‹ Coraly, ou La soeur et le frère, comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 26 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Mad. DE SELMAR, AAT(M\E.

ANTOINE

Mille pardons de ne pas m'ètre trouvé h l'arrivée de madame... C'est madame qui venait pour voir la maison...

Mad. DE SELMAR.

Oui^ mon ami.

ANTOINE

C'est moi que je suis Antoine ^ le concierge... j^étais à l'auti e bout du village à causer chez le distillateur^ parce que, vous entendez bien , madame, que^ poitier à la campagne, on est isolé... les maisons sont si éloignées!

k\Yi du Menasse de garçon.

C'est le concierge de Courcelles Qu'est notre voisin le plus près; C'est bien gênant pour les nou relies, Et s'il vient quelques p'Iils caquets, On n' sait. . . mille exemples l'attestent , A qui les dire. . . . c'est piquant ! ^' Souvent même , on en fait qui restent , Pour le compte du fabricant.-

Mad. DE SELMAR^ à part.

C'est nn bavard, tant mieux... ( haut ) A qui appartient cette maison ?

ANTOINE

A un ancien fournisseur qui ne l'habite pas^ vu qu'il voyage... alors il s'est déterminé à la louer... je croyais lui avoir trouvé un locataire pour toute la saison, la marquise Dudiey...

Mad. DE SELMAR.

Comment! la marquise Dudiey habitait cette maison î

ANTOINE

Oui, madame... mais il paraît qu'elle veut partir aussi, car elle désire sous-louer le plus promptement possible.

Mad. DE SELMAR.

Et quelle est cette marquise?

ANTOINE

Pour ce que c'est de ca, madame, ça vous paraîtra incroyable, impossible; mais s'il faut dire li vérité...

Mad. DE SELMAR.

\i\i bien î

ANTOINE

llh bien ! je n'en sais rien.

lO Mad. DE SELMAR.

Tii n'en sais rien?...

ANTOINE

Non, madame... et pour «in concierge... c'est humiliant à avouer! Mais, auiant qu'on en peut juger, elle est liche^ et ne lient pas à l'argent... car elle .1 loué cciie maison, et n'y est venue que trois ou quatre fois... Ils étaient toujours sept ou Iniir personnes à dîner... de la gai?c, deséclais d.rire, des bouchons qui sautaient... c'est tout ce qu'on eniendait de l'antichambre : j'ai voulu parler aux domestiques; ah bien om\ yes...jes...ja...ja...\o\V:;i tout f p que j'en obtenais... Je ne sais pas où ils ont été élevés... et ici^en leur absence, pas une femme de chambre, pas un petit jockei ; enfin, madame, aucun moyen d'instruction, et l'on en est réduit aux conjectures... Mais je viens de voir sortir un jeune homme qui aurait pu vous donner des renseignemens positifs, car c'était un ami de la maison.

Mad. DE SELMAR.

Que dites- vous ? comment! Edouard, mon frère !

ANTOINE

C'est le frère de madame !

Mad. DE SELMAR, u part.

Je ne m'étonne plus maintenant de son trouble , lorsque je lui ai proposé d'entrer dans ct^tte maison. ( haut ) Et vous dites que la marquise doit partir... Antoine.

Je le présume , madame... d'abord elle fait sous-louer ; ensuite il y a , à l'auberge du Charriot-d'or, une femme de chambre à elle.

Mad. DE SELMAR.

On pourrait la faire causer...

ANTOINE

Je l'ai déjà fait, madame... elle n'est point au service de la marquise... mais elle doit y entrer aujourd'hui... Mad. de selmar.

La belle avance î...

ir

ANTOINE

Elle a une lettre de recommandation , et doit accompagner madame en voyas^e... c'est pour cela qu aujourd'hui elle l'attend à JNeuilly ; car il paraît que madame va venir...

Mad. DESELMAR, à part.

Tout ce que j'entends redouble mon inquiétude et ma curiosité. ..^TMais à quelque prix que ce soit^ je veux pénétrer ce mystère... {haut) Mon ami, je loue cette maison... puisqu'on peut y entrer de suite ; j'y viendrai demain... après demain... (à part) peut-être aujourdliui. {haut) En attendant ( lui donnant une bourse), voici des arrhes; dès ce moment, tu n'es plus au service de la marquise , mais au mien.

ANTOINE, Cl part y prenant la bourse.

Celle-ci est au moins une duchesse.

Air ; Un homme pour faire un tableau.

Ces façons-là sont de mon goût ; C'est rdouble du prix ordinaire.

Mad. DE SELMAR.

Des soins. . • du silence surtout !

ANTOINE

Comment ! il faut encor me taire...

Des portiers de bonne maison Madame connaît les usages. . .

J'aim' mieux parler à discrétion , Et qu'on l' rabatte sur mes gages.

Mad. DE SELMAR.

Eli non, ce n'est que pour aujourd'hui... Mais qui vient là ?

ANTOINE , regardant h gauche.

Encore deux autres messieurs qui viennent souvent... ils sont entrés j)ar la petite porte du parc... ou bien, ils auront franchi la haie.

Mad. DE SELMAR.

Je ne veux pas qu'ils me voyent...(rV/7û5r^) Celte femme de chambre qui est à Neuilly... quelque hasardée que soit

c(Mto rlcmarclie , c'est le sfiul moyen rie m'instruire... (// Ànloine , qui reç^arde toujours, par la porte latérale , les personnes qui arrivent) Partons vite... je i'cxpli(|iicrai mes projets , et ce que j'attends de ton zèle.

( Ils sortent par le fond. )

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