SCÈNE VIII
GEORGES, LUCY, Mistress BRADLEY. JOHNSON, P m. MÉALA.
LUCY
Mon cher Williams, je te présente M. Georges Bessières.
JOHNSON
Vous n’êtes pas un inconnu pour moi, monsieur; ma tante et ma sœur m’avaient annonce votre prochaine arrivée à la Nouvelle-Orléans et m’avaient dit quelques mots du motif qui vous y amenait.
GEORGES
A vrai dire, monsieur, je crains que ce motif ne m’y rende l’objet de préventions fâcheuses; mais la conviction où je suis que je puis rendre service à l’industrie des planteurs et à l’humanité me donne le courage d’alTronter tous les obstacles.
, JOHNSON
Je ne vous dissimule pas, monsieur, que l’important est d’insister sur le côté économique de la question, car vous n’ignorez nas sans doute que les noirs ne sont pour nous que des machines toutes faites auxquelles nous hésiterons toujours à substituer des machines moins dociles et surtout plus coûteuses.
GEORGES
C’est un point de vue qu’il me sera difficile d’adopter, monsieur; mais, à défaut d’un mobile plus noble, je prendrai l’égoïsme des hommes pour auxiliaire.
MÉALA, «nlnmt en teint.
Je prie monsieur de m’excuser; mais il y a là une personne qui veut voir mademoiselle et qui prétend se nommer mademoiselle Gérard.
(Georges fait an mouvement. — Mistress Bradley se lève.)
JOHNSON
Pardieu! c’est trop fort! — Voilà à quoi son père nous expose en ne lui révélant pas le secret de sa condition !
LÜCT.
Que faire?
JOHNSON
Tu le demandes? — C’est bien simple pourtant ; je m’en rapporte à Méala. (s. tournant «« Méaia.) Que penses-tu que soit cette demoiselle?... Parle.
MÉALA.
Mais, monsieur... il m’a bien semblé... malgré la blancheur de sa peau... que. .
JOHNSON
Que c’était une quarteronne comme toi, n’est-ce pas? (niai» fail un „ gne d'assentiment.) Eh bien! crois-tu que ta maîtresse puisse la recevoir publiquement?
MÉALA.
Oh! monsieur 1..
JOHNSON
Cela suffit!... Tu peux le lui dire!...
GEORGES
Pardon monsieur 1 — J’ai eu l’honneur de parler une fois à mademoiselle Gérard chez mistress Bradley, votre tante. — Me permettrez-vous de lui épargner une injure dont je croirais devenir le complice en la tolérant? C’est moi qui me charge de lui porter votre réponse et d’excuser miss Lucv.
JOHNSON
Mais, monsieur...
GEORGES
Croyez que je regrette de reconnaître si mal un accueil qui vivement touché, mais dont je deviendrais indigne en m’associant à une action légitime de votre part peut-être, mais Qui de la mienne serait une lâcheté. .
ï (Il aalue et sort.)
JOHNSON
Morbleu 1... . . .. .
(Méala sort sur nn geste de Johnson.) LUCY.
Ma tante!... avez-vous vu comme il est devenu pâle!.». J’ôn suis sûre, il l’aime!...