‹ Coquins de neveux; comédie en un acteChapitre 5 sur 15 · M. PRUNIER, PAUL, JACQUES, LE SUBSTITUT, JEAN · texte numérisé non relu

M. PRUNIER, PAUL, JACQUES, LE SUBSTITUT, JEAN

JEAN

Monsieur, c'est M. le substitut du procureur de la République. (Exit.)

M. PRUNIER

Encore quelque présidence d'honneur qu'on vient m'offrir. Ah ! la gloire a ses revers. Bonjour, Monsieur le Substitut. Asseyez-vous donc. Si c'est encore quelque honneur que vous m'apportez au nom de nos 00 T[î patriotes, vraiment non, je ne puis accepter, tout mon temps est pris... Dites à nos concitoyens que j'apprécie hautement le cas qu'ils font de ma modeste personne...

JACQUES, à part Si modeste 1

M. PRUNIER

Mais je ne puis plus distraire aucun loisir de mes importants travaux. Non, vraiment, là, merci, vous m'obligerez en n'insistant point. Sat prata hiherunt !

Lr:: SUBSTITUT

Monsieur, je suis des premiers à saluer vos talents et je dresse dos aulel» à vos mérites. Mais il ne s'agit pas d'eux en ce moment Ils ne sont ni en cause ni en discussion. Quoique contiariété que j'en éprouve, j'accomplirai le devoir qui m'incombe de venir vous donner un avis officieux.

M. PRUNIER

Qu'est-ce, ouais ?

LE SUBSTITUT

Monsieur, vous avez été vu, dimanche dernier, vous promenant autour du kiosque de musique où notre fanfare communale donne ses réputés concerts.

M. PÏUJNIER

Oui, eh bien ?

PAUL

Est-ce un délit, monsieur, d'aimer la musique?

LE SUBSTITUT à Paill

Il y aurait absurdité, monsieur, à soutenir un pareil apophtegme. Non, il n'y a pas délit dans le fait d'écouter notre fanfare. {A Prunier.) Mais vous portiez, Monsieur, à votre boutonnière le ruban violet réservé aux officiers...

M. PRUNIER

Aux officiers? Sachez, monsieur, que je suis capitaine des canonrners sédentaires.

LE SUBSTITUT

Vous m'avez interrompu, je disais aux officiers d'académie.

Evidemment : les palmes, cela s'appelle les palmes.

JACQUES

Comme dans palmipèdes.

M. PRUNIER an Substitut.

Vous ne les avez pas encore ?

LE SUBSTITUT

Si, monsieur, mais je ne les porte pa9.

M. pPxUNiER à Paul Il est poseur.

LE SUBSTITUT

Tandis que vous les portez, et vous ne les avez pas.

M. PRUNIER

Cette facétie est mauvaise, monsieur.

LE SUBSTITUT

J'ai la pénible mission de vous aviser, de vous conseiller de ne plus porter ces insignes hors de la maison.

M. PRUNIER

Hors de la maison V

LE SUBSTITUT

Oui, dans la rue.

Dans la rue...

LE SUBSTITUT

Oui, seulement chez vous, pour vous amuser.

M. PRUNIER

Pour m'amuser ?

LE SUBSTITUT

Oui, comme en ce moment.

M. PRUNIER

Vous raillez !

LE SUBSTITUT

Autrement, vous vous attireriez des ennuis. Depuis la nouvelle loi sur le port des décorations, on ne peut plus badiner. On exige que le port du ruban violet soit justifié par un diplôme afférent. Avez-vous le diplôme ?

M. PRUNIER

Pas encore, il est quelquefois deux ans à venir.

LE SUBSTITUT

Il ne viendra pas.

M. PRUNIER

Mais j'ai le Journal Officiel.

LE SUBSTITUT

Justement. Il y a erreur.

Erreur ?

LE SUBSTITUT

L'Officiel porte H. Prunier.

M. PRUNIER

Oui, Henri Prunier.

LE SUBSTITUT

Non : Honoré Prunier.

M. PRUNIER

Le pharmacien ? le droguiste ?

LE SUBSTITUT

Vous l'avez dit.

M. PRUNIER

C'est sérieux ?

LE SUBSTITUT

C'est sérieux.

M. PRUNIER

Oh ! le sale gouvernement I Un apothicaire ! Ce

ti'est pas possible. Comppenez, monsieur, et comparez ! un pharmacien et un poète !

LE SUBSTITUT

Le pharmacien a une clientèle... qui vote, des clients électeurs, qu'il conseille.

JACQUES

Il leur dore la pilule.

M. PRUNIER, digne Je n'ai commerce... qu'avec les Muses.

LE SUrSTlTUT

Apolloû est sans voix pour un ministre.

M, PRUNIER

C'est quelque lapsus calami. Je vais rédiger ma réclamation au ministre.

LE SUBSTITUT

Avec tous mes respects, monsieur. (// sort./

(M. Prunier sort furieux.)

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