‹ Coquins de neveux; comédie en un acteChapitre 10 sur 15 · M. PRUNIER, LE NOTAIRE, L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

M. PRUNIER, LE NOTAIRE, L'ÉDITEUR

JEAN

Ce monsieur fait passer sa carie.

M. PRUNIER lit

¥ M. Gnoufin, éditeur. » C'est mon éditeur. Faites entrer. (A Véd'xleMT.) k\\\ monsieur, venez vite me mettre du baume dans le cœur. J'apprends des nouvelles désobligeantes; j'ai besoin d'en avoir de meilleures. Vous venez parler de notre troisième édition. Est-elle lancée?

l'éditeur

Je viens en efl'et, monsieur, vous parler de votre troisième édition. J'ai bien reçu la lettre de M. Paul Maret, mais elle ne me satisfait qu'à demi, et jii cru ne pouvoir mieux faire qu'en m'adressant à l'auteur lui-même.

Vous avez eu raison, monsieur, et je suis heureux de cette occasion de faire votre connaissance. [Présentant.) Mon notaire... mon éditeur.

LE NOTAIRE

Vous ne vous connaissiez pas?

M. PRUNIER

C'est Paul qui s'occupait de tout.

LE NOTAIRE

Le travail des épreuves est, dit-on, fastidieux.

l'éditeur

Les auteurs le trouvent toujours charmant, puis que c'est leur prose.

M PRUNIER

Ou leurs vers ! (Ils rient.) Ah I ah !

l'éditeur

Enfin, nionsieur, je suis heureux de me trouver enfin en face de vous. Voyez-vous, moi, monsieur, je suis un commerçant. Les questions de sentiment n'ont rien à voir dans mes affaires.

LE NOTAIRE

Ah ! comme je vous comprends I

M. PRUNIER

Moi, pas.

l'éditeur Il faut que je gagne ma vie.

Sans doute.

l'éditeur Les affaires sont les affa'res.

M. PRUNIER

Assurément.

l'éditeur J'ai besoin qu'on me paie mon travaih

M. PRUNIER

Qui va là contre ? Ce n'est pas de mon Horace que vous pouvez vous plaindre, et deux édilions déjà écoulées ont dû vous laisser un beau bénéfice.

l'éditeur 11 y a bien à dire.

M. PRUNIER

Alors, dites.

l'éditeur

Je ne me plaindrais pas, si vos deux éditions m'avaient été payées comptant.

M. PRUNIER

On ne vous a pas payé ? Vous vendez à crédit ? Quelle imprudence, monsieur, quelle imprudence !

l'éditeur Comment pouvais-je me défier ?

Il faut toujours se défier. Un commerçant sérieux doit ériger la méfiance en principe.

l'éditeur

Monsieur, ma maison est des plus sérieuses. Elle existe depuis trente ans. Nous avons quelquefois roulé les autres. On ne nous a jamais roulés.

M. PRUNIER

Bon, cela !

l'éditeur Bon, oui, mais ne commencez pas !

M. PRUNIER

Vous dites ?

l'éditeur

Monsieur, je me suis permis d'apporter votre petit compte.

M. PRUNIER

Ah ! Tions allons voir 1 vous allez voir, Monsieur le notaire. {Il lit.) t Voyons. Horace, traduction nouvelle en verF, d'après des principes inédits, par PruDier des Reinettes, candidat de lAcadémie. — Vendu deux exemplaires... » — Comment deux exemplaires !

l'éditeur, condescendant Lisez !

M. PRUNIER

« ...Deux exemplaires, l'un à un inconnu, l'autre à un client qui a, par mégarde, déchiré la couverture en bouquinant sous les galeries de l'Odéon. >

l'éditeur

11 a fallu qu'il paye le livre, et puisqu'il l'avait payé, il l'a emporté.

M. prunier

Mais qui vous a dit qu'il n'avait pas dessein de l'acheter ?

l'éditeur Lui-même.

M. PRUNIER

C'est un insolent, un envieux, qu*^lqué confrère. Mais que signifient ces deux exemplaires vendus, quand les deux premières éditions...

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