‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 25 sur 96 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

JOHNSON, KRAIG, GÉRARD.

GÉRARD

Bonjour, monsieur Johnson. (A P «r«Tsni Kraig.) Ah! monsieur Kraigi... je suis heureux de vous rencontrer; car l’affaire dont j’ai à entretenir M. Johnson vous regarde comme lui.

JOHNSON; offrant un siège à Gérard.

Asseyez-vous, monsieur.

(Gérard s’assied, ainsi que Johnson et Kraig.)

Il y a longtemps que vous êtes en ville?

GÉRARD

J’arrive seulement; j’ai dû passer trois jours à Bringiers, où l’on m’avait donné avis que je retrouverais quelques-uns de mes esclaves, partis marrons.

KRAIG; à part.

Il ne sait rien encore !

GÉRARD

Des raisons sérieuses, messieurs, me déterminent à hâter, coûte que coûte, le règlement définitif de mes affaires. Je suis

sur le point de conclure un arrangement avec la maison Richardson de New-York. Elle désintéressera mes créanciers et enverra sur ma plantation un administrateur, réserve faite en ma faveur d’une part déterminée dans les bénéfices. Si la plantation est bien dirigée, quelques années suffiront à l’amortissement de ma dette, et je pourrai vendre alors dans des conditions favorables. C’est pour me faciliter cet arrangement, dont les pourparlers exigeront encore quelques semaines, que je viens vous prier de reculer à deux mois l’échéance que nous avions fixée à demain.

Encore un délai, monsieur !

GÉRARD

Je vous fais juge de ma situation, monsieur Kraig: si je vends en ce moment, c’est tout au plus si je pourrai solaer les cent mille dollars que je vous dois et les cinquante mille que je dois à M. Johnson.

KRAIG.

Celte situation est certainement digne d’inlérôt, monsieur; mais enfin les affaires sont les affaires. Avez-vous songé que les relations se tendaient de plus en plus entre le Sud et le Nord? Telles complications peuvent survenir qui compromettraient singulièrement nos créances.

GÉRARD

En quoi donc? Ces créances ne sont-elles pas hypothéquées sur mes propriétés? Vous aurez toujours la ressource d’une vente judiciaire. Permettez-moi de m’étonner, monsieur Kraig, que ce soit vous qui me suscitiez ces difficultés; car ma dette envers vous n’est, en défiuitive, qu’un héritage sur lequel j’étais loin de compter.

KRAIG.

M. de Marsay n’était-il pas votre associé, monsieur? et à ce titre...

GÉRARD

Je le sais, et j’ai dû faire honneur à ses engagements; mais enfin, je devais croire, d’après ses lettres, qu’il vous avait payé ; sa mort malheureuse m’a placé vis-à-vis d’un déficit que j’éiais loin de prévoir, et qui a été le commencement de ma ruine.

KRAIG.

Que voulez-vous! M. de Marsay était joueur, fastueux, prodigue; il n’est pas étonnant...

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