‹ Coquins de neveux; comédie en un acteChapitre 9 sur 15 · SCENE X M. PRUNIER, JEAN, puis LE NOTAIRE · texte numérisé non relu

SCENE X M. PRUNIER, JEAN, puis LE NOTAIRE

JEAN

Monsieur, c'est votre notaire.

M. PRUNIER

Mon notaire? Qu'est-ce qu'il peut me vouloir? De quoi ai-je encore hérité? Je m'attends à tout, il pleut des roses. Faites entrer. {Entre le notaire.) Bonjour, monsieur le notaire. Quel bon vent vous amène?

LE NOTAIRE

Monsieur Prunier des Reinettes, une mission délicate.

M. PRUNIER

Pour ma modestie, peut être.

LE NOTAIRE

Si VOUS voulez. Il s'agit de votre neveu, M. Paul.

M. PRUNIER

Paul ?

LE NOTAIRE

N'aurait-il point, par hasard, hélas ! c'est de tout âge, n'aurait-il peint la passion du jeu ?

M. PRUNIER

Du jeu? Sachez, mon cher notaire, que Paul est ua garçon sans défauts. Il n'en a qu'un. C'est de prendre plus que moi-même les intérêts de ma modeste gloire.

LE NOTAIRE

Vous me mettez à mon aise, car tout s'expliquera sans doute aisément.

M. PRUNIER

Tout quoi ?

LE NOTAIRE

M. Paul fait des dettes.

M. PRUNIER

Des dettes ?

LE NOTAIRE

Il a contracté un emprunt usuraire.

M. PRUNIER

Cela, c'est mal. Mais il est majeur. Pourquoi me contez- vous cela à moi ? C'est de la délation. Seriezvous casserole, monsieur le notaire ?

LE NOTAIRE

Un notaire est habitué à en entf-ndre de toutes les couleurs. Je ne m'ofténse pas de ct^tte hypothèse culiraire. Mais l'emprunt de votre neveu vous met en cause.

M. PRUNIER

Moi ? en cause? et conjiuent. j> vous prie ?

LE NOTAIRE

Voici. M. Paul a emprunté pour 2.000 francs et signé pour 10.000 franc s de billets.

M. PRUNIER

Le pauvre mignon ! ]]t qui sont les Turcs qui ont ainsi abusé de son inexpérience ? il faut les faire coffrer.

LE NOTAIRE

L'inexpérience n'est pas flagrante. Le taux exorbitant que l'emprunteur accepte, trouve son explication dans l'éloignement de l'échéance et la mince responsabilité qu'il encourt. Les billets ne seront payables qu'après votre mort.

M. PRUNIER

Hein ? après ma mort ?

LE NOTAIRE

Apres votre mort. J'ai pris copie. (Il Ut.) Teii... teu... teu... payables : lin de mon oncle.

M. PRUNIER

Fin de mon oncle ! Oh ! le petit chenapan !

LE NOTAIRE

Il était de mon devoir...

M. PRUNIER

Vous avez sagement agi. Mais comment ces billeîs ont-ils été en votre main ?

LE NOTAIRE

L'usurier est venu, sous iun prétexte, s'assurer de la valeur du gage, qui est, en l'espèce, les chances que 'vous offrez, vous, de décéder, et votre neveu d'hériter.

M. PRUNIER

Les bràs me tombent. Pourquoi ne m'a-t-il prisdemande de l'argent, s'il en avait besoin? Quel est ce mystère ? Je n'y comprends goutte. {Jean entre.) Quoi encore?

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