BRADLEY
Tenez, Curtis! vous n’avez pas de sensibilité !
CURTIS
J’avoue que je ne suis pas un héros de roman. De quoi s’agit-il, après tout? Vous avez deux neveux et une nièce; ces deux neveux sont associés; l’un d’eux est le frère de cette nièce et l’autre est son cousin; vous avez combiné dans votre tête
CORA OU L’ESCLAVAGE
3 ue le cousin épouserait sa cousine et que n’ayant pas d’enfant u regrettable M. Bradley, votre défunt époux, vous les institueriez vos héritiers; tout le monde s’est prété de bonne grâce à cette combinaison et le mariage a été résolu... Que voulezvous de plus?... Il n’y a pas besoin de sensibilité pour conclure cette afl'aire-là! N’est-ce pas, monsieur Bessières?
MISTRESS BRADLEY
Je n’ai rien à répondre; vous êtes incorrigible...
CÜRTIS.
Me pardonnerez-vous au moins quand je vous dirai que nous exécutions avec monsieur une charge à fond de train contre l’esclavage? car vous ne savez peut-être pas que M. Bessières est un abolitioniste enragé, aussi enragé que vous, ma chère tante...
MISTRESS BRADLEY
Comment osez-vous parler de l’esclavage, vous qui en vivez? Croyez bien, Curtis, que si ce n’était pour reconduire Lucy à son frère et assister à son mariage, je n’aurais jamais mis le pied dans votre pays maudit de Dieu!...
CÜRTIS.
Songez au contraire, ma tante, que vous pourrez y servir utilement vos idées...
MISTRESS BRADLEY
Comment cela, s’il vous plaît?...
CÜRTIS.
. En achetant quelque mulâtre de bonne apparence que vous emmènerez à New-York, votre ville natale, pour l’y épouser en secondes noces!
MISTRESS BRADLEY
Quelle horreur!
CURTIS, riant#
Ah ! voilà de mes abolitionistes du Nord ! Les dames n’ont pas le courage de leur opinion...
MISTRESS BRADLEY
Vous êtes sceptique !...
(Elle vent s'éloigner.)
CÜRTIS.
Pardon, ma tante; encore un mot ! M. Bessières me demandait tout à l’heure le nom d’une charmante personne que nous regardions danser: pouvez-vous nous le dire?...