SCENE X M. PRUNIER, JEAN, puis LE NOTAIRE
JEAN
Monsieur, c'est votre notaire.
M. PRUNIER
Mon notaire? Qu'est-ce qu'il peut me vouloir? De quoi ai-je encore hérité? Je m'attends à tout, il pleut des roses. Faites entrer. {Entre le notaire.) Bonjour, monsieur le notaire. Quel bon vent vous amène?
LE NOTAIRE
Monsieur Prunier des Reinettes, une mission délicate.
M. PRUNIER
Pour ma modestie, peut être.
LE NOTAIRE
Si VOUS voulez. Il s'agit de votre neveu, M. Paul.
M. PRUNIER
Paul ?
LE NOTAIRE
N'aurait-il point, par hasard, hélas ! c'est de tout âge, n'aurait-il peint la passion du jeu ?
M. PRUNIER
Du jeu? Sachez, mon cher notaire, que Paul est ua garçon sans défauts. Il n'en a qu'un. C'est de prendre plus que moi-même les intérêts de ma modeste gloire.
LE NOTAIRE
Vous me mettez à mon aise, car tout s'expliquera sans doute aisément.
M. PRUNIER
Tout quoi ?
LE NOTAIRE
M. Paul fait des dettes.
M. PRUNIER
Des dettes ?
LE NOTAIRE
Il a contracté un emprunt usuraire.
M. PRUNIER
Cela, c'est mal. Mais il est majeur. Pourquoi me contez- vous cela à moi ? C'est de la délation. Seriezvous casserole, monsieur le notaire ?
LE NOTAIRE
Un notaire est habitué à en entf-ndre de toutes les couleurs. Je ne m'ofténse pas de ct^tte hypothèse culiraire. Mais l'emprunt de votre neveu vous met en cause.
M. PRUNIER
Moi ? en cause? et conjiuent. j> vous prie ?
LE NOTAIRE
Voici. M. Paul a emprunté pour 2.000 francs et signé pour 10.000 franc s de billets.
M. PRUNIER
Le pauvre mignon ! ]]t qui sont les Turcs qui ont ainsi abusé de son inexpérience ? il faut les faire coffrer.
LE NOTAIRE
L'inexpérience n'est pas flagrante. Le taux exorbitant que l'emprunteur accepte, trouve son explication dans l'éloignement de l'échéance et la mince responsabilité qu'il encourt. Les billets ne seront payables qu'après votre mort.
M. PRUNIER
Hein ? après ma mort ?
LE NOTAIRE
Apres votre mort. J'ai pris copie. (Il Ut.) Teii... teu... teu... payables : lin de mon oncle.
M. PRUNIER
Fin de mon oncle ! Oh ! le petit chenapan !
LE NOTAIRE
Il était de mon devoir...
M. PRUNIER
Vous avez sagement agi. Mais comment ces billeîs ont-ils été en votre main ?
LE NOTAIRE
L'usurier est venu, sous iun prétexte, s'assurer de la valeur du gage, qui est, en l'espèce, les chances que 'vous offrez, vous, de décéder, et votre neveu d'hériter.
M. PRUNIER
Les bràs me tombent. Pourquoi ne m'a-t-il prisdemande de l'argent, s'il en avait besoin? Quel est ce mystère ? Je n'y comprends goutte. {Jean entre.) Quoi encore?