‹ Coquins de neveux; comédie en un acteChapitre 13 sur 15 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

PRUNIER, LE NOTAIRE, L^ÉDITEUR. PAUL, JACQUES, déguisé en vieil académicie7i,i<^' Fic.u- R.\NT, 2« Figurant, 3« Figurant. JEAN porte une corbeille.

PAUL enlre en sautant Victoire ! Triomphe ! Grande nouvelle !

M. PRUNIER

Ah! te voilà, sacrioant !

PAUL

Mon oncle, vous êtes membre de l'Académie Fraa- <; -i^e î

M. PRUNIER

Idiot 1 Assez! On ne me la fait plus !

PAUL

Qu'avez-vous?

M. PRUNIER

Assez de ces balivernes ! Ce que j'ai ? J'ai l'usurier, <es deux éditions, les palmes, M. de Monthyon !

PAUL

Etes- vous souffrant?

M. PRUNIER

Oui, je souffre cruellement dans ma dignité. Et pourtant, j'avais quelque chose là (touchant son fro)it.) Tu m'as bafoué! les palmes, les éditions épiii>.ées, le succès de lihrairie, le prix académique, rien, plus rien ne reste debout! C'est la fin de tout. Je nage sur le lac sombre des désespoirs I

Je vois que vous savez. Ces messieurs, sans doute..» Lheure est venue de s'expliquer. Vous agirez ensuite con^me il vous plaira.

M. PRUNIER

Expliquer! Mais qu'y a-t-il à expliquer?

PAUL, myslérieux Il le fallait.

M. PRUNIER

Il fallait te moquer de moi? ^

PAUL

Oui. J'avais fait un rêve, .le l'ai réalisé. J'ai voulu qu'un homme comme mon oncle, plein de talent, de génif, de modestie...

M. PRUNIER

Je ne dis pas.

PAUL

Qu'un homme digne de tous les honneurs, fut de l'Académie Française.

M. PRUNIER, radouci Qu'est-ce qu'il dit?

PAUL

Je me suis promis que l'Académie ne dirait pas de mon oncle comme de Molière :

Rien ne manque à sa gloire. Mais il manque à la nôtre.

M. PRUNIER

Je ne dis pas que tu as un mauvais cœur.

PAUL

Il fallait produire des titres pour la commissioi> d'examen des titres. Ils n'existaient pas. Je les ai créés. Qu'importe qu'ils fussent imaginaires ? .Jusqu'aujourd'hui, ils étaient vrais, puisque vous y croyiez. Aujourd'hui, ils sont plus vrais que jamais : ^a créance de l'Académie leur a donné l'existence. L'Académie en corps, en les acceptant comme vraisemblables, les a réalisés.

LE NOTAIRE

Il a raison.

l'éditeur Quel bon avocat !

M. PRUNIER

Ml raison chancelle. C'est béte d'être crédule comme ça.

l'éditeur Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

M. PRUNIER

Quoi, pas vraisemblable ! Vous êtes étonnant !

PAUL, montrant Jacques^ grimé

Et voici M. le duc d'Audiffret-Pasquier, membre de l'Académie Française, qui a tenu à venir vous notifier lui-même l'heureux succès de ma campagne et de mes efTorts.

M. PRUNIER

Je croyais qu'il était mort.

JACQUES

C'est UQ bruit qu'on a fait courir.

l'éditeur Gomme pour Emile Blavet.

JACQUES

Monsieur, le propre de notre docte et illustre compagnie et le plus généreux bienfait de notre institution est de rassurer l'écrivain qui ne s'adresse pas à .'a foule et de l'encourager dans la poursuite de son idéal austère et discret. Il n'a reconnu et souhaité pour juge que l'élite : nous sommes là.

PAUL

Il est un peu là î

JACQUES

Notre Commission n'a pas iu votre traduction sans être ravie par cette Belle Fidèle, et sans se préoccuper d'en rechercher l'auteur pour le convier à prendre parmi nous la place que lui assignent son génie éclaiant et son obscurité méritante. A vous, le fauteuil. A nous, l'honneur.

M. PRUNIER

Je ne sais plus du tout où j'en suis. Cet appareil est imposant. Tous ces gens...

Ce sont les figurants... (se reprenant) les manifestants délégués par les environs.

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