SCÈNE III
CURTIS, seul.
Eh bien! C.urlis? — pour qui trembles-tu? — Voilà deux hommes dont l’un, cédant aux plus nobles élans de son cœur, défend une cause qui n’est pas la sienne; dont l’autre, bon et pitoyable pour tous ceux de sa couleur, n’est pas capable d’un sentiment de justice pour le reste de l’humanité!... Et ces deux hommes qui, sur une terre libre, se tendraient la main, vont s’égorger! et tous deux croient également combattre pour la dignité de l’espèce humaine!... Ü fière Amérique qui te proclames un pays de liberté et d’égalité, sonj-ce là tes derniers arguments? Avec les blancs le duel, avec les noirs le gibet!
Chœur de nègres dons l’éloignement.
La nuit sereine Remplace le soleil,
Et nous ramène La paii et le sommeil !
Cl'RTIP.
Voici les nègres de M. Kraig qui regagnent leurs cases en chantant, preuve évidente qu’ils sont heureux!... Comment ne le seraient-ils pas?... Deux pantalons cl une paire de souliers par an, tout juste assez de nourriture pour ne pas mourir de faim et le fouet à discrétion, n’est-ce pas le plus haut degré de la félicité humaine?
(Il va et vient avec agitation.)
Une voix.
Mon petit négrillon de Guinée est venu;
Dans ma cabane il se repose !
Hélas ! feulant portait, pour être reconnu,
Une veste couleur de rose!...