‹ Coraly, ou La soeur et le frère, comédie-vaudeville en un acteChapitre 19 sur 26 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

ROLAND, puis Mad. DE SELMAR.

ROLAND

11 me cargent-la d'une commission... moi ! tête à tête avec elle!... pour la ])remière fois de ma vie!... Kh bien , qu'est-ce que je fais donc? Est-ce que je trend)lerais?.. Oui, morbleu , me voilà aussi bôle que milord!

MaJ. DE SELMAK , (lU foildy il pClVl.

(^est Roland! tant iiiitMix... jo pourrai du moins me conceruîr avcîc lui.

iiOLAivD,/^ saluant respectueuseinent et les^'ant les yeux.

Je suis pour ce que j'en ai dit... voilà une ressemblance... Si ce n'élaii cet air de noblesse et de di^'nilé , que l'autre ne peut avoir... (fiaut) Madame... vous me voyez bien surpris... c'est à dire... non ^ je suis enchanté..- que le hasard ..(à pari) Allons, je ne sais |)lus ce que je «lis. Mad. DE SELMAR, à part.

Quelle diffërcncî !... ce n'est plus le même homme.... ROLAND j prenant un air plus assuré.

Celle maison... que vous venez de loner... appartient à nne personne qui, certainement, ne peut^ sousaucun rapport , et chez laquelle moi... je me trouvais accidentellement.

Mad. DE SELMAR.

C'est bien, monsieur Roland, je vous comprends; mais ce n'est pas la ce qui m'amène : c'est surtout à vous que je désirais parler.

ROLAjvD, avec surprise.

A moi j madame ! ( à part ) Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce qji'elle me veut ?

Mad. DE SELMAR.

Je connais lamitié que vous portez à mon frère; je sais que je parie h un homme d'honneur; et je n'ai point hésité à jn'adresser a vous.

ROLAND

Air d Aristippe.

Que dites-vous ? .... je demeure immobile

Et de surprise et de plaisir ;

Qui? moi! je puis vous t^trc utile !

Parle/., et je cours vous servir.

La roufiance enfin rentre on mon ûmc ; A mes vertus quand vous ajoutez foi , J'y crois aussi, car vous devez, madame , Vous y connaître mieux que moi.

Mad. DE SELMAR.

Apprenez donc ce qui cause tontes mes craintes : mon frère veut épouser Coraly... il le lui a promis.

ROLAND

Je m'en doutais; c'est pour cela que^ depnis huit jours, il évitait ma présence... mais soyez tranquille... il ne l'épousera pas... je me battrai plutôt avec lui.

Mad. DE SELMAR.

Eli non , monsieur , ce n'est pas là ce que je vous demande.

ROLAND

Vous avez raison... L'éloquence et la persuasion... Dès demain matin, je serai chez Edouard...

Mad. DE SELMAR.

Et cette nuit... il part avec Coraly pour l'Angleterre !... Tout est disposé pour leur fuite et pour leur mariage.

ROLAND

Que me dites- vous là ?

Je le sais ; j^en ai les j^reuves : et bien plus, dans ce moment, mon frère est ici.

ROLAND

Cela n'est pas possible!... je l'aurais vu !

Mad. DE SELMAR.

Il y est caché.

ROLAND

Je n'en reviens pas !... Comment se peut-il que vous soyez au fait mieux que moi ?

Mad. DE SELMAR.

Vous le saurez... Voyonls avant tout ce qu'il faut faire... Donnez-moi vos conseils... Je veux m'établir ici , me présenter devant mon frère , et empêcher son départ... Est-ce un ])on moycm ?

ROLAND

Je ne le pense pas... Je crois bien qu'Edouard céderait

à vos prières... pour anjourcrhui... mais domain^ mais après demain... Il faut déiniire le mal dans sa racine.

Mad. DK SELMAR.

El comment détacher Coraly de mon frère ?... car il paraît qu'elle l'aime.

ROLAND

Oh ! pour terminer sur-le-champ cet amour là, il y aurait bien un moyen... un moyen terrible... c'est-à-dire^ rien n'est plus facile...

Mad. DE SELMAR.

Eh bien î... parlez vite !

ROLAND

Je veux dire terrible à expliquer... ce n'est qu'une ruse... d'un instant... dont l'exécution dépend de vous... Mais je suis sur que vous refuserez.

Mad. DE SELMAR.

Enfin, monsieur, voyons ce qui en est... dites-le moi.

ROLAND

C'est que je n'ose pas... vous ne voudrez jamais.

Mad. DE SELMAR.

Eh bien , monsieur , je vous le promets... je promets d'avance.

ROLAND

Eh bien, madame , nous allons voir... Ce serait d'abord de vous mettre a celte table...

Mad. DE SELMAR.

El pourquoi ?

ROLAND

Coraly connaît votre écriture, j'en suis certain ; car elle a entre les mains \m billet de vous , adressé à votre frère... Il faudrait alors écrire la lettre que je vais vous dicter.

Mad. DE SELMAR.

M'y voici... parlez.

Avant tout... je dois vous prévenir que celte lellie ne

restera que dix minutes entre mes mains... au bout de ce temps... je vous promets de vous la rapporter... si toutefois vous avez celte confiance en moi...

Mad. DE SELMAR.

Oui, monsieur, commençons...

ROLAND

C'est à moi que vous écrivez...

Mad. DE SELMAR.

Ah! c'est à... c'est bien...

ROLAND , dictant.

« Mon ami...

Mad. DE SELMAR^ s' arrêtant.

Comment, monsieur !

ROLAND

Je vous ai prévenue que , dans cette lettre , il n y aurait rien de vrai... dans dix minutes vous pourrez la déchirer^ et elle sera comme nulle et non avenue.

Mad. DE SELMAR.

Continuez...

ROLAND

« Mon ami....

Je serais bien ingrate , si je n étais pas touchée de votre tendresse.

Mad. DE SELMAR, s' arrêtant.

Quoi , monsieur !...

ROLAND

Vous voyez bien ^ madame, qric vous vous découragez déjà... j'en étais sûr...

Mad. DE SELMAR.

Non, monsieur... me voilà résignée, et je vous promets de ne plus vous interrompre...

ROLAND

Vous y êtes; nne bonne résolution... je continue: ( dictant ) La conduite de mon frère me décide , et je vous donne ma main.

4o Mad. i)i: SLLMAR, se h^anl.

Vous avez beau diic^ monsieur, je n'(,'enrai jamais ces choses- 1 il...

ROLANI>.

Alors, madame^ c'est que vous n'aime/. i)as votre fièie....

Mad. Dïi SELMAR.

Mais... c'est que...

ROLAIVD.

Pour voire frère !...

Mad. DE SELMAR.

Je l'écris, monsieur... je l'écris...

ROLAND

Ma main vx toule ma fortune... souW^nei ce. dernier mot ^ signez... Hortcnse de Selmar.

'Mad. DE SELMAR, allant se remettre a la table. Eies-vous content?

ROLAND

JU Vadressse... c'est l'essemiel... {madame de Selmar ploje la lettre et la remet à Roland). Maintenant laissez-moi f. irr-, je vous réponds du succès...

Mad. DE SELMAR.

N'oiibliez pas... dans dix minuies.

ROLAND

Je vous promets de la rapporter ; mais je vous demande... une gi Ace... laissez-moi la lire... une seule fois...

( la regardant ) à monsieur Roland Mon ami.... je

vous donne ma main.... oui , c'est bien de vous... c est vous qui l'avez écrite... Ali ! ([uel dommai,e !...du'e que je tiens Ih dans ma main... Adieu, adieu , ujadame , je reviojis dans l'instant. ( Tl s'^f! par la porte h tiauche.)

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