ACTE QUATRIÈME
conjurer sa ruine; car demain, qu’elle s’accomplisse ou non, il sera libre : ce qui le sépare de moi, c’est la pensée que je ne l’aime plus ! — Maintenant, ie ferai ce que vous m’ordonnerez, mon Georges; me conseillez-vous de l’abandonner?
GEORGES
Vous êtes un ange, Cora; c’est à moi de vous obéir.
CORA
Pourquoi alliez-vous chez votre consul?
GEORGES
Pour aplanir les obstacles qui peuvent entraver notre départ et pour vous confier jusque-là à son hospitalité.
CORA
Eh bien! il faut y aller, Georges, mais sans moi ! — Obtenez notre passage sur un bâtiment français... faites ce que votre sagesse vous conseillera. Je vous promets que nous partirons avec mon père; ce soir vous nous apprendrez le résultat de vos démarches.
GEORGES
Mais si d’ici à ce soir?...
CORA
Que craignez-vous? — La campagne est tranquille, et s’il est vrai que je sois vouée * l’exécration publique, la populace de la Nouvelle-Orléans ne viendra pas me chercher jusqu’ici. — D’ailleurs il ne s’agit que d’une séparation de quelques heures; ce soir nous serons réunis pour ne plus nous quittter. — Ne me dites-vous pas vous môme que l’appui de votre consul est nécessaire à notre salut ?
GEORGES
Vous avez raison; deux mots à votre père, et je pars.
CORA
Non! laissez-moi lui parler; je veux que ce bonheur lui vienne de moi.
GEORGES, lui baisant les mains avec passion.
Je vous adore !
TOBY, entrant en «cène.
La voiture est prête! On y a porté votre manteau, maîtresse. — Vous partez donc?...
CORA
Non; Georges part seul; mais il revient ce soir.
GEORGES
Je la confie à ton dévouement, Toby !...
CORA OU L’ESCLAVAGE
TOBY
Quand je Vous le disais, qu’il y avait un malheur dans l’air 1
CORA
il n’y a pas de malheur, mon cher Toby! tout au plus un nuage qui se dissipera demain. Adieu, mon Georges!...
GEORGES
Je ne crois pas aux pressentiments, Cora, et cependant j’ai le cœur serré en me séparant de vous...
CORA
Est-ce à moi de vous donner du courage ?
GEORGES
Adieii, ma bien-aimée...
CORA
Je veux vous reconduire jusqu’A la voiture...
(Elle prend le bras de Georges et s’éloigne avec lui par l'escalier du fond. — Toby les suit. — Gérard parait sur le seuil du pavillon.)