ACTE DEUXIÈME
GÉRARD
Trêve d’oraison funèbre, je vous prie; M. de Marsay a été mon ami en même temps que mon associé, et s’il a été coupable d’une faiblesse en me cachant l’abîme où il m’entraînait, )e la lui pardonne.
KRAIG.
Bill, que vous avez connu, monsieur, Bill, le négrier, assislait avec moi à ses derniers moments; et s’il n’avait quitté le pays, son témoignage...
GÉRARD
Mais je ne mets pas en doute la validité de votre créance, monsieur Kraig; siM. de Marsay vous avait payé, il est évident que j’aurais retrouvé votre quittance ; je n’ai invoqué ce souvenir que pour faire valoir mes droits à obtenir de vous, plus encore que de M. Johnson, les facilités que je vous demande.
(Johnson se lève. — Gérard et Kraig se lèvent après lui.)
JOHNSON
Pour ce qui me regarde, monsieur, je souscris volontiers aux conditions que vous nous proposez, et je ne comprendrais pas, je l’avoue, que M. Kraig usât de plus de rigueur.
KRAIG.
Aussi n’en userai-je pas, monsieur Johnson ; mais, forcé de recourir moi-même à un emprunt onéreux, je demanderai à M. Gérard quelques petites modifications dans le règlement des intérêts.
GÉRARD
Soit!
JOHNSON, k part.
Usurier!...
KRAIG.
Vous dites?...
JOHNSON
Je dis, monsieur Kraig, qu’on a eu raison de définir le Yankee la fourmi travailleuse de l’Amérique (1); vous en offrez le plus parfait modèle, (a Gérard.) Voulez-vous passer dans mon cabinet, monsieur?
GÉRARD
Je vous suis, monsieur Johnson, et je vous remercie de la bonne grâce que vous avez mise à m’accorder ma demande.
1) Michel Chevalier.
COR A OU L’ESCLAVAGE
KRAIG, à part.
C’est-à-dire qu’il ne me remercie pas, moi!...
GÉRARD
Devrai-je aller vous rejoindre chez vous, monsieur Kraig?
KRAIG.
J’y serai dans une heure, monsieur!
(Johnson et Gérard sortent par nue des portes latérales.)