‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 73 sur 96 · GEORGES, GÉRARD · texte numérisé non relu

GEORGES, GÉRARD

GEORGES

Qu’arrive-t-il, monsieur ?

GÉRARD

Je suis menacé dans ma vie et dans ma fortune, monsieur Bessières ! Tout à l’heure, dans la rue de Cônti, j’ai failli être massacré ; ce soir, je serai peut-être en faillite. Le paquebot de New-York ne m’a pas apporté ce que j’attendais. Le télégraphe nous peut annoncer d’un moment à l’autre un désastre dont je serai la première victime. Je reste jusqu’au bout pour lutter contre la mauvaise fortune ; mais je dois rester seul. Persistez-vous à me demander la main de ma fille, monsieur ?

J’espère que vous n’en doutez pas ?

GÉRARD

Oui, vous êtes un homme d’honneur! c’est à cet honneur que je la confie ; car il faut que vous partiez avec elle ! Quand il ne suffirait pas pour l’exposer aux violences d’une population furieuse qu'elle fût de sang mêlé, sa condition d’esclave... Ce mot ne vous cause pas plus d’horreur qu’à moi, monsieur! Mais vous savez sans doute que les enfants suivent la condition de leurs mères ; sa condition d’esclave, dis-je, l’exposerait à des dangers plus grands encore.

GEORGES

Ne peut-elle justifier par une possession de dix ans qu’elle a vécu dans un pays libre?

8tJ COKA OU L’ESCLAVAGE.

GÉRARD

Jurisprudence tombée en désuétude et que la cour suprême de la Louisiane ue ratifierait pas aujourd’hui (1)?

GEORGES

Alors pourquoi ne pas l’affranchir!

GÉRARD

L’affranchir 1 — Est-ce que la loi me le permet? — Je ne puis l’afTranchir avant qu’elle ait atteint l’Age de trente ans, à moins de faire approuver mes molifs par le juge de la paroisse et les trois quarts au moins des jurés! — Croyez-vous que ces molifs fussent approuvés (2)? flans un temps où les

F assions n’étaient pas excitées comme aujourd’hui, la qualité 'enfant unique n’a pas été jugée un titre suffisant à l’émancipation (3). — Vous frémissez de voir l’amour paternel impuissant devant les entraves que la loi lui impose!,.. Eh bien! cette loi même est dépassée, et l’affranchissement de Cora ne lui serait pas une sauvegarde. — Il y a deux ans, au mépris des traités internationaux, on lançait deux prises de corps contre votre consul pour avoir recueilli chez lui un nègre, matelot français, qu’il voulait soustraire à de mauvais traitements (4)1 Aujourd’hui on s’empare du noir libre qui pénètre sur notre territoire, et on le vend (a)!

GEORGES

Que faut-il donc faire, monsieur? Parlez!..

GÉRARD

Je vous l’ai dit, il faut quitter la Louisiane. Votre mariage ne peut s’accomplir que dans un état libre! car ici vous ne pourriez épouser Cora sans jurer que vous avez du sang africain dans les veines (6) ! — Voyez votre consul. Obtenez de lui qu’il vous facilite les moyens de partir sans éveiller l’attention publique, et suppliez-le de donner asile à Cora jusqu’au moment de votre départ. — Si un séjour de quinze années en France est compté pour rien par les autorités louisianaises, au moins lui donne-t-il des droits à la protection du consul. Vous descendrez de voiture aux portes de

(1) Hildreth.

(2) Hildreth. — X. Eyma.

(3) Hildreth.

(4J Malespinc.

(S) Malespine.

(6) Mayne-Reid.

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