande loi de la concentration inlustrielle qui agit sur le monde du travail aussi im- )érieusement que celli^ de la gravitation sur le iionde matériel. A l’intérieur d’un même pays,

d’abord, puis entre deux ou trois pays voisins, puis entre deux continents, on voit les usines d’une même industrie se syndiquer pour former des trusts, des pools, des cartels, etc., dont le but, à travers la diversité des combinaisons, est le même et pourrait se définir ainsi ; s’unir jiour employer contre tout ce qui peut menacer au dehors les bénéfices d’une industrie les forces que l’on employait auparavant à lutter contre les concurrents au sein même de cette industrie. Or de semblables ententes sont si incompatibles avec les entraves nécessairement produites par les frontières économiques ou politiques et par les rivalités internationales, que déjà le particularisme national s’effraie de ces puissantes organisations qui s’élèvent sans lui et même contrée liu. Aussi a-t-on vu le gouvernement allemand intervenir, lors de la constitution du trust de l’Océan, pour rappeler aux compagnies allemandes que les grands steamers de commerce pouvaient, à l’occasion, prendre place dans la flotte de guerre et pour restreindre autant qu’il l’a pu la dépendance de ces compagnies vis-àvis du trust.

Des prédictions pessimistes annoncent, il est vrai, la disparition à brève échéance des industrial combinations. Mais on se hâte trop, selon nous, de con-

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cidre de quelques échecs partiels, amenés surtout p ir Vusage imprudent du watering sjstem, à la t’iillite détiuitive d'une création qui répond a de^ nécessités économiques protbiides. A cote des trusts édifiés sur la base d'argile du Avatering et du

Huir, il en est de solides, et ceux-là aspirent déjà a

I rendre une extension mondiale. S ds y réussissent,

( e ne sera pas seulement la iiolitique économique des états civilisés qui se trouvera bouleversée, ce sera la politique proprement dite. Entre tous les ieux de production d'un métal d’un usage universel mmine le cuivre et l’acier, et tous les lieux où l’on consomme ce même métal ouvré, le trust créera îles liens si forts qu’en s'ajoutant a d autres liens du même genre, ils résisteront sans peine aux causes de guerre que des antagonismes superficiels et éphémères pourraient faire naître.

C'est dans ce sens, n’en doutons pas, que la iiolitique internationale est appelée à se modiüer de fond en comble. 11 esl encore des grands Etats qui méconnaissent cette vérité essentielle que iacti- ,ilé économique d’un paj's est en raison inverse des charges des habilants, c’est-à-dire des dettes laissées par les guerres passées et des impôts nécessités par les dépenses militaires du présent.

Il en est qui s’obstinent à croire qu’un peuple peut unir indéfiniment la poursuite des conquêtes par le sabre à celle des richesses par l'outil de travail, et que celle-ci a même [lour condition et pour garantie celle-là. Combien de gens répètent de confiance que le commerce suit le paA illon ou, pour employer la formule plus brutale d'un orateur français, que le fer appelle l’or, et que les succès économiques de l'Allemagne de t<)o4 sont dus.. en dernière analyse, à la stratégie meurtrière d'un de Moltke, baignant de sang français les champs de bataille de 1870! On a beau leur opposer des faits, comme, par exemple l’extension sans égale du chifire des atlaires faites pendant eette même période, de i8;o à 1900, par de tout petits pays, aussi pacifiques qu’industrieux (progression du commerce de Rotterdam, de 1870 à 1900 : 520 0/0 ; d’Anvers ; 4oo ®/o, etc.), ils ne veulent pas renoncer à un sophisme qui donne comme une justification utilitaire à leur amour des beaux gestes guerriers.

Ce sera donc le trust qui convaincra ces incrédules. A mesure que la concentration industrielle révélera ses conséquences, ils s’apercevront que, dans la lutte économique, le client \a infailliblement et sans parti-pris d'aucune sorte au bon marché. Ils

verront en même temps le trust, grâce aux ressources énormes dont il dispose, calquer exactement la mobilité de son organisation sur cette mol)ilite de la clientèle. Ce sera la ruine assurée pour les pays ou ( eurit le militarisme. Eu ellet le trust sera obligé,

1 lour être toléré des consommateurs et des gouverne- 1 nents. de diminuer graduellement le prix de vente du |.roduit(i). Il ne pourra y arriver que par une

recherche inlatigable des conditions de fabrication les plus avantageuses. 11 instituera donc comme un .■unconrs permanent à ce point de vue entre tous 'es pays sur lesquels s’étendra son action. Qu il se .oie contrecarré dans son ellorl vers le moindre n-ix de revient par la situation politiiiue ou budgéaire du pays où il possédera des usines, et aussitôt, d transportera son industrie ailleurs. 11 le fera, :ela va de soi, sans le moindre scrupule « patrioti- I[ue », sans la moindre préoccupation plnlanthropique de sauvegarder une industrie « nationale »,

(I) Exemple : La diminution du prix de vente du petrole réalisée par le trust Rockefeller. Le litre de petrole de qualité médiocre valait en 1872 aux Etats-Unis 3o centimes. La Standard OU Company, tout en réalisant en quelques années des centaines de millions de benelices, livre aujourd’hui un pétrole excellemment ralFine a moins de ïo centimes le litre, prix du commerce de détail.

puisque. i>ar (Icfinition, il est international ou peutêtre iiièine niomlial. Il n liesitera pas non plus cleA ant le coût (le ce transfert, comme le ferait un industriel isolé, parce qu il dispose de ressources immenses et qu’il sait l'art des sacrifices opiiortuns. En somme, il voudra que les pays sur lesquels il jettera son dévolu répondent à des exigences de trois sortes :

— I» Ces pays devront être bien situés, soit qu’ils fournissent la matici-e ]>remièrc en abondance, soit qu’ils olfrent de grandes surfaces de consommation, soit ({lie la main d’œuA re s'y loue a un bon marche exceptionnel.

— lî" Ils devront, à défaut du bon marché de la main d’œuvre, olfrir des ouvriers d’élite, {lourvus d’une forte éducation professionnelle, s’inspirant d’un idéal de vie sullisamment élevé, et susceptibles d’un grand rendeinent.

— 30 Ces pays devront enfin présenter, outre ces caractères de bonne ap|>ropriation intrinsèque, ce qu’on pourrait appeler des conditions externes favoraldes. Il est clair que le trust ne pourrait pas s’accommoder d’une contrée où le service militaire enlèverait brusquement à l’atelier, et pour une durée de deux, trois ou quatre ans, ses ouvriers les plus actifs et où des {lériodes de vingt-huit et de

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treize jours viendraient encore, à intervalle fixe, désorganiser le travail. Il se détournera également des pays où l'on ne parle que de nationalités a reconstituer, ou encore de revanches a prendre, parce qu’il ne saurait admettre qu’uncî guerre, éclatant comme un coup de foudre, vienne? en un instant vider des usines dont les produits sont attendus par le monde entier. Il fuira les états que leurs charges militaires présentes ou leurs dettes passées obligent à des impôts onéreux pesant sur la j)ropriété mobilière et immobilière, et par suite grevant l industrie d’énormes frais généraux, ou bien renchérissant pour les humbles le prix de la vie, et par suite, faisant artificiellement monter le taux des salaires. Enfin, il désertera les états où des tarifs de douane et d’octroi s’opposent à fentrée des matières premières et enflent le budget national des recettes de tout l’effort productif réalisé par f industrie. Et si l’on objecte que f existence des trusts ne sera pas éternelle, nous répondrons que, quoi qu il arrive, révolution se fera désormais du chaos et de la compétition vers l’ordre et vers 1 mitente, et que, de quelque nom qu’on f appelle, la future association organisée des intérêts, dont le trustes! comme la rudimentaire ébauche, ne pourra pas, ainsi que

nous espérons l’avoir montré, éviter d’aboutir à l’internationalisme et par suite, de mettre, elle aussi, les peuples militaristes en interdit.

Ces perspectives d’avenir sont certes de nature à réjouir tous ceux qui croient au triomphe définitif de l’humanité pacifiée. Mais on pourrait nous reprocher ave<^ raison de faire trop bon marché des prémisses que nous avons posées nous-mêmes au début de cette étude, si nous nous en remettions, pour assurer le succès final, uniquement au libre jeu des lois économiques dont il vient d’être question. Ce n’est ni la loi de la concentration industrielle, ni celle de la division du travail qui remédieront à cet antagonisme des intérêts et à cette inégale répartition du pouvoir d’achat en qui nous avons signalé f origine du malaise social et par contre-coup du danger international. Puisque la guerre nous est apparue, en dernière analyse, comme la répercussion plus ou moins directe du conflit qui, depuis qu’il y a des hommes vivant en société, met aux prises le pauvre et le riche, celui qui désire et celui qui possède, ne

.•oculoi.s pas devant la eouiplexité <-tla aiflieulté du pi'oblèmo, et puisons notre assurance dans le spectacle précédonnnent entrevu .les l’orces obscures ou conscientes qui travaillent avec nous. Au reste, nous n'avons pas la ridicule pr.Hention, dans les pages qui vont suivre, de « résoudre la question sociale ». Nous cherchons la voie la plus sure pour aboutir à rétablissement d'une paix qui ne soit pas, comme ce que l'on décore aujourd'hui de ce nom,

« l'équilibre instable des convoitises et des peurs»(i). C'est donc dans la mesure seulement oi'i ils promettent d'instaurer cette réconciliation des intérêts humains qui nous est apparue comme la condition fondamentale de la paix, que nous aurons à nous occuper des divers systèmes .h- transformation

sociale.

Ell'orçons-noiis d'abord de délimiter le champ de notre étude. Puisqu'il s'agit de réaliser, - on nous pardonnera de le redire encore. - la solidarité économique de chacun avec tous et de tous avec chacun, c'est à l'association, et à l'association librement consentie, que nous demanderons le secret d'une transformation aussi profonde. Mais 1 associa-

(i) L’expression est de M. Anatole Lero^-Beanlieu.

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tioii j)ciil être coniifarco à coUo langue ilont le bon Esope allirinail (pi'elle est la meilleure et la pire des choses. De la i)lui»art des associations humaines on lient dir(‘ avec Proudhon qn elles ne sont (|ue de l'égoïsme à pliisieui's. Il importe <lonc de bien choisir.

11 est un mouvement associationiste qui de prime abord sollicite vivement notre attention. 11 a la puissaiu*e que donne le nombre, la confiance qui vimit du succès, et il met justement au premier rang des lins qu'il poursuit une refontf' complète de 1 état politique, économique et social (i). C'est le syndica-

(i) Au Congrès de la Paix de Mmes, le 8 avril 1904. en presenee d’un auditoire vivement intéressé par rargumentation du rapporteur, M.L. Niel, secrétaire de la Bourse du Travail de Montpellier, faisait voter une résolution ainsi conçue :

« Le Congrès déclare (jii’il y a lieu de mettre a Vetiide des prochaines assises de la Paix les moyens de seconder le syndicalisme dans son œaere d'émancipation humaine par la

réalisation de régalite sociale. »

Par cette résolution importante, se trouve posée deiant le pacitisme la ipiestion suivante dont il serait supernu de démontrer la gravité ; Dans l’intérêt même de leur cause, les amis de la Paix doivent-ils s’associer au mouvemeiit d'émancipation ouvrièi-e, représenté par le syndicalisme dans le domaine social et par le socialisme dans le domaine politiipie? El si l’action sociale est reconnue nécessaire pour la solution fin problème international, dans quelle direction peut-elle s’exercer avec le plus d’aAantage poui l^oiganisa tion de la Paix entre les groupements humains ?

Les pages qui vont suivre sont un essai de réponse a celte

question.

lisme ou Irade-unioiiismo. ()rj;aiiiso/-voiis, dil-il aux travailleurs ; c’est votre dispersion qui fait votre fai-

blesse. Réunissez-vous dans chaque centi'e gens du même métier et [)renez c(3nscience

entre de la

irxTmi'innniit/' <1o

groupements cor[)oratifs, formez ensuite des unions régionales, puis des fédérations nationales, lendez enfin la main par dessus les bormîs des patries à vos frères de travail et de misère. « Prolétaires de

tous les pays, unissez-vous ». L appel fameux lancé par Karl Marx et Engels, en 1848, est resté le mot d'ordre du syndicalisme. Mais l’alliance corporative

n'est que le moyen. Voyons le but.

Le but le plus immédiat, c’est d’obtenir, par 1 entente des travailleurs organisés en unions de métiers

aussi vastes que ])ossible, un relèvement progressif

des salaires. Si nous supposons les ouvriers des diverses professions constitues en autant d immenses syndicats internationaux, c en est fait, cela va de soi, de l'absolutisme patronal. Le syndicat exerce sur le marché du travail une pression irrésistible. lia en mains dès aujourd'hui, et sans parler de celles qu'il se forgera dans l’avenir, des armes redoutables, le sabotage, le label syndical, la mise à l’indei, la grève. Transportons-nous par la pensée

au moment d’ailleurs hypothétique où le syndicat aura englobé tous les ouvriers d’une même industrie dans le monde (i) : ce jour-là. le iiatronat, fùt-il luimême formé en syndicat unique, n’aura plus qu à disparaître, après des luttes sans nomlire et des transactions éiihémères. facilitées peut-être par la pratique de l'arbitrage facnltai/f d'uhovd. puis obligatoire. Le triomphe dernier du syndicalisme implique la fin du salariat.

Tel est, en ses traits essentiels, le rêve grandiose qui hante le cerveau des meneurs du mouvement svndicaliste. linons sullira d'en signaler, au point de vue qui nous oycupe, les inconséquences et les

dangers.

11 ne semble pas. à envisager seulement 1 aspect économique du problème, que la solution syndicaliste puisse jamais assurm’ la réconciliation des intérêts humains, condition essentielle de la pacification des peuples. Remarquons d abord ipi elle ne s imposera qu'au prix de luttes acharnées et même sanglantes. Le mouvement syndical commence à peine à affirmer sa force, et déjà le confiit est à l état aigu

(1) Un exemple. Il existe déjà un Secrétariat typographique international, jçroupant vingt-deux Fédérations regionates et nationales et quatre-vingt-cinq mille cinq cents membres.

entre les syiî(li([ués (rime [>arl. et de l’aiilre. les iioiisymliqiiés et les « jaunes », que le })atronat tnieouraüfe à la ri'sistanee, paree (pi'il voit en eux s(‘s meilleurs alliés contre la « tvranni(M) svudiealist(\ Mais

admettons ([iie le syndicat iiniss(‘ pai* rallii'r à lui tous les travailleurs civilisés. X’est-i! pas à prévoir que le patronat fera donner alors ses troupes de réserve, entendez par là les outils humains qui, par centaines de millions, attendent en Afrique et en Asie l'heure de paraître sur le champ du travail ? Dé‘jà , nombre d'industries anglaises fondent aux Indes des établissements. Demain, le cooJie chinois envahira le Transvaal, tandis qu'aujourd'hui même, il est repoussé avec une brutalité sauvagi' des quais de San-Francisco par l'ouvrier américain, menacé dans sa situation et dans ses hauts salaires.

Pourtant, si tous c<‘s heurts, tout('s ei's haines et tout c(‘ sang versé devai<uit aboutira un apaisement universel, né de la victoire finale du syndicalisme, qui ne se résignerait à en attendre et même à en favoriser l'avènement ? Mais i! est à craindre qu une fois débarrasssé de tous si's adversaires, le svndicalisnu' ne soit amené à se retourner contre lui-même et à se déchirer intérieurement. C'est qu’il porte en lui un principe irréductible de

division et d'impuissance. Il emploie pour arriver à la hausse des salaires des voies singulièrement dangereuses. La plus ordinaire, c est la contrainte exercée sur le patronat par le refus collectif du travail. Mais à c(')té de la grève, dont le r()le et l ellicacité relative sont bien connus, il est, pour un syndicat puissant, des moyens plus détournés de parvenir à ses fins. Tant(jt, comme certaines trade-unions anglaises, il s'ellbrce de limiter la quantité de travail que devra livrer l'ouvrier pour un prix donne ; tantêit, comme la Fédération française du Liore, il empêche l'envahissement de la profession, tt pai suite l'avilissemmit des gains, cui mettant en interdit le travail féminin ou im s'opposant à l'entrée de

nouveaux apprentis dans la (‘orporation.

En principe, rien n’est plus légitime que le but visé par les syndiqués. «Nous voulons, disent-ils, supprimer le du'unage, et nous veillons à ce que l'olVre des bras soit légèrement inférieure ou du moins tout au plus égale à la demande ; nous réclamons en outre une jirogression des salaires parallèle à l'extension croissante des besoins que comporte une vie normale ; tout cela est de droit strict ». Le malheur, c’est que le syndicalisme, tout entier a ses revendications présentes, ne voit pas les terribles

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siiivio ]iar le syndicalisme sans son correetif indispensable. raccroissement de la production, enti dînera nécessairement le }>rogrès ininterromjm du machinisme. On pouri’a bien coniraindn' le patron à adopter le tarif syndical, mais il restera seul juge du nombre d'ouvriers ([u il entend occuper, et il remi)lacera la main-d'œuvre, de jour en jour plus cxig(‘ant(\ par la machine, collaboratrice de tout rei)os. Dès aujourd'hui, les Etats-Unis nous offrent le spectacle de ce dévelop})ement parallèle des hauts salaires et du machinisme à outrance. Les lamentations coutumières sur le chômage grandissant et la surproduction moderne ne sont pas, hélas ! près de

s'éteindre.

Nous touchons ici à ce que nous croyons être le vice fondamental du syndicalisme. Gomme il groupe les ouvriers en tant que producteurs, c est de la pioduction seuh' qu il a souci. La consommation lui paraît être un phénomène economique négligeable. Erreur funeste, et qui paralysera l œuvre des syndicats. erreur de gens qui chercheraient a mettre en équilibre une balance en chargeant obstinément un seul de ses [>lateaux ! En réalité, chaque producteur est doublé d u.i consommateur ; chaque

lamille ouvrièl'c no comproiul quiin noinliro limilo de pi’oducteiirs. alors que /o//s S('S inoinl^na's ooii- Süininent. depuis rent’aiit à la luanielh* jusqu au vieillard inipoteut. eu sorte ipie les existences de la eousoiumatioii priment touts's les aulrc's. étant les seules que I on puisse dire, dans touts' la lore(' des tenues, iiniversellei^ <*t nécessaires. T u jour viendra, (*spéi*oiis-le, où ou eus('i*tu(M*a aux i>etits ('ulauts d(' nos écoles ces vérités si élémentaires et si parlaiteinent ignorées. L esssmtiel, leur expliquei’a-t-oii, u'est pas de gagner heaueoup. e'«'st d'aelieter hou niarelié. léahoudama* des produits importe au bienêtre général bien plus cpie 1 (dévaliou des salaires. Disons mi(‘ux ; un salaire u est (‘u soi ni haut, ni bas : il U(‘ vaut que ]>ar la tpiautité et la {|iialit(‘ des ol)jets utiles dont il permet 1 ae(iuisilion. Multiplier les grèves, limiter le nombre des heures de travail, restreindre l'intensité de la [»i‘oduetion par la prohibition ou tout au moins le contnMe du travail aux j^ièees, enti'aver h* libre* dévelo[)pemeut du machinisme <‘t le r(‘crutemenl d(*s apprentis, tous ces expédients amèn(*ront peut-être un relèvenu'nt des salaires, mais ils amèneront plus sûrement encore un accroissement du prix de revient et un ralentissement de la jeroduction qui auront pour consé-

quence le renchérissement de tout ce qui est nécessaire à la vie. Le svmditpié (*xi»iera donc comme consommateur les fautes qu'il aura commises comme producteur. Il aura beau, chaque (piinzaine. inscrire sur son livre de comptes familial une plus grosse somme à la colonne d(*s recettes, il verra s' entier d'autant, ou peut-être même davantage, la colonne des dépenses (i), ('t comme l'intérêt iiarlera plus haut en lui que la logique, il combattra chez les autres syndicats, pour éviter le renchérissement des produits, une tactique qu'il avait recommandée au sien, quand il s'agissait d'arracher au patronat une augmentation de salaires. Hostilité de tous les syndicats à l'égard des patrons, hostilité de chaque syndicat à l'égard de ses pareils, telles sont les iiers-

(i) Même si le prix de chaque objet de consommation, malgré raccroissement des salaires, reste stationnaire, grâce au perfectionnement de la techniciue. la somme des dépenses de la famille ouvrière n’en ira pas moins en aiigmentant, parce que le standard o/ /(/c s’élève et que les besoins deviennent chaipie jour plus conqilexes. Tiip ez d’abord par une meilleure éducation professionnelle, par les progrès de l’outillage, etc., la productivité du travailleur; vous pourrez ensuite doubler ses salaires. Mais ce qu’il faut avant tout, c’est favoriser la consommation par l’abondance et le bon marché du produit. Notre principal grief contre le syndicalisme, redisons-le encore, c’est qu il ne fait rien pour favoriser la consommation et qu il tait tout, sans le vouloir assurément, pour 1 entrai er.

'iiUapiw ' «'• -

siil

pectives d’apaisement économique et social que nous laisse (mtrevoii* le syndicalisme 1

Il est vi-ai que les apôtres de 1 évangile syndicaliste ont une réponse toute ]>rète. est au détriment des patrons et des capitalistes seuls que se ieront les conquêtes ouvrières. Les ressources nécessaires pour subvenir à la hausse des salaires et a toutes les garanties accessoires que le prolétariat émancipé est sur le point d'arracher à ses oppresseurs, (retraites pour la vieillesse, assurances sous toutes les formes, journée de huit heures, etc.) c est le profit patronal, enfin ramené à d honnêtes limites, qui les fournira. Kt si la [n*ession purement économique des travailleurs associés ne sutlisait pas à décider les patrons à s'exécuter, faction politique y pourvoirait. La Loi, émanation du nombre, l Etat, expression et instrument du sutTrage universel, voilà les moyens de coercition sans réplique dont disposent les masses laborieuses. Qu'on ne leur parle plus, dès lors, d'une élévation du prix de vente des produits dont elles seraient directement victimes. Sans doute, le ])rix de revient de la production s'alourdira, mais qu’importe ? L’essentiel, c’est que. grâce à faction vigilante des pouvoirs publics et des syndicats, les déboires du patronat n’atteignent que lui seul,

Depuis quelquos aimées, cette doctrine, simpliste jusqu'à l'ingénuité, .le l'inteeveutionisme d'Etat, a tnmvé grande l'aveue dans les milieux syiuiicaiistes .le tous les pays. Le tea.le-uuiouisme anglais lui-m.'-me, ..ubliaiit l'admirable tloraison .les muvres nées de iS,"!.. à de sa libre initiative, a etc

gagné liai- la contagion générale. Une telle aberration ne peut s'expli.|uer .[ue par l'ignorance. Jus- ..u'ici la classe ouvrière a été tenue à l'écart des dillicultés et des responsabilités de la direction en affaires. Elle garde sur la rapacité et l'opulence patronales des illusions quelle ne iierdra .que le jour Oii une organisation écoiioini.iue nouvelle rendra inutile le mystère dont actuellement l'industriel et le commerçant croient devoir envelopper leur comptabilité pour mieux dépister la concurrence. Dites à un ouvrir .lue le bénélice d un patron, même tav.irisé par le succès, n'égale pas bien souvent la dixième ou même la quinzième partie des sommes qu’il distribue à son personnel sous tonne de salaires, et vous le verrez sourire d'inerédulite(i).

1 V' pntrenrises en pleine prospérité, deux (I) Prenons deux e ^ ^ fort différente, mais

mteiétés de production d unporianc „nh1ipr le

rbùgts l’une et l’autre, par leur ..ature uieme, de publier

bilan exact .le leurs à

10 Le Familistère de Guise, eu 190^. a

Dénioiilrez-lui {{ue ce pi’oüt ])alronal, guetté par tant crenneinis. gi*evé de tant (rimpùts et déjà si réduit [>ai‘ la concuri’eiicc. ne saurait être indétiniinenl diminué parce qu il est la rétribution nécessaire des initiatives, des soucis et des responsabilités de la dii*ection : votre intervention en laveur du ])atron lui })araitra susj)ecte.

Les illusions de la plupart des travailleurs manuels ne sont pas moins grandes en ce qui concejuie les ressources (jue la j)roj)riété mobilière ou immobilière poui'rait niettiM; a la disposition de I Ltat socialiste. le jour où celui-ci s'arrogerait le droit de contrôle et de correction sur les injustices sociales. Avec la tliminution croissante des revenus, quelle qu'en soit l'origine, nous nous aclKuninons vers une socitdé ou il n y aura plus de i*éti*ibution vraiment

a. io‘t^ travailleurs une somme de 2 millions 600 mille francs de salaires. Le bénélice net de l’entreprise a été de 280 mille francs. Mais il s’agit d’une industrie privilégiée. Que d’établissements, dans l’industrie textile par exemple, qui occupent un même nombre d’ouvriers et dont le protit n’atteint pas le cinquième de cette somme !

2'' En cette même année iqoS, l’imprimerie coopérative LiU. Lttboi ieiise, de INimes, inscrivait a son budget une somme globale de dépenses de 55.3.U fr. (>o dont 2o.5op fr. 90 en salaires payés à ses membres, et réalisait un bénélice net

de 4.339 fr. Go (amortissement déduit), soit le douzième des dépenses environ.

envialde que ]»our le Iravuil. Si ceux <[ui ne loni rien, en dépil de la baisse continue de la rente el de l'inlérct. arrivent ein-ore à éblouir le travailleur et à provoquer sa jalousie [)ar le spectacb* de buir désonivrement. la faute en est au bon marché du luxe inodejTie et à bi complaisance avec bupielle il s'étale insolemment. Ci'est le propi-i* de la richesse oisive (lue d'être toujours en mouvemenl et en parad('. Que d(‘ riches ! que d'heureux ! disent les âmes simples (d naïves, en voyant nos routes incessamment sillonnées par des automobiles qui semblent se ruer à la poursuite d'on ne sait ([uel plaisir inaccessible ; — que d'exploiteurs ! disent les autres. Mais nul ne songe cpie ces riclu's vivent en réalité sur les ijrrands cluunins et ciue ce sont toujoui'S les mêmes ([ui i>asst‘iit et i*(q)assent. On oublie encoie (|ue le luxe a. comme toute chose, sa contrela(,*on et qu il y a beaucoup plus de rastaquoiières que de millionnaires authenli(]ues. Au surplus, ayons bon espoir i[u'iin avenir prochain se chargera de venger (( l'honnête homme à t>ied » du « taquin en litière ». Les fortunes (pu' le travail ne renouvelle pas sont destinées à se fondre comme neige au soleil. Un Ch. Schwab, qui récemment gagnait comme salarié d’un trust américain cimi millions par an.

représente avee mie outrance toute yankee cette ascension irrésistil)le du travail. Un jour viendra ' donc oii la société humaine sera l'.iit{‘ uuicjueinent de ti'availleurs. C'est eux qui dcsront lournir à l'Etat toutes les ressources dont il disposera, et ils ne retirt'ront de lui que ce ([u'ils lui auront d'abord apporté . déduction faite des sonnnes énormes absorbées par l'entretien du inonsti'ueux organisme administratif dont on aura compliqué à plaisir les rouages. Dira-t-on qu'alors l'Etat prendra sm* le superflu des travailleurs les plus avantagés pour venir en aide aux sacrifiés ? Mais ([uel danger poui‘ le travail lui-mcme, i)Our la productivité générale et pour la collectivité tout entière que ce lit de Procuste, employé à décapiter toutes les supériorités et à rabaisser toutes les énergies et tous les talents au niveau d’une même et désespérante médiocrité !

Après cette critique sommaire de l’association professionnelle et des espérances inconsidérées qu’ellea fait naître chez ceux qui ont le [>lus à soutfrir de l'ordre social actuel, devrons-nous avouer notre iinpuis-

sauce ? Faudra-t-il donc nous résigner à ne x)osséder jamais ciu'une paix internationale précaire et boiteuse. parce que les intérêts individuels demeureront en perpétuel conllit? N'aurons-nous d'autre ressource que d'appliquer aux dilférends surgissant à fimiiroviste entre les peuples ces remèdes a posteriori qui s'appellent la médiation et X arbitrage, de même que les médecins, mis en [iresence de certaines maladies chroniques, en sont réduits a combattre, tantôt sur un point et tantôt sur un autre, les éruptions toujours renaissantes dune diathèse en elle-même inguérissable? Avant d être obligés de reconnaître que pour cette alfreuse maladie qui a nom la guerre, il ne saurait y avoir ni prophylaxie, ni hygiène préventive, raxipelons-nous les constatations auxquelles nous avions etc conduits par r étude de ses causes profondes. Non, ce n est pas en restreignant la production, ce n'est pas en parquant les travailleurs en syndicats qu’on a pu comxiarer à « des phalanges bardées de fti et héiis sées de jiiques », ce n’est ^las en [irivant les capacitcs de la rétribution qui les incite à l'eÜbrt, qu on réalisera en ce monde riiarmonie, cette proche parente du bien-être : c’est en supprimant le parasitisme dans la personne de ses représentants les plus

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néfastes, le commerçant, et le soldat, c’est en réconciliant la j)roduction et la consommation par la subordination rationnellement organisée de la première à la seconde ; pour tout dire, c’est en substituant à un état de choses fondé sur l’avantage exclusif du producteur et sur le profit individuel, un ordre économique créé en vue du consommateur et de Futilité sociale.

Mais ce programme, si vaste qu'il soit, n’est pas la pure chimère de quelques réformateurs de cabinet. Il a un nom, c’est le programme coopératif; il a ses théoriciens et ses apôtres; mieux encore, il compte de par le monde plusieurs millions de partisans, il marche par lentes et sûres étapes à la conquête du commerce et de l'industrie, en attendant qu’il achève par l’agriculture la pacifique révolution dont il porte en lui la promesse.

On sait ce qu'il faut entendre ])ar une société coopérative de consommation. Un certain nombre de familles s’unissent pour se procurer à frais communs et se répartir ensuite les objets nécessaires à la vie. Dans le système généralement adopté, les ventes du magasin coopératif se font aux prix ordinaires de la ville ou du pays. La différence entre le prix d’achat des marchandises et le prix de vente

au détail est distribuée en fin d’exercice aux membres de la société au prorata du montant de leurs achats. Même sous cette forme primaire, les résultats de la coopération sont des plus importants. Elle élimine ce parasitisme commercial dont nous parlions tout-à-rheure en supprimant l'intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Elle empêche la constitution des fortunes, petites ou grosses, nées du commerce, puisque tous les bénéfices qui, sans elle, se fussent accumulés dans les cofires du commerçant, sont répartis au fur et à mesure de leur formation entre les clients du magasin. Prenons

comme exemple l'aliment nécessaire entre tous, celui qui, tenant bien souvent lieu de tous les autres, représente la plus grosse dépense d’une famille ouvrière : le pain. Si tout le pain consommé en France dans une année sortait des boulangeries coopératives, c’est 800 millions qui retourneraient dans la poche des acheteurs ! L’adhésion de tous les Français à la coopération de consommation, en leur ]u*ocurant une économie de 12 à i5 "/o sur leurs dépenses courantes, leur assurerait l’équivalent d’une hausse de 12 a i5 °/oSur leurs salaires ; ne voilà-t-il pas un moyen singulièrement ellicace et pratique d’accroître en faveur des masses laborieuses ce pouvoir d’achat dont

«ns

nous déplorions plus haut riiisufri sauce ? Ne seraitce [)as d'autre part tout profit pour la société, si les 4 millions d'intermédiaires (i) ainsi éliminés progressivement venaient augmenter le nombre des producteurs et jair suite l'abondance des produits?

Ce n’est pas tout. Dans le système rochdalien, (tel qu’il est ])ratiqué en Angleterre et [)réconisé en France par le groupe de coopérateurs connu sous le nom d’Ecole de Nimes). ce sont les coopératives de consommation qui tondent avec leurs pro})res ressources les magasins de gros (AMiolesales) et les usines coopératives, en garantissant à celles-ci une clientèle stable et l’écoulement assuré de produits fabriqués en vue de besoins connus d’avance. Ainsi, par la coopération, la production et la consommation sont réconciliées et subordonnées l’une à l’autre. celle-ci ayant, comme il convient, le pas sur la première. La richesse est mieux répartie, puisque les bénéfices commerciaux et industriels retournent sans discontinuer aux ])roducteurs et aux consommateurs, c est-à-dire à la collectivité tout entière. Tout ce qui est nécessaire à la consommation est produit. [)uisque c’est la consommation elle-même

(i) Il ne s'agit ici, cela va sans dire, que de la France.

quia directement donné les oi*dres; tout ce qui est ju'oduil est consommé, puisque les ordres donnés ont pu escompter des ventes certaines, l’intérêt immédiat des acheteurs étant de se servir régulièrement au magasin dont ils sont actionnaires. Sublata causa, toUUur effectus, dit l’adage latin. Les guerres « d’expansion » et de <( débouchés » deviennent inutiles.

Ce sont là les avantages économiques de la coopéi*ation. Ils s’accompagnent d’avantages moraux qui, au point de vue de la pacification internationale, ont une importance de premier ordre. En se substituant au régime compétitif, la coopération ne supprime pas la concurrence, comme le prétendent ses adversaires, car chaque société distribue à ses membres une ristourne plus ou moins forte suivant l’habileté de sa gestion, mais elle lui enlève l’élément de jeu qui en était l’àme. Les réussites scandaleuses, les gains énormes obtenus sur un coup de dés, les accaparements illicites deviennent impossibles et, avec l’occasion d’un profit personnel exagéré, on voit disparaître en même temps cet esprit d’aventure et de violence qui des individus se communique aux peuples et les conduit aux pires dénis de justice. Une nation dans laquelle il n’y aurait que

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des coopéraleurs an iverait par la pratique d'une meilleure justice distributive et d’une égalité matérielle plus grande entre les citov('ns, à une possession de soi-mème et à un équilibre de ses facultés mentales qui 1 amèneraient à se détourner à jamais

de la folie criminelle de la guei’i'e.

D ailleurs, à défaut de la sagesse et du sens moral, c'est l’intérêt qui ferait d’un tel peuple un peuple irré^ ocablement pacifique. A l’heuia? pi*ésente, il est facile à une minorité de spéculateurs influents d amener par 1 ascendant que donne la richesse acquise, quand ce n est pas j)ar la ruse et par la corruption, un pays à déclarer une guerre injuste. Les masses populaires, par atavisme, par ignorance. par lassitude, et quelquefois aussi dans 1 espoir que la conquête amènera un soulagement à leurs maux, ne songent pas k se révolter. Mais supposez un Etat ou la coo])ération, en régularisant la production, a assure le travail de tous, supprimé les crises, les surproductions, les engorgements, aboli le chômage et augmenté le bien-être : pourquoi ces travailleurs privilégiés iraient-ils courir les hasards des batailles ? La pratique de la coopération, ne 1 oublions pas, a complété leur éducation économique. Ils connaissent désormais le vrai prix

<les choses, <le la gloire comme du reste, et leur choix est fait. Arrêtez dans la i‘ue un h(unme du [)euple et interrogez-le sur ses dépenses et son genre de vie. Toute sa science tiendra dans quel- (pies constatations désolées ; « Le charbon est })lus cher qu(‘ jamais, la viande est liors de prix : la vie devient dure au ])auvre monde. » 11 vous annoncera ces malheurs avec la résignation d'un fataliste qui attribuerait aux décrets également impénétrables de la Providence la catastrophe de la Martinique et le haut prix du chocolat. Interrogez au contraii*e ct‘ coo])érateur, qui sort du magasin de sa société, de son magasin. Justement, on lui apprenait tout-àl’heure que le café, acheté par lui au taux de ii4<) francs les loo k., est vendu iio francs sur les quais de Marseille et que la différence entre ces deux chiffres représente le montant de l’impôt pour les cafés de provenance étrangère ( i ). Mis en goût de savoir, il s'est informé de l'emploi que recevait ce prélèvement monstrueux, et on lui a répondu qu'il sert pour les deux tiers (budget de la guerre et dette nationale) à payer les gloires militaires du passé et celles de l'avenir. 11 n'en faut

(l) Pour les cales provenant des colonies françaises les droits sont de 58 fr. au lieu de i36.

[>as davantage : le voilà pacifique convaincu... A la même heure, un coopératcur anglais lit dans son ournal qu’on redoute une nouvelle guerre en Amcnque ou en Extrême-Orient. Dès cet instant, quelle l'est pas l’inquiétude de notre coo]»érateur ? Les ;iavires du Wholesale qui vont chercher aux pays le production les denrées coloniales (;t les matières ] memières pourront-ils circuler en toute liberté ? Le 1 hé ne va-t-il pas renchérir fâcheusement ? Le coton ne fera-t-il pas défaut dans les manufactures coopé- ] atives de Leeds et d(‘ Manchester ? L’usine de Ididdleton et celle de Grumpsall seront-elles en état (le lui fournir sa provision de confitures et de biscuits? C’est c[ue tout cela, navires de transport, iioulins, manufactures et usines, appartenant pour i ne part à la société de consommation dont il est à la fois l’actionnaire et le client, lui aj)partient peu eu prou. C’est qu’il sait par expérience qu’une guerre au Transvaal double le montant de certains impôts, et fait hausser le prix du charbon, une gierre en Chine le prix du thé, une guerre à Cuba l( prix du cacao et de la canne à sucre. C’est que son O linioii sur les guerres est nette et catégoricjue : des g lerres, il n’en faut plus !

Depuis la mémorable soirée du 21 décembre 1844, où 28 pauvres tisserands en flanelle de la ville de Rochdale, rcuinis en société coopérative de consommation, ouvraient leur humble boutique dans la ruelle des Crapauds (Toadlane), au milieu des quolibets de tous les bobbin-boys du voisinage, la coopération a marché à pas de géant. Elle groupe actuellement environ 4 millions de familles réqiarties en 6.000 sociétés dont le chiffre global d'affaires dépasse <{uatre milliards de francs. La seule Angleterre compte dix-huit cents sociétés qui com[)rennent deux millions cent seize mille membres, font deux milliards deux cent trente millions d’affaires annuelles et ré])artissent entre leurs adhérents ]>rèsde deux cent cinquante millions de bénc*fices. c; est-à-dire le total de ce que touchent chaque année en salaires les deux cent cinquante mille travailleurs d'une de nos plus grandes villes de France. Cette transformation fondamentale de l’ordre économic]ue actuel. (|ui ne tend à rien moins qu'à mettre l’univei'salité des consommateurs en ])ossession de tous les mcjyc'iis de production et d’échange (i). s’accomplit sans bruit, sans

(i) D après I école socialiste, c’est au producteur rpie doit revenir la possession des moyens d’échange et de production. La distinction est capitale. L’école co<>pérative allègue

lieiii't. i>ai* l’adhésion tranquille des volontés individuelles. La coopération, tout naturellement, va du simj)le au complexe, du t'acile au ditïicile. Comme elle procure à ses adeptes, à chacune de ses éta}>es. des avantages définis, elle léapas besoin de dérouler d’un seul coup devant leurs yeux ses perspectives les plus lointaines. Elle s’adapb' avec souplesse à tous les besoins à satisfairt* : elle s’empare d'al>ord de la consommation des produits dont l utilité est la plus généi’ale. du ]>ain. des aliments, dos boissons, des combustibles, des vêtements, pour n'aborder qu’ensuite ceux qui relèvent du luxe ou de la mode. Elle sait que l'exploitation de la terre, avec tous les aléas qu'(‘lle entraîne et tous les capitaux qu'elle exige, devra suivre la conquête de l'industrie, subordonnée elle-même à c(‘lle du commerce. Mais cette prudence, accrue chemin faisant par des échecs ({ui signalent les écueils à éviter, n’est ]uis un obstacle (( aux longs espoirs et aux vastes pensées ». La coopération, dès à |>résent, a dt“ l)onnes raisons de croire qu elle finira par absorber des mouvements

justement (pie la production n’a pas satin en elle-nièine, puisqu’elle n’a d’autre raison d’ètre que de servir la consommation. A celle-ci doit tlonc appartenir en toute souveraineté le contrôle de la production, au sens que les Anglais donnent à ce mot.

économiques qui. de nos jours, se ])roduiscnt sans elle et même cou Ire elle, puisqu'ils sont dirigés contre le consommateur. La concentration commerciale ([ui se manifeste par la création des immenses bazars de nos cajiitales, la concentration industrielle qui prend la forme des cartels et des trusts, la concentration ouvrière enfin, avec ses institutions divinises, Unions et Fédérations aux Etats-Unis, Ti*ade-Unions en Angleterre. Syndicats et Fédérations en France, Gewerkvereine et Generkschaften en Allemagne, etc., toutes ces vastes associations d’intérêts, impuissantes en (‘lles-mêmes à réaliser la paix sociale, viendront si* loiidri' dans la ré])ublique coopérative universelle, exjiri'ssion de 1 intérêt uniforme et suprême de la consommation humaine, de même que les grandes nations concentrées de la partie du globe {[lie nous habitons Uniront par se constituer en Etats-Unis d Europe, expression du droit suprême {les peuples (i).

(i) En ce qui concerne les syndicats, le ministre clairvoyant qui leur a donné droit de cité dans la République par la loi du 21 mars 1884, leur a tracé, [)ar ses projets de loi de 1902, la voie à suivre pour sortir de la période stérile des luttes et entrer dans la phase de l’action positive. Jusqu ici le syndicalisme a refusé les ])résents de la loi W al{leck-Rousseau-Milleran{l. Il a eu raison peut-être, car il n’a ni la discipline, ni l’expérience, ni l’esprit d’épargne

On nous j‘ej)roc-lKM*a [)eut-ètr(‘ (rahiiser des oonjeciLiirs et des hypothèses. Mais il est diflicile de ne pas céder quelque peu à la tentation d inteeroo-er l’ave.

nir. lorsqu on cherche en tout(‘ honne foi à discerner dans le chaos et les ruines du ])résent. les assises de 1 ideale cit(* de justice. Au surplus, [)ourquoi 1 hypothèse, si leconde lorsqu'il s'agit d(> découvrir les secrets de la nature. s(‘rait-elle interdite à ceux que pr(‘occu[)(‘ le sort des sociétés humaines ?

nécessaires [)our })ossétler cL faire des actes de comuïerce. Mais lorsqu’il voudra eu venir là, il se heurtera aux dilïicultés que rencontre aujourd liui pour récoulemeiit de ses marehandises la société en copartnership, livrée à tous les liasards de la production en mode compétitif, et il empruntera à la coopération ses moyens et sa méthode. La fusion ne sera plus désormais qu’une atlaire de temps.

Déjà même, certains syndicats essaient de s’emparer de la coopération dans les villes oii celle-i i est une force. Ainsi l’on voit figurer côte à côte dans le conseil d’administration de telle coopérative ouvrière (l’f/nion d’Amiens, [lar exemplcj.des représentants élus de la Cooperative et des délégués de la Bourse du 1 ravail . Est-il Besoin de montrer (ju’une semblable main-mise ne peut qu’être funeste aux coopératives et tout particulièrement à leurs bénéfices ou à leurs fonds de réserve qui risfjuent de recevoir les affectations les plus étrangères aux fins proprement coopératives? Libre aux militants des syndicats de figurer dans tes Conseils d’administration, pourvu ({ue ce soit en qualité de consommateurs adhérents à la cooi)érative et élus comme tels par ses membres, mais non en tant que rejn-ésentants de syndicats de producteurs qui n’ont avec la Société de consommatioii aucun lien economique direct.

L idée est une loree, étant un désir ; imaginer, e'est d(‘ja. dans une eertaine mesure, réaliser. L'essentiel

est d'emprunter au j)assé et au présent les éléments

du futur, ou, si 1 on veut, d avoir derrière soi un nombre de jalons sullisjint pour aligner ;tvee certitude la route que l on trace vers l'inconnu. Bien ({U elle remonte à une soixantaine d’années à peine sous la forme que nous venons de décrire, — et qu'est-ce que soixante ans pour une institution qui porte en elle la promesse d'un renouvellement social? — la coopération nous offre la possiI)ilité d’un alignement semblalde. Ou elle ue mène à rien ou elle mène droit a 1 internationalisme économique. La société coopérative, en éliminant l’intermédiaire, a pour fin une économie de ressort qu’elle ne réalise qu imparfaitement tant que son champ d'action reste étroitement local. Elle atteint son but plus complètement, au dcmxième degré, pourrait-on dire, par son entrée dans une fédération régionah' qui supprime le marchand en gros du chef-lieu de la province, et au troisième degré, par son adhésion à 1 Union nationale, qui permet d'entreprendre l'importation directe des produits exotiques et hi fondation de manulactures coopératives. Mais si l’on réfféchit à la diversité croissante des besoins de la

consommation, ({ui mettent à contrihution l univers tout entier, on comprend que la eoopération ne saurait en rester là. Tandis que rindustrie et le commeree compétitifs sont conlrairt's à la marche naturelle vers Tunité. parce qu'ils mettent la concurrence d<‘s intérêts individuels eu trav(*rs de l’harmonie des fonctions (i ). la coopération, dont le développement échappt‘ à ce ^rav(* j^rief. doit aboutir logiquement au lil)re échange des objets et à la libre entente des hommes. Gomme l’a éci*it excellemment M. Charles Ciide. « les consommateurs » réunis en association ne ])cuvent pas avoir » des intérêts hostiles entre eux : ils n’ont qu’un » seul intérêt, le même pour tous. s(‘ [)rocui*er » la plus grande abondance de bi<ms avec le moins » de frais possibles : et cet intérêt n’est autre que » celui de la société dans son ensemble et de l’huma- » nité tout entière. Et c’est ])ar là (jue la coo])ération » deviendra forcément une école de ]>aix, de soli- » darité et d’harmonie, non point par la magie de » quelque lormule sonore, mais ]>ar la force même

(i) Le protectionnisme, né de cette concurrence, n’est-il pas exactement en « économique » ce (fue la paix armée est en politique ? Et la guerre de tarifs n’est-elle pas l’image et quelquetois 1e prélude de la guerre pro]»rement dite?

» des choses, c’est-à-dire par l’identité désormais » établie entre les intérêts particuliers et l’intérêt » général. » (i)

Mil

Ainsi nous avons le droit d'allirmer qu’a priori et . par définition, en quelque sorte, les coopérateurs sont des pacifiques convaincus. N’est-il pas juste et naturel que les pacifiques à leur tour se déclarent amis des coo})érateurs, et qu’il s’établisse «lésormais entre les uns et les aiitri's comme une entente cordiale dont il est [lossible déjà de jirévoir les heureux fruits ?

Au reste, les premiers pas ont été faits de part et d’autre et le pacte d’allianee. proposé aux Congrès internationaux de la Paix de Rome et de Glasgow, puis ratifié solennellement en diverses circonstances, reçoit chaque jour des consécrations nouvelles (2).

(1) Ch. Gide, La Coopération. (L. Lai’ose, éditeiii'), p. 96.

(2) « Il y a lieu d’encourager les Sociétés coopératives comme un des meilleurs moyens d’arriver à la paix universelle ». (Décision du Congrès de la Paix de Rome, 1891).

« Le Congrès invite les amis de la Paix à favoriser, dans

A dii',. vrai, le vingtième siècle na lait en cela c|ue conih-mec une tcaditinn qui lui avait été léguée pai-le dix-neuvième. Regaedex. dans le passé, ami.s de la paix qui lieez ces ]iages. Les lliéoeiciens et lescliels de la coopération ont été en même temps des pacifistes davant-garcle et le culte que nous inspire leurmcunoire, rencouragement cpie nous donne leur exemple csi comme un premier lien ,|ui nous unit i, nos fr.'.res les coopérateurs. Faut-il parler des moi'ts? C'est, en Italie. Francesco Vigano; c'est, en France', toute I ecole fourieViste. représentée aujourd'hui par ciuelques amis lidèlcs des Uestrem, des Potonié-Pierre et des Griess-Traut : c'est, en .Angleterre. Yansittart- Nealeet, en France encore. J.-R.-André Godin. fondateur du Familistère, deux apcitres qui furent deux

leurs pays respeclils, la coopération ,,„r tous les n.oven,

n leur pouvoir. Il «loiine mandat au Pureau de Berne de

transmettre cette décision au.x divers Congrès imlh.maux ■" ei nittionaux » (Congrès de la Paix de Glasgow, looi)

'l oici, d autre part, la plus récente manifestation des

sentiments des coopérateurs :

des coopérateups, profondément convaincu

des avantages de la paix internationale, croit qu’il est nos sible de regler les différends nationaux par l’arbitrage II xprime donc sa satisfaction du traité signé entre la France Angleterre et il espere qu’un traité semblable sera signé

en re la Grande Bretagne et les Etats-Unis fftésoliitLi

votee le 24 mai 1904, au XXXVl'^ Congrès de V Union cooné ratwe de la Grande Bretagne. - Stratford. ai-aS mai 1904).

amis, parce que, dans leurs nobles âmes, l’idéal pacifique et l'idéal coopératif ne se séparaient pas. Est-il bien nécessaire de citer les vivants? Est-ce que notre vénéré colU-ue. M. Hodgson Pratt, en Angleterre, est-ce que M. H. Lafontaine, en Belgique, et chez nous, est-ce que notre éminent doyen, F. Passv, qui en 1887 présidait le Congrès Coopératif de Tours, est-ce que les Charles Gide, les Auguste E’abre, les

De Boyve. et tant d’autres 11e sont {las à la fois pacifistes et Cüopérateurs ? (i).

Qu il nous soit permis de terminer par quelques laits. En 188;, au Congrès de Carlisle, M. de Boyve faisait voter la création de V Alliance coopérative internationale, dont le programme .• Coopérateiirs de tous les pays, unissez-vous I n’est pas de nature à déplaire aux pacifistes. Le 124 août 1896, à Londres, dans un festival coopératif monstre, un chœur de six

(I) Il faudrait joindre à celte énumération les noms de q elques-uns des chefs du mouvement socialiste. Car le soahsme apres avoir longtemps fait li de la coopération l’a

temps qu il découvrait le pacifisme), et a entrepris en se

îéXer eâ nié"" “ ’ “ «“e-même et

, m n obéissant qu à ses propres lois, une refonte

sociale qui rendra inutile l’application des principales solu

tions socialistes. L’avenir prononcera. ^

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mille A’oix chantait le Message de la Paix, dont voici le refrain : « Allons, frères ! unissez-vous, cessez les conllits et la guerre î Que votre ardeur soit employée à faire* de ce monde un lieu de délices et de paix. » Tandis que les congi'ès de la Paix de Monaco et de Rouen votaient en faveur de la coopération des ordres du jour chaleureux, ceux de Toulouse. en 1902. et de Nimes. en 1904, recevaient l'adhésion du Comité Central, des diverses Fédérations régionales et d'un nombre imposant de sociétés coopératives françaises. Enfin, dans un congrès de l'Alliance coopérative internationale, tenu à Londres en août 1895, le vénérable M. Ludlow s'écriait, aux applaudissements «‘iithousiastes de l’auditoire: « Nous ne nous contenions point, nous » ne nous contenterons jamais de cette cooj)ération » borgne, bredouillante, écloppée, qui se renferme, » qui se claquemure dans des frontières. Nous » disons que les nations ne sont pas faites pour » s'entretuer, pas même pour s'cmtrejalouser, se » donner à tout propos le croc-en-jambe, en matière » politique, fiscale, littéraire, que sais-je? mais » bien pour s'entraider, travailler de concert,

» coopérer. » Nous n’ajouterons rien à ces paroles d'un des vétérans de la coopération anglaise ; nous

exprimerons seulement le voui que les ]mcifistes empruntent aux coo]iérateurs leur devise si belle, si simple et qui renferme en si peu de mots l’essentiel de la solidai’ilé humaine : « Tous pour un. un pour tous. »

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