SCÈNE PREMIÈRE
GEORGES, CURTIS, Joueurs de whist.
Georges, appuyé contre le chambranle d’une porte, regarde dans le second salon. — Curtis quitte la table 4e whist, où il est remplace par un autre joueur, et s’approche de Georges.)
CURTIS, touchant l'épaule de Georges.
Que regardez-vous donc si attenlivement, monsieur Bessières? Ne serait-ce pas cette jolie personne à la taille svelte et gracieuse?
GEORGES
Vous avez devint! juste; je ne puis me lasser d’admirer ces cheveux abondants, ce regard doux et voilé, ces narines ardemment ouvertes, et plus encore cette grâce indéfinissable qu’elle a dans tous ses mouvements. La connaissez-vous?
CURTIS
Non : c’est la première fois que je la vois chez ma très-honorée tante.
CORA OU L’ESCLAVAGE
Elle paraît pourtant connaître intimement miss Lucy, votre cousine. Avec quelle charmante nonchalance elle s’appuie sur le bras de son danseur 1
CÜRTIS.
Ahl ah !...
GEORGES
Quoi donc?
CURTIS
Vous dites qu’elle paraît liée intimement avec ma cousine? ..
GEORGES
Je les ai vues causer très-familièrement.
C’est singulier !
Pourquoi?
CURTIS
GEORGES
CURTIS
Regardez le coin de l’oeil, je vous prie...
GEORGES
Eh bien?...
11 y a là un signe imperceptible qui n’en serait pas moins dans mon pays uu stigmate indélébile...
GEORGES
Un stigmate !...
CURTIS, redescendant la scène arec Georges.
Je veux dire que cette charmante jeune fille, courtisée en France, adulée, entourée d’hommages, a dans les veines une goutte de sang africain qui en ferait là-bas la plus humble des esclaves, ou qui la réduirait tout au moins à la condition abjecte des plus viles créatures.
GEORGES
Mais son teint est d’une blancheur éblouissante...
CURTIS
Qu’importe !... Pour un connaisseur, la tache originelle se trahit dans le coin de l’œil ou à la racine de l’ongle. IN’eût-elle qu’un seizième de sang noir, elle n’en serait pas moins aux yeux de mes compatriotes une quarteronne, et comme telle, mise au ban de lasociété. il faut que ma petite cousine l’ignore