‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 68 sur 96 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CURTIS, GEORGES

(Curtis sort du pavillon. — Georges lésait.)

GEORGES

Ainsi vous me faites vos adieux, mon cher Curtis ?

CURTIS

Dans trois jours, j’aurais quitté la Nouvelle-Orléans; aussi bien le séjour m’en deviendrait impossible; les deux mois qui viennent de s’écouler ont aggravé la situation ; depuis notre rupture avec les ktats libres, il n’y a pas d’iniquités dont notre malheureuse Louisiane ne soit le théâtre. Le rôle que j’ai joué dans votre duel avec Johnson m’a mis au ban de l’opinion publique, et je m’étonne de n’avoir pas encore été emplumé, sinon brûlé vif, pour la plus grande édification des abolitionistes. En vous quittant, mon cher Georges, je vous recommande une extrême prudence, et je ne serai tranquille que quand vous m’aurez rejoint à New-York, où je vais vous attendre.

GEORGES

Vous m’y reverrez avec M. Gérard et sa fille. Je voulais partir avant eux, dans la crainte que ma présence ne fût pour mon hôte un danger de plus; mais il m’a si vivement exprimé le désir de me voir rester près de lui, que j’ai dû céder à son insistance.

CURTIS, souriant.

Et, sans doute, une autre personne a joint ses prières à celles de M. Gérard, n’est-ce pas?

GEORGES

Oui! uue personne qui sera ma femme, mon cher Curtis. Je l’aimais avant le jour où je me suis battu pour elle; les soins

COR A. OU L’ESCLAVAGE

qu’elle m’a prodigués depuis ont ajouté à mon amour une éternelle reconnaissance. Ce n’est plus seulement sa beauté que j’aime, mais cette finie charmante qui s’est révélée à moi tout entière.

CURTIS

Heureux homme!... vous marchez, comme Alexandre, de conquête en conquête! Assurément je trouve cela fort légitime; mais enfin il ne faudrait pas abuser de vos avantages: est-ce que vous avez un philtre pour vous faire aimer? Vous me ferez plaisir de m’en indiquer la recette.

GEORGES, riant.

A quel propos ces plaisanteries, et de quelles conquêtes parlez-vous?

CURTIS

Au fait je puis vous le dire, et même je dois vous le dire, puisque cette confidence peut atténuer à vos yeux les torts de miss Johnson... Tandis que je me croyais déjà dans la réalité du mariage, ma chère cousine se bâtissait un petit roman dont le héros était un jeune ingénieur français de votre connaissance.

GEORGES

Parlez-vous sérieusement?...

CURTIS

Très-sérieusement! les sentiments de Lucy à votre égard vous expliquent le mouvement de colère qui a été cause de votre malheureux duel.

GEORGES

Croyez, mon cher Curtis, que je suis confus du rôle absurde que cela me fait jouer vis-à-vis de vous; ce qui me console du moins, c’est que votre cœur, autant que je puis me rappeler vos propres paroles, n’était pas intéressé dans la question.

CURTIS

Eh bien 1 c’est ce qui vous trompe, mon cher ami !

GEORGES

Comment?

CURTIS

Oui ! sous mon apparence railleuse et froide, il paraît que j’ai le cœur plus chaud que je me l’avouais- à moi-même; je m’étais habitué à cette nature fantasque, d’où la nonchalance n'exclue pas l'énergie, capable d’une grande action aussi bien que d’une mauvaise, et à qui l’ardeur des extrêmes,

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