SCÈNE III
JOHNSON, KRAIG, LUCY, Mistress BRADLEY, Mistress KRAIG,
puis MÉALA.
KRAIG.
Savez-vous que votre cousin est un homme dangereux, mon cher monsieur Johnson? car il n’y a pas à se méprendre sur le sens de ses paroles: l’ironie en est assez transparente! C’est en France qu’il est allé chercher ces doctrines subversives et antisociales 1
JOHNSON
Bon! Curlis est un fou qu’il ne faut pas prendre au sérieux ! Voilà quinze ans qu’il me rebat les oreilles de ses déclamations ridicules. J’ai pris le parti de le laisser dire et de ne plus lui répondre.
S’il s’en tenait aux déclamations, passe! Mais la démarche qu’il a fait faire à votre sœur a plus de gravité.
JOHNSON
Cela me contrarie vivement, je l’avoue.
LUCY
Que fera M. Gérard enfin?
JOHNSON
Mon Dieu! il renverra sa fille en Europe, et tout sera dit.
MISTRESS BRADLEY
II vaudrait mieux qu’il pût y retourner avec elle.
KRAIG.
Pour cela, madame, c’esl plus difficile; car vous savez sans doute que M. Gérard est aux trois quarts ruiné; à ce point qu’il a été obligé do manger deux ou trois nègres depuis six mois!...
MISTRESS BRADLEY, épourunlée.
Manger des nègres!...
JOHNSON, liant*
Rassurez-vous, ma tante : on entend par manger un nègre le vendre, pour rétablir l’équilibre entre les recettes et les dépenses (t). Le fait est que Gérard est notre débiteur, à M. Kraig
(1) Hildretfa.