SCÈNE PREMIÈRE
JOHNSON, CURTIS, LUCY, Mistress BRADLEY, P ui. MÉALA.
(Lucy est paresseusement étendue dans un hamac et s’évente. — Johnson lit un journal. — Mistress Bradley travaille é une tapisserie. — Curtis est debout appuyé sur un meuble.)
LUCY
Vous avez beau dire, Curtis, il est au moins très-extraordinaire que Cora ne m’ait pas donné signe de vie depuis quinze jours que nous sommes arrivés à la Nouvelle-Orléans.
CURTIS
Je vous répète, ma chère Lucy, que son père l’a immédiatement emmenée dans sa villa, sur les bords du lac Pontchartrain.
LUCY
Et pourquoi l’emmer sans lui donner le temps de connaître la ville, sans la présenter à mon frère au moins? — Sommesnous menacés d’une épidémie de fièvre jaune? D’ailleurs le lac Pontchartrain n’est pas si loin d’ici, c’est une promenade.
CURTIS
Vous oubliez que M. Gérard n’a pas le temps de se promener, ma chère enfant; à peine est-il remis de sa blessure, et il a de graves affaires à régler.
JOHNSON, interrompant ta lecture.
En vérité, mon cher Curtis, votre insistance à excuser M. Gérard me paraît inexplicable; vous a-t-il fait des confidences que vous ne puissiez nous révéler?
CURTIS
Quelles confidences voulez-vous qu’il m’ait faites?
CORA OU L’ESCLAVAGE
JOHNSON
Que sais-je, moi? — Ce mystère dont il a entouré l’existence de sa fille, cet empressement à la soustraire à la curiosité publique, le jour même de son arrivée, tout cela, vous en conviendrez, laisse le champ libre aux plus étranges conjectures. (s« levant.) Ignorez-vous le bruit qui se colporte depuis quinze jours dans la Nouvelle-Orléans?
LOCY.
Quel bruit?
JOHNSON
C’est que Cora est tout simplement une quarteronne!...
„ LUCY
Une quarteronne!...
(Elie quitte son hamac et s'approche vivement de Johnson.)
MISTRF.SS BRADLEY.
Cela n’est pas possible !
JOHNSON
J'ai repoussé comme vous cette insinuation ! M. Gérard a soutenu avec trop de véhémence et de passion la cause de l’esclavage pour démentir, par une pareille palinodie, les principes de toute sa vie! — D’ailleurs, Curtis ne s’y serait pas trompé. Mais enfin, voilà à quelles calomnies sa conduite l’expose!...