ACTE QUATRIÈME
KRAIG.
Voire mémoire est en défaut, monsieur Gérard! Votre fille est née sur cette planlalion, de Francilia, votre esclave. M. le shérif en a les preuves entre les mains...
COB A
Eh bien!... que je sois née en France ou à la Louisiane, qu’importe?...
KRAIG.
Puisque M. Gérard ne veut pas vous éclairer, mademoiselle,
c’est à la loi de vous répondre, (n tire un petit livre de $* poche, l'ouvre et m:) « Les enfants des esclaves et les petits des animaux appartiennent au propriétaire de la mère ou femelle, par droit d’accession (I). » En d’autres lermes, M. Gérard est votre maître avant d’être votre père ; vous devenez donc sa propriété ou celle de sesavants droit
COR A, à Gérard.
Entendez-vous ce que dit cet homme? Vous vous taisez?... Oh! Dieu! c’est donc vrai?.-, (a k™?.) Mais que comptez-vous donc faire de moi, monsieur?...
KRAIG.
Hélas! ma chère enfant, vous vendre avec le reste (2)1...
COBA, se jetant dans les bras de Gérard.
Ah!... mon pèfe!...
TOBY, i part.
La vendre!...
GÉRARD
Monsieur Kraigl... tout ce que je possède ne suffit-il pas à payer ma dette?. . Pourquoi cette cruauté inutile? craignezvous que les enchèr s ne soient insuffisantes? Eh bien! je vous le jure! j’emploierai jusqu’au dernier souffle de ma vie à m’acquitter de ce que je vous dois!... Mais, s’il vous reste un sentiment de pitié dans le cœur, ne m’arrachez pas ma fille!...
KRAIG.
(juand je le voudrais, monsieur, la loi me lie les mains... on doit tout saisir !...
GÉRARD
Non ! non ! la crainte d’un conflit avec le consul de France ne peut-elle ^us servir de prétexte? Qui vous le reprochera? qui vous en demandera compte?...
(1) Code noir de la Louisiane.
(2) Récit d’un fait identique dan» le Journal des Débats du 11 mare 1833.
CdRA OU L’ESCLAVAGE.
KRAIG.
Je regrette que vous rendiez M. le shérif témoin de pareilles propositions, monsieur! Oubliez-vous qu’avec mes intérêts je représente ici ceux de M. Johnson?...
CORA
Johnson !... Ah! c’est pour me livrer à lui qu’on veut s’emparer de moi, mon père!...
ERAIG.
Rassurez-vous! la loi exige que les esclaves d’une propriété en faillite soient vendus publiquement (1). Cette vente aura lieu demain. 11 ne tient qu’à M. Gérard de vous racheter s’il trouve la somme nécessaire...
CORA, s'attachant au cou de son père.
Non !... ne m’abandonnez pas ! Je sens que je deviens folle de terreur; souvenez-vous que c’est le bourreau de ma mère!..
GERARD, à demi-voix.
Tais-toi! malheureuse! ne l’insulte pas!...
KRAIG.
J’espère que vous ne nous mettrez pas dans la nécessité de recourir à la force, monsieur?...
CORA, baissant la voix en se serrant contre son père.
Eh bien!... tuez-moi plutôt!... oui, tuez-moi!...
TORY, b»! à Gérard en tirent un couteau de se poche.
Voulez-vous?
GÉRARD, dans le plus grand égarement.
Oh! Dieu!... Dieu clément!...
KRAIG, bas au shérif.
Il faut en finir, monsieur.
(Le shérif donne des ordres & ses agents.)
GÉRARD, repoussant le couteau que lui offre Tobj.
Non! non!... d’ici à demain peut-être!... je verrai Georges! Nous te sauverons !... je te dis que nous te sauverons!...
(Deui agents se sont approchés de Cora et l’arrachent des bras de Gérard.)
CORA
Ah! mon père! mon père!...
(Les agents entraînent Cora et disparaissent par la droite. — Gérard tombe accablé anr an banc.)
(1) Mayne-Reid.