SCÈNE II
GEORGES, CL'RTIS.
* GEORGES
Vous savez sans doute ce qui ui’est arrivé l’autre jour chez M. Johnsou?
CL'RTIS.
Il m’en a dit deux mots. Vous vous êtes fait le chevalier de mademoiselle Gérard? — La pauvre enfant n’a rien dû comprendre à votre intervention!
GEORGES
Je me suis borné à lui transmettre quelques paroles d’excuse auxquelles j’ai bien vu qu’elle n’ajoutait pas foi!...
CURTIS
J’ai vu son père hier matin, pour décliner toute responsabilité dans cette affaire. — Elle ne savait rien encore.
GEORGES
J’ai peur qu’il n’en soit pas de même aujourd’hui, (on enten
on coup de sonnette.) — Qu’eSt-Ce que Cela?
CURTIS
C’est l’ordre de stoper; nous sommes à la première. escale ; est-ce que vous vous arrêtez là?
GEORGES
Non ; mais je l’attends.
CURTIS
Qui? mademoiselle Gérard?
GEORGES
Un esclave de son père, un nommé Toby, je crois, m’a donné avis qu’elle se rendrait aujourd’hui par le Selma à Iberville, et m’a supplié de l’y accompagner.
CURTIS
A Iberville! pourquoi?
GEORGES
C’est ce que je n’ai pu savoir; il s’est borné à me dire qu’elle pouvait avoir besoin ae la protection d’un ami, et qu’elle monterait dans le bateau à la première station.
CORA OU L’ESCLAVAGE
CÜRT1S.
Celte slation est en effet voisine de la plantation de son père.
GEORGES
Pourquoi ce Toby s’est-il adressé à moi? Je l’ignore.
CU RT LS, nourianl.
Il s’est adressé à vous parce qu’il a deviné que sa maîtt^sse ne vous était pas indifférente, mon cher monsieur Bessières!
GEORGES
J’avoue qu’elle m’inspire une vive sympathie.
CCRTIS, regardant dans la coulisse.
Tenez, voici les passagers qui montent à bord du Selma. — N’est-ce pas elle qui est en noir?
GEORGES
Oui, elle vient de ce côté avec Toby.
CURTIS
Je ne veux pas troubler votre tête-à-téte ; adieu !
(Il serre la main de Georges et s’éloigne en passant derrière la cage de l’escalier. — Nouveau coup de sonnette pour dom.er l'orJre de se remettre en marche. — Cora entre en scène suivie de Toby; elle est vêtue de noir.)