Juin
31 Dec. 1905
31 Dec. 1906
Si au capital versé on ajoute les fonds de réserve et ceux dépK>sés pour les faire fructifier, on obtient un total de 27.275.474 francs. La somme est assez Importante si Ion tient compte que le mouvement ne date que d*hier et que les membres de ces coopératives sont en général très pauvres.
Aussitôt que les banques populaires ont pris une certaine importance, le gouvernement roumain est intervenu pour leur donner une organisation officielle et pour les empêcher de s*éloigner du but coopératif en devenant des institutionis de spéculation. Une caisse centrale^ ayant pour mission de venir en aide matériellement et moralement aux coopératives de crédit, fut fondée.
Les banques populaires sont du type Raiffeisen et ne font des prêts qu'à leurs membres. Elles servent aussi dans une certaine mesure de caisses d'épargne, et encou-
(1) Curierul bancilor popularCj August 1907.
ragent par ce moyen l'esprit d'économie parmi les paysans.
En 1904, la Caisse centrale entreprit la publication d'un journal coopératif, Curienil bancilor populare (Le Courrier des banques populaires), qui a pour but d'entrelenir les coopérateurs au courant des questions coopératives et de Taire aussi de la propagande en faveur de ce mouvement. Il a actuellement un tirage qui dépasse 3.000 numéros, et rend un réel service aux banques populaires qui, sans lui, ne pourraient pas se rendre compte des différentes questions qui les intéressent.
On trouve parmi les banques populaires quelques-unes qui ont pris une importance assez grande, tant en ce qui concerne le nombre de leurs membres qu'en ce qui concerne leur capital. Ainsi la banque « Caraiman », du village de Breaza, district de Prahova, fondée en 1893, avait en 1906 un capital de 553.245 francs et avait accordé à ses membres des prêts se montant à 527.633 francs. On en trouve encore d'autres dont le capital dépasse 300.000 francs et qui font un chiffre d'affaires assez grand.
On rencontre en Roumanie, parmi les ruraux, une forme d'association possédant un certain caractère coopératif. Ce sont des groupements de petits cultivateurs qui ont en vue la prise en fermage des grandes propriétés. Ces associations peuvent donic être classées plus ou moins dans la catégorie des coopératives de production, quoique la cause efficiente de l'association soit non la production mais le fermage.
Ces sortes de coopératives ont été appelées au monde par les conditions de culture spéciales à la Roumanie. Le grand propriétaire, ne pouvant ou ne voulant pas cultiver
son domaine, est forcé de l'affermer le plus souvent à des fermiers d'origine étrangère n'ayant aucun intérêt au maintien en boa était, dé la propriété. Si cette dernière était affermée directement aux paysans, il en découlerait deux sortes d'avantages, tant pour ces derniers que pour le propriétaire. iJ'abord, les bénéfices que prélève l'intermédiaire et qui atteignent souvent, surtout pour les grands domaines, une pro|K>rtion de 50 et môme 100 **/o, relativement au fermage, seraienit partagés entre propriétaire et paysans. L'exploitation, quoique plus rudimentaire est, cependant, plus avantageuse pour la propriété quand elle est faite par le paysan. Le fermier, en effet, cherche à retirer de la terre le maximum de bénéfices au détriment de sa productivité future. Il appauvrit excessivement le sol en- ne le laissant pas se reposer, car le repos est absolument nécessaire là où l'on n'emploie pas d'engrais.
Les paysans, par contre, ont tout intérêt à ce que la productivité de la' terre ne baisse pas, car ils savent bien qu'ils vivront du produit de cette dernière et puis, même en faisant abstraction de ces considérations, ils laissent reposer le sol par le fait qu'ils ont besoin de pâturages pour leur bétail.
Le grand propriétaire, quoiqu'il se rende bien compte des avantages qui découleraient j>our lui s'il affermait sa terre directement aux paysans, ne peut le faire que dans des cas exceptionnels, car il lui est presque impossible de partager son domaine en une multitude de lots et d'affermer ces derniers séparément. Le grand domaine, qui en Roumanie est généralement compact, ne peut s'affermer qu'en bloc. Les paysans, s'ils voulaient prendre une grande propriété en fermage devaient s'associer; mais cela ne
leur a pas servi pendant longtemps à quelque chose, car la loi ne reconnaissait pas à ces associations la personnalité morale, aussi devaient-elles toujours déléguer quelques membres pour les représenter devant les autorités.
Pour remédier à cet état de choses, le parlement roumain a voté différentes lois qui permettent aux villageois de se grouper en associations possédant lai personnalité morale, en vue de la prise en fermage et même de l'achat des domaines, car les associations villageoises peuvent contracter au Crédit Foncier Rural des emprunts dans les mêmes conditions que les grands propriétaires, et acquérir par conséquent un domaine en remettant au propriétaire le prix, moitié en argent, moitié en obligations rurales. ^
Quoique ces lois en faveur des associations villageoises ne datent que depuis peu (1903), ces dernières ont vu leur nombre augmenter sensiblement. Nous manquons de données statistiques détaillées relativement à l'activité de ces associalionsf, mais nous pouvons iiuliquer leur nombre qui, pour 1906, était de 106, et dont trois quarts étaient déjà entrées en possession des terres affermées.
teur nombre augmentera sensiblement, car beaucoup de propriétaires, épouvantés par les troubles du mois de mars 1907, préfèrent affermer leurs domaines directement aux paysans, ce qui ôte à ces derniers l'envie de les dévaster. Et puis, si les lois relativement au fermage, qui sont actuellement en discussion au parlement, venaient à passer, les fermiers ne pourront plus lutter aussi facilement contre les associations villageoises, et ces dernières, soutenues par les lois et aussi par l'opinion publique, pourront se développer rapidement.
Les autres formes de la coopération n'ont pas fait de grands progrès en Roumanie. Ce n'est que depuis peu qu'on s'est mis à créer des coopératives de consommation dans les villages, mais leur nombre n-e dépasse pas encore une centaine et le chiffre de leurs affaires, quoique pas connu, ne peut être que de peu d'importance. Cependant, les promoteurs du mouvement coopératif en Roumanie ne se laissent pas rebuter par les innombrables difficultés qu'ils rencontrent sur leur chemin, et ils espèrent donner à la coopérative de consommation la même importance que celle acquise par la banque populaire. Les difficultés ne proviennent pas du fait des marchands qui dans les villages roumains n'ont qu'une impoilance secondaire, mais du manque d'instruction de la classe paysanne et du manque de préparation de ceux qui sont appelés, à diriger les coopératives. Om arrivera cependant petit à petit à suppléer à ces défauts avec la diffusion de l'instruction qui est activement soutenue actuellement, et en chargeant l'instituteur du village de la direction de l'association coopérative. En effet, les instituteurs, qui forment l'élément le plus cultivé de la campagne roumaine, pourraient rendre de sérieux services à la coopération, s'ils ne bornaient pas leur activité seulement à apprendre à lire, et à écrire à leurs élèves. Ce sont eux qui ont fondé les premièr^es coopératives, de crédit et qui ont donné à cette forme de la coopération une grande impulsion. Ils pourraient faire la même chose avec les coopératives de consommation et surtout avec les associations agricoles pour la préparation et la vente des produits animaux, tels que beurre, œufs, fromages, etc. Etant un pays agricole et tirant le plus clair de ses bénéfices des produits du sol,
la Roumanie aurait le plus grand intérêt à <;© que leur exportation fut réglée par des associations solidement constituées él réuni-os en une puissante fédération. L'cxj>ortation du beurre, du fromage et des œufs viendrait donn-er une plus g-rande stabilité au commerce extérieur de la Roumanie en l'empêchant d*êtrc à la discrétion d*une mauvaise récolte, comme cela arrive actuellement. Nous devons parler encore d'une espèce de société coopérative qu'on rencontre rarement sur le terrain de la coopération, mais qui en Roumanie tend à prendre une réelle importance. Nous voulons parler des associations pour l'exploitation des forêts. Elles sont constituées sur le même modèle que les associations villageoises qui ont en vue l'exploitation d'un domaine, avec la seule différence qu'au lieu de labourer, semer et moissonner, ils couperont les arbres et façonneront le bois. C'est surtout dans la montagne, où Ton trouve encor-e des forêts vierges, que ces sortes d'associations viennent au monde. Elles prennent en exploitation les forêts de l'Etat et arrivent par ce moyen à donner de la valeur tant aux forêts qui recouvrent les flancs des Carpathcs qu'au travail des habitants des mêmes montagnes. Nous ne connaissons pas exactement leur nombre, qui doit être assez important, car seur Icment pendant le cours de l'année 190C, plus de quatorze de ces associations furent constituées. Avec leur création, toute une industrie inconnue jusqu'alors a pris naissance dans les villages situés dans les montagnes. L'industrie du bois, presque inconnue en Roumanie malgré seg vastes forêts, ne devra réellement son existence qu'à la multiplication et au développement des associations villageoises pour l'exploitation des forêts.
Là coopération est appelée à jouer on Roumanie un rôle beaucoup plus iniportant que dans les pays de l'occident de l'Europe, car le terrain sur lequel elle peut exercer son activité y est bien plus vaste et bien plu© varié. . Un des effets les plus in^portants qu'elle pourrait avoir, ce serait de développer l'esprit d'association parmi les Roumains. Cas derniers ont très peu de goût pour s'associer, et leur esprit frondeur, enclin à critiquer tout ce qu'il voit, empêche la constitution d'associations libres qui, cependant, ne pourraient, que faire du biejx à tout le monde, comme par exemple les associations mutuelles en vue de l'assurance et de l'épargne, qui donnent des résultats magnifiques dans les pays à civilisation avancée, tels que l'Angleterre, la France, l'Allemagne, etc. Le Roumain a encore une mientalité enfantine et court plutôt après le brillant qu'après le sérieux. Pour lui, l'importance n'est que dans la forme et non dans le fond. Dans les associalions qu'ils constituent, le but principal de ces dernières disparaît souvent du premier plan pour céder la place aux buts d'ordre secondaire. Alors, on voit le© membres se réunir pour discuter les statuts et surtout pour tenir dos discours, car on est convaincu en Roumanie que sans di-scoups une réunion quelconque ne peut pas avoir lieu. Et de cette manière, en discutant et en discourant, on arrive à perdre son temp« et à donner naissance à des animosi-tés, qui ont le plus souvent comme résultat d'éloigner au lieu de rapprocher les membres.
Cette mientalité, se manifestant un peu dans toutes les couches sociales, provient de la jeunesse du peuple, qui n'a commencé que depuis un demi-siècle à vivre à l'Européenne. E]le provient aussi en partie de la latinité du peu-
pie roumain cl de rinfluence des peuples orientaux qui lui ont donné un goût trop prononcé pour la forme au détriment du fond.
Les sociétés coopératives créeront et développeront Tesprit d'association en RoumanTe, en commençant avec la classe la plus apte à le recevoir. C'est dans la classe paysanne que le mouvement coopératif roumain a pris naissance, cl c'est toujours dafis cette classe que les autres formes d'associations se développeront. Cela se fera d*autanl plus facilement que cette classe est presque vierge de toute institution sociale. Elle n'a pas, comme les classes habitant les villes, cette tendance à tourner tout en dérision, et à étouffer de cette manière toute initiative individuelle. De la classe rurale l'esprit d'association se propagera petit à petit dans les classes urbaines, et c'est ainsi que ce mouvement au lieu d'aller de la ville à la campagne, comme cela est arrivé dans la plupart des pays de l'Europe, commencera au contraire à s'étendre d'abord dans les villages pour passer ensuite dans les villes.
Un autre avantage de la coopération, spécial à la Roumanie, est d'empêcher les étrangers de s'établir en trop grand nombre dans ce pays et de former, comme cette tendance existe déjà, un Etat dans l'Etat. Le conunerce des villes est presque en totalité, du moins pour la Moldavie, dans les mains des étrangers. Les coopératives auront pour mission de garder aux nationaux le conmferce des campagnes et de reconquérir celui des villes. Cette tâche, nous le reconnaissons, est assez diflicile, mais non impossible, et avec de la bonne volonté, surtout de la bonne volonté, on la mènera à bien.
Enfin, un dernier avantage que la coopération peut offrir
à la Roumanie, c'est de répandre l'instruction parmi les basses couches de la population. Dans tous les pays où ce mouvement a pris une ceortaine importance, les coopératives prélèvent sur les bonis de quoi alimenter un fond impersonnel destiné à la diffusion de l'instruction. La Roumanie, où le nombre dos alphabets est considérable, a beaucoup plus besoin que les autres pays d'un tel fond qui vienne donner un coup de main aux efforts que fait le gouvernement pour répan3re l'instruction dans les campagnes. Les coopératives sont donc les bienvenues à ce point de vue.
I-^ coopération, si elle trouve des personnes dévouées pour la conduire, pourra se développer puissamment en Roumanie et donner des résultats satisfaisants tant sur le terrain économique que sur le terrain social et national.