‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 12 sur 96 · CORA , CURTIS · texte numérisé non relu

CORA , CURTIS

CORA, se levant.

Dois-je prendre à la lettre ce que vous venez de dire , monsieur? sont-ce les mauvais traitements qui ont poussé les esclaves de mon père à la révolte?

CURTIS

Mon Dieu ! mademoiselle , le planteur se trouve placé dans une alternative terrible, celle de battre ses esclaves ou d’étre victime de leur paresse; M. Gérard, je dois le dire, ne passe

f as pour être fort indulgent; mais il ne fait en cela que suivre exemple de la plupart des colons; d'ailleurs ce n’est pas lui, mais son commandeur qui a été la cause directe de la rébellion; votre père a voulu intervenir, et il a été grièvement blessé; mais, je vous le répète, il était tout à fait hors de danger au moment de mon départ.

CORA

Et ne vous a-t-il chargé pour moi d’aucun message, monsieur? d’aucune lettre?

CURTIS

Non, mademoiselle.

CORA

Quoi ! pas un mot?

CURTIS

Votre père ignorait <jue je dusse vous voir; c’est à ce propos que je me permettrai de vous adresser quelques questions; non par une vaine curiosité, je vous le jure, mais parce que vous m’inspirez un très-vif intérêt.

CORA, s'asseyant.

Parlez, monsieur!

CORA OU L’ESCLAVAGE

CÜRTIS, s'asseyant près de Cnn.

Par qui recevez-vous d’habitude les lettres de monsieur votre père?

CORA

Par un de ses correspondants qui habite le Havre.

CDRTIS.

De sorte qu’elles ne vous sont pas directement adressées?

CORA

Non, monsieur.

CÜRTIS.

N’étiez-vous pas fort jeune lorsque vous avez quitté la Louisiane?

CORA

J’avais quatre ans.

CCRTIS.

Votre mémoire ne se rappelle rien de ce temps-là, sans doute?

CORA

Oh! des souvenirs si confus qu’ils ressemblent à des rêves! 11 en est un cependant qui ne s’est pas effacé; celui d’une femme qui pleurait en me serrant dans ses bras iusqu’à m’élouffer. — Parfois encore il me semble entendre ses sanglots.

M. Gérard vous a-t-il parlé de votre mère?

CORA, Tiiement

C’était elle, n’est-ce pas?

CÜRTIS.

Je l’ignore, mademoiselle ; car, à cette époque, j’étais encore en France, où, comme vous, j’ai passé ma jeunesse.

CORA

Et qui serait-ce, si ce n’est elle? — Hélas! non, monsieur, je n’ai pas eu la consolation d’entendre parler de ma mère; toutes les fois que j’ai interrogé mon père à ce sujet , il m’a répondu d’une voix brève et dure que je ne lui ai pas connue en d’autres occasions; tout ce que j’ai pu savoir, c’est qu’elle était morte jeune à la Nouvelle-Orléans. — J’ai dû renoncer à réveiller un souvenir qui lui causait une pénible émotion.

CÜRTIS.

11 vousa toujours témoigné beaucoupde tendresse cependant?

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