SCÈNE X
CURTIS, GEORGES
GEORGES, s'approchant de Curtif.
Pourquoi ne dites-vous pas la vérité à mistress Bradley ?
CURTIS
A quoi bon? du moment que je ne puis la dire à mademoiselle Gérard. — Car voilà ce qui me ferme la bouche : son
{ ère lui a caché sa véritable origine; elle se croit de race lanche; j’en ai acquis la conviction dans l’entretien que je viens d’avoir avec elle, et je n’ai pas le droit de disposer d’un secret qui n’est pas à moi.
GEORGES
Que comptez-vous faire ?
CURTIS
11 faudra bien en passer par sa volonté ! puisque je ne puis lui donner la seule raison qui l'en dissuaderait.
GEORGES
Et vous craignez que le séjour de la Nouvelle-Orléans ne lui soit impossible ?
Toutes les portes lui en seraient fermées si elle osait y frap- >er. Ce voyage, où ma petite cousine croit voir un gage assuré ['intimité pour l’avenir, est justement ce qui les sépare.
GEORGES
Pauvre enfant! Je conçois votre répugnance à la ramener auprès de son père.
CURTIS
Du moins comprendra-t-il que j’ai cédé à une nécessité impérieuse. — Après tout, c’est à lui de se tirer d’une situation qu’il a faite, et dans laquelle je ne pourrais intervenir, je vous le répète, qu’en livrant son propre secret.
GEORGES
Il me tarde de savoir ce qui en résultera.
COR A OU L’ESCLAVAGE
CURTIS, touriant.
Avouez que si cette belle jeune fille n’avait pas la peau si blanche vous y prendriez moins d’intérêt.
GEORGES
C’est possible. Si juste qu’elle soit, une cause gagne toujours à avoir pour défenseurs la grâce et la beauté.
Défenseurs impuissants auprès de certains juges!... — Vous pourrez vous en convaincre si, comme vous me l’avez fait espérer, vous venez bientôt à la Nouvelle-Orléans.
GEORGES
J’y arriverai peu de jours après vous.
CURTIS, lui terrant la main.
Au revoir, donc !
GEORGES
Au revoir! (curtu t’cioipie.) Je ne m’en défends pas; j’éprouve une profonde sympathie pour cette adorable créature, qu’un stupide préjugé va exposer au mépris et aux injures! (Prenant t«
bouquet initié par Cora tur la contole.) N’eSt-Ce pas là SOn bouquet? —
Oui, je le reconnais à cette petite fleur bleue ! — Voilà un larcin que j’ai bien envie de commettre, (n détache une fleur du bouquet et te replace tur la contoie.) Ce sera pour parfumer mon portefeuille t...
(Il s'éloigne. — La toile tombe.)