M. PRUNIER, LE NOTAIRE, L'ÉDITEUR
JEAN
Ce monsieur fait passer sa carie.
M. PRUNIER lit
¥ M. Gnoufin, éditeur. » C'est mon éditeur. Faites entrer. (A Véd'xleMT.) k\\\ monsieur, venez vite me mettre du baume dans le cœur. J'apprends des nouvelles désobligeantes; j'ai besoin d'en avoir de meilleures. Vous venez parler de notre troisième édition. Est-elle lancée?
l'éditeur
Je viens en efl'et, monsieur, vous parler de votre troisième édition. J'ai bien reçu la lettre de M. Paul Maret, mais elle ne me satisfait qu'à demi, et jii cru ne pouvoir mieux faire qu'en m'adressant à l'auteur lui-même.
Vous avez eu raison, monsieur, et je suis heureux de cette occasion de faire votre connaissance. [Présentant.) Mon notaire... mon éditeur.
LE NOTAIRE
Vous ne vous connaissiez pas?
M. PRUNIER
C'est Paul qui s'occupait de tout.
LE NOTAIRE
Le travail des épreuves est, dit-on, fastidieux.
l'éditeur
Les auteurs le trouvent toujours charmant, puis que c'est leur prose.
M PRUNIER
Ou leurs vers ! (Ils rient.) Ah I ah !
l'éditeur
Enfin, nionsieur, je suis heureux de me trouver enfin en face de vous. Voyez-vous, moi, monsieur, je suis un commerçant. Les questions de sentiment n'ont rien à voir dans mes affaires.
LE NOTAIRE
Ah ! comme je vous comprends I
M. PRUNIER
Moi, pas.
l'éditeur Il faut que je gagne ma vie.
Sans doute.
l'éditeur Les affaires sont les affa'res.
M. PRUNIER
Assurément.
l'éditeur J'ai besoin qu'on me paie mon travaih
M. PRUNIER
Qui va là contre ? Ce n'est pas de mon Horace que vous pouvez vous plaindre, et deux édilions déjà écoulées ont dû vous laisser un beau bénéfice.
l'éditeur 11 y a bien à dire.
M. PRUNIER
Alors, dites.
l'éditeur
Je ne me plaindrais pas, si vos deux éditions m'avaient été payées comptant.
M. PRUNIER
On ne vous a pas payé ? Vous vendez à crédit ? Quelle imprudence, monsieur, quelle imprudence !
l'éditeur Comment pouvais-je me défier ?
Il faut toujours se défier. Un commerçant sérieux doit ériger la méfiance en principe.
l'éditeur
Monsieur, ma maison est des plus sérieuses. Elle existe depuis trente ans. Nous avons quelquefois roulé les autres. On ne nous a jamais roulés.
M. PRUNIER
Bon, cela !
l'éditeur Bon, oui, mais ne commencez pas !
M. PRUNIER
Vous dites ?
l'éditeur
Monsieur, je me suis permis d'apporter votre petit compte.
M. PRUNIER
Ah ! Tions allons voir 1 vous allez voir, Monsieur le notaire. {Il lit.) t Voyons. Horace, traduction nouvelle en verF, d'après des principes inédits, par PruDier des Reinettes, candidat de lAcadémie. — Vendu deux exemplaires... » — Comment deux exemplaires !
l'éditeur, condescendant Lisez !
M. PRUNIER
« ...Deux exemplaires, l'un à un inconnu, l'autre à un client qui a, par mégarde, déchiré la couverture en bouquinant sous les galeries de l'Odéon. >
l'éditeur
11 a fallu qu'il paye le livre, et puisqu'il l'avait payé, il l'a emporté.
M. prunier
Mais qui vous a dit qu'il n'avait pas dessein de l'acheter ?
l'éditeur Lui-même.
M. PRUNIER
C'est un insolent, un envieux, qu*^lqué confrère. Mais que signifient ces deux exemplaires vendus, quand les deux premières éditions...