CONCLUSION
Pour la plus grande majorité des hommes, Taffirmalion, que la coopération pourrait transformer le monde économique, paraît absurde. Pour eux, communisme, colloctivism-e, coopératisme et tous les ismes qui n'ont pas encore fait leurs preuves, ne sont que des utopies. Mais à bien juger, il n'y a pas de systèmes économiques qui n'ait quelque chose d'absurde en lui et qui n'ait été dans un temps passé considéré comme une utopie. Les marchands ne sont apparus que dans un stade assez avancé de l'évolution humaine, et pour les peuples nomades de l'antiquité la fonction des marchands devait paraître absurde. Les Romains auraient aussi considéré comme une utopie le système qui régit actuellement la production. L'usine avec ses milliers d'ouvriers, la division du travail poufiisée à l'extrême et le salariat eussent été considérés du temps d'Annibal comme de pures fantaisies d'un cerveau malade.
L'utopie n'est qu'une chose relative; elle a existé en réalité et existe même dans notre organisation actuelle. Pour un citoyen de l'antiquité, l'organisation d'une société, comme celle dans laquelle nous vivons, eut paru absolument utopique, et même pour nous, si nous n'étions pas sûrs qu'elles aient existé en réalité, les civilisations an-
cîennes, éteintes depuis longtemps, nous paraîtraient absolument fantastiques.
Tout évolue dans le monde, surtout dans le monde social, et les organisations et les systèmes ne fomt que changer incessamment. A considérer comme définitif, un système économique quelconque prouve un manqu-e de conviction dans la loi de révolution qui domina le monde, H aussi un manque d'esprit d'observation. En effet, il n'est pas nécessaire d'étudier l'histoire humaine ou l'histoire naturelle pour se rendre compte de l'existence de cette loi, une observation de sa propre mentalité permettra à quiconque do se convaincre que l'homme ne fait qu'évoluer. On- change sans cesse l'idéal avec l'âge, et nos vues sur le monde ne sont pas les mêmes à dix ans de différence. Des idées qui ont paru pendant longtemps paradoxales, sont arrivées à être considérées comme des truis^ mes, et cela en un espace de temps relativement court.
Les systèmes économiques qu'on traite aujourd'hui comme utopiques pourront très bien exister dans un temps futur, quand la mentalité sociale aura sensiblement évolué. Ceux qui veulent cependant connaître les systèmes qui régiront le monde dans im temps à venir, devront chercher à les découvrir et à les dégager de l'état actuel de la société où ils se trouvent en germe.
De tous les systèmes préconisés par les différentes écoles sociales, celui qui est le moins utopique et qui est le plus compréhensible à la mentalité actuelle des individus, est pour sûr le système de la coopération. <j Nous aomm'cs faits pour la coopération — de même que les pieds, les mains, les paupières, la rangée supérieure et infé-
rieure des dénis — » (l)ç ainsi la coopération régissant la vie économique, peut nous paraître» comme quelque chose de neuf, mais noa pas fantastique^, C*es* un rouage inconaa de nos grands-pères, et qui formera le premier écheloa d*une évolution de notre état actuel vers un état future imionaé.
Probablemient que ce pasjsage dfun échelon à un ^utre no se fera pas sans heurts et que la disparition dtes intermédiaires provoquera quelques maux, mnîs la disparition d'un organe qui n'est plus nécessiaire est indispensable malgré le® douleurs que cela peut provoquer. On extrait bien une dent gâtée, quoique cela fasse très maL
Avec l'avènement de la coopération disparaîtront les' luttes et les haines que la concurrence engendre entre les hommes; il n'y aura? plus de lutte pour la vie ! plus de guerre au couteau ! et à la devise malheur aux vaincus succédera celle dé un pour tous ! tous pour un ! *
(1) Henry George, Miser and Paverty, p. 234.
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