‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 42 sur 96 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TOBY

J’ai promis, maîtresse!... j’ai juré!...

COHA.

Ne m’as-tu pas dit que tu m’aimais? — Eh bien! prouve-le! Quelle est ma mère?...

TOBY

Votre mère... Non, je ne peux pas!...

COBA.

Je veux que tu le dises!... Tu entends! je le veux!... je le veux!...

TOBY

Votre mère... se nommait Francilia!

CORA, poussant un cri étouffé»

Ail !.«• (Elle se cache la léle entre les mains; après ua silence.) Ht j igllOFO-is

jusqu’au nom de ma mère!... Francilia!... Voilà doue le mot de toute ma vie?... Hélas ! elle est morte, n’est-ce pas?

TOBY

Oui, maîtresse!

COBA.

Morte loin de sa fille, à qui l’on n’a pas même permis de la pleurer!

TOBY, m relersnt.

Dieu soit loué! puisque vous ne la maudissez pas!...

COBA.

La maudire, Toby !... Ah ! je voudrais l’embrasser... (se jeunt «a cou de Tobj.) Tiens! comme je t’embrasse!

TOBY, se dégageant de l’étreinte de Cora. ,

O Dieu!... y pensez-vous? moi! un mulâtre!...

CORA

Eh bien! est-ce que le môme sang ne coule pas dans nos veines? — Allons! parle, Tohv! fais-iuoi connaître ma mère! — Tu le vois! je suis calme ! je peux t’entendre !

(Elle s'assied en serrant les deux mains du Toby dans les siennes.) TOBY.

Elle avait quinze ans quand le marchand d’esclaves l’amena sur celte habitation; c’était une quarteronne, belle comme vous, maîtresse, quoique son teint fût moins blanc que le vôtre !

(Dégageant sc 3 mains de celles de Cora.) Elle avait dépais chc\CU\ Iloil'S,

de grands yeux bruns dont je retrouve dans vos yeux le regard doux et profond! Elle fut d’abord employée au service de ma-

X CORA Ol’?L"feSC LAVAGE.

daine Gérard. Elle était alors insoucieuse et gaie!... toujours une folle chanson à la bouche!... Je la vis et j'osai l’aimer! — Ce temps fut le plus heureux de ma vie! car, elle aussi, elle m’aima!... Insensés que nous étions! l’esclave a-t-il le droit d’aimer, lui qui ne s’appartient pas à lui-même 1 Un jour, Franciliadut partira vec ses maîtres pour Saint-Louis, où ils allaient passer quelques semaines; je n’étais pas du voyage. En me quittant, elle me laissa cet anneau d’argent que je porte au doigt! — Je voudrais vous le donner, maîtresse; mais j’ai juré de le garder jusqu’à la mort. Quand Francilia revint...

COEA.

Parle !

TOBY

Ne l’accusez pas, au moins !... Vous ignorez ce qu’est pour les blancs une quarteronne, une esclave, soumise corps et âme à leurs volontés! la résistance môme n’est-elle pas un crime? — Quand Francilia revint, votre père en avait fait sa maîtresse, (cor* mft m m*in devant tet jeui. ) Elle me l’avoua en pleurant ! — Ce qui se passa alors en moi fut terrible ! — Le sang m’afflua au \isage!... je sentis battre violemment les artères de mes tournes !... j’étais comme un homme ivre!... Si en ce moment M. Gérard avait paru devant moi!... — Mais l’habitude de souffrir apprend vite à l’esclave la résignation! Cette première fureur passée, je sentis toute mon énergie m’abandonner et je pleurai avec Francilia notre bonheur perdu! — Hélas! la pauvre enfant ne riait plus! ne chantait plus! — Quand vous vîntes au monde cependant, elle sembla se rattacher à la vie, et moi, reportant sur vous toute la tendresse que j’avais eue pour elle, — pardonnez-moi, mademoiselle Cora! — je vous aimai comme si vous aviez été ma fille!

CORA, lui «errant la main.

Toby !...

TOBY

Mais elle!... oh! comme elle vous aimait!... de l’amour de toutes les mères! et aussi de cet amour d’une esclave qui sait que son enfant n’est pasàelle, est esclave comme elle... et qui n’ose s’endormir auprès de son berceau, car on enlève les enfants pendant le sommeil des mères, et quand elle s’éveillera, le berceau peut être vide !

CORA

Oh!...

TOBY

Tel n’était pas le sort dont vous étiez menacée, cependant !

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