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DE LA PLACE ROYALE

A quinze, le front de l'enfant perdit son rayonnement, sa lèvre devint sérieuse, une maturité hâtive sembla vouloir compléter celle beauté merveilleuse. La jeuue fille devint femme tout à coup. Deux causes, un malheur et une joie, ycontribuèrent peutêtre.

Bluejte avait près de douze ans lorsque la petite maison de son enfance s'accrut d'un nouvel hôte, madame de Chastenay, qui avait alors près de trente-cinq ans, donna un frère à Bluette, et ce frère reçut

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le nom du mois pendant lequelil était né, on l'appela Fleur-de-Mai.

La joie de la jeune fille fut immense, elle avait un frère, elle fut sa marraine, elle joua bientôt à la petite mère et abandonna ses poupées pour le berceau de Fleur-de- Mai.

Ce fut une première transition entre l'enfance mutine et rieuse de Bluetle et son adolescence plus sérieuse. A quinze ans, la jeune fille perdit sa mère, son front s'as-

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sombrit alors et la jeune fille devint femme ; la douleur mûrit ?i vite !

Trois ans s'écoulèrent encore; le vieux capitaine, perdu de rhumatismes, ne sortait jamais de la petite maison, mais les Blaisois voyaient à la messe, chaque dimanche, la belle Bliiette accompagnée d'un domestique et tenant par la main le petit Fleur-de-Mai, qui était bien le plus bel enfant blanc et rose qu'on eut jamais vu.

La sœur aînée était devenue une jeune mère;

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Le soir, les voisins dont les fenêtres donnaient sur le grand jardin de la petite maison apercevaient parfois, à travers le rideau depeupliers qui l'entourait, la jeune fille et le bel enfant jouant et lulinanl, celle-ci le prenant sur ses genoux et baisant avec amour les boucles châtain de sa longue chevelure toute frisée. Mais, un jour, un dimanche, le petit Fleur-de-Mai se montra seul à la messe de la vieille cathédrale, etl'onapprit que Bluette avait quitté Blois pour aller passer quelques jours dans le

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pays lourangcau chez une sœur de sa mère.

Puis, un mois après, on revit l'enfant toujours seul ; il était triste et vêtu de noir, et le bruit se répandit dans Blois que Bluette était morte et que Fleur-de-Mai portait son deuil.

Près de dix années s'écoulèrent ; le vieux capitaine mourut, laissant à son fils un modeste héritage, une lettre de recommandation pour M. deMazarin, qui gouvernait alors la France, et emportant de Fleur-de-

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Mai la promesse que, sa dix-huitième année accomplie, il irait à Paris demander du service dans les armées du roi Louis XIV.

Depuis la mort deBluelie, les croisées de la petite maison ne s'étaient plus ouvertes sur la rue, le jardin, jadis soigné et bien entretenu, était devenu inculte, les peupliers avaient poussé et intercepté la vue des voisins.

Dès lors le nom de Maison close avait été donné à la demeure de feu le sire de Chastenay.

i'-ii.

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Au SU et connu des Blaisois, la Maison close ne renfermait que trois hôtes, Fleurde-Mai, un vieux serviteur nommé Antoine, et une gouvernante plus vieille encore qui avait été la nourrice de feu madame de Chastenay.

Cependant la chronique mystérieuse du quartier prétendait, bien qu'on n'eût jamais vu sortir de la Maison close que ces trois

personnage, qu'elle renfermait un quatrième habitant.

Parunenuitd'hiver, orageuse et sombre.

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affirmaient quelques voisins, le piétinement de deux chevaux avait résonné à la porte de la petite maison. Ceux qui, plus curieux que les autres, s'étaient mis à leurs fenêtres, avaient pu voir alors, à travers les ténèbres, un cavalier et une dame vêtue de noir. La dame avait mis pied à terre et soulevé le marteau de la porte, la porte s'était ouverte, puis renfermée sur elle.

Quand au cavalier, il avait rebroussé chemin, emmenant le cheval de l'amazone.

Tout cela avait eu la durée d'un éclair,

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et depuis ce temps les commérages et les commentaires étaient allés leur train, car jamais on n'avait vu reparaître la dame mystérieuses et vêtue de noir. Selon les uns, c'était le fantôme de Bluelte, qui avait voulu revoir son berceau et son cher petit Fleur-de-Mai ; selon les autres, c'était une femme en chair et en os.

Mais quelle était cette femme?

Le vieil Antoine et Marianne, la gouvernante, successivement interrogés, avaient

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