SCÈNE IV
ROLAND , Lord GUINSBOLRG.
ROLAND , entrant le premier.
Eh bien ^ milord , entrez donc... n'ayez pas peur... c'est moi qui vous présente, je suis toujours invité.
GUINSBOURG.
Me voici donc chez elle... je été tout tremblant.
ROLAND
J'étais venu ce matin à pied , en philosophe, par de-là la barrière de l'Etoile; et me trouvant près de Neuilly, je suis entré ici un instant , en ami de la maison. Mais que diab'e f,iisiez-vous donc en dehors, à la porte du parc, à regarder les murs en soupirant ?
GUINSBOURG.
C'est que, voyez-vous, messie Roland^ je été amoureux... véritèble; et miss Coraly^ elle rendait moi malheureux beaucoup.
ROLAND
Vous n^ôtes pas le seul... Coraly est charmante... vivi* , aimable^ spirituelle... De toutes les nymphes de l'opéra , c'est la plus séduisante et la plus sage... et c'est là \o m.il; parce que voyez-vous^ milord, je m'y connais, quand elles sont sages... c'est plus rare , mais c'est plus dangereux.
GUINSBOURG.
Pourquoi donc ?
ROLAND
Parce qu'au lien d'être un caprice , cela devient une passion.
GUINSBOURG.
Vous n êtes donc pas ^ vous , dans le sensibilité ?
ROLAND
Jamais... par goût et par état... Je suis né sur mer à bord d'un vaisseau... je n'ai jamais quitté mon père , un brave marin... le capitaine Roland^ qui, plus d'une fois , milord, a parlé de près à vos compatriotes..* A sa mort ^ tout a été fini pour moi ; j'ai dit adieu à la gloire... j'ai réalisé sa fortune , et suis venu avec quarante mille livres de rentes m'établir à Paris... où je vis en philosophe ; et ce n'est pas comme tant d'autres, une philosophie d/emprunl... celle-là est à moi... je l'ai bien payée... vingt mille livres de rente , ou à peu près. Mais, c'est égal ; il m'en reste encore autant^ et c'est plus qu'il n'en faut pour obliger un ami^ ou pour lui donner un bon conseil... car je no suis pas égoïste... et quand je vois quelques imprudens qui veulent se lancer sur mes traces...
Air du Pot de Jleurs.
A leur jeunesse , à leur audace extrême 9 Par mes leçons, je montre le danger;
Sans cesse m'y trouvant moi même ,
Mieux qu'un autre j'en puis juger:
Trop souvent battu par l'orage,
Je suis , à leurs yeux attentifs , Ainsi qu'un phare au milieu des récifs ;
J'éclaire , et sauve du naufrage.
Aussi, je suis adoré de mes élèves.
GUIJVSBOUllG.
Je croyais bien.
ROLAiVD.
L'autre jour , j'ai tenu mon cours chez f^érj , où je leur donnais à dîner... A table, on professe bien mieux... En sortant de classe ^ ils étaient tous gris , parce que , voj^ez-vous^ ma sagesse n'a rien d'austère ; je suis bon enfant, bon convive ; je fais marcher de front la philosophie et le vin de Champagne... Aussi, dans les boudoirs^ dans les foyers de l'Opéra, je suis partout bien reçu; mais sans façon , sans conséquence , eu amateur... On sait
qu'avec moi, il n y a rien h faire... Comme BoLud, mon patron, je suis maintenant invulnérable.
GUlNSBOUnO.
Eh bien, mon ami , vous étiez plus heureux que moi , qui été blessé beaucoup dans le cœur !
Ah ça , où en êtes-vons donc de vos amours ?
GTJlNSBOUr.G.
Eh bien, mon ami, je avais parlé de mon passion et de mon fortune... et elle avait mis moi a la porte.
HOLAND.
Et c'est la , en effet, que je vous ai trouvé.
GUINSBOURG.
Air du Piège.
Pourtant , je offrais à genoux Deux ou trois millions d'opulence Que je avais gagné chez vous.
HOLAND.
Au fait. . . c'est juste ; quand j'y pense , Franchement ces éti;angers-là Sortiraient trop d'argent de France , Si nous n'avions pas l'Opéra Qui vient rétablir la balance.
GUINSBOURG.
Croyez-vous, mon ami . cp.'elle voulait être IMilady Guinsbourg ?
ROLAND
Vraiment ?
GUINSBOURG.
Yes, Milady Guinsbourg... vtinment..
ROLAND
C'est bien!.... C'est dans les grands principes Mais
cnrtsl-ce que cela vous fait, à vous autres Auglais^.. Vous n'y tenez pas!... Les gazettes de Londres nous annoncent tous les jours de pareilles alliances.
GUINSBOURG.
Yes.... mais ce était toujours par capital ition ^ dans le dernière extrémité; et, en attendant, je venais ici pour le espionnage; car, voyez-vous, je soupçonne un petit Française , monsieur Edouard, de me mystifier, moi.
ROLAND
Qu'est ce que vous me dites-là? c'est pour Edouard que Coraly vous congédie ?
GUINSBOURG.
Je en ferais le gageure.
ROLAND
Est-ce quelle aurait sur lui des vues sérieuses ? Un
instant^ je ne le souffrirai pas...
GUINSBOURG.
Oh, mon ami! mon cher ami!... quel service!
ROLAND
Ne m'en remerciez pas!:.. Ce n'est pas par intérêt pour
vous... mais pour lui Edouard est un aimable garçon
que j'ai pris en amitié... Et puis il a, à mes yeux ^ un talisman qui le protégera toujours, une sœur, madame deiSelmar...Si vous la connaissiez! c'est la beauté, c'est la vertu même... Aussi , moi... mauvais sujet , je n'en parle jamais qu'avec vénération.
GUINSBOURG.
Quoi, mon ami !... vous qui disiez vous invulnérable !
ROLAND
Pas de ce côté là!... c'est bien différent!., c'est le sentiment le plus pur, une adoration mêlée de respect: enfin deux ou trois fois^ je me suis trouvé près d'elle... et je n'ai seulement pas osé lui adresser la parole.
GUINSBOURG.
Vous ! un petit téméraire ! audacieux auprès des dames !
ROLAND
C'est selon... mais dans le monde ça n'est plus ça... dès que j'entre dans un salon ^ que j'adresse la parole à une
Comme y je perds cciii pour cent de mon méiite... je ni'intiniidiî, je deviens franche ; je suis comme vous daii'» les coulisses de rOpcra; j'ai 1 air d'un étranger qui
ne sait pas la langue du pays.
GU^^SB0URG.
Ecoulez vous... je hâve entendu le voiture... dans le roulement.
ROLAND
C'est vrai... c'est Cornly.
GUINSBOURG.
Quel était le messier qui liii donnait la main ?
Vous ne connaissez pas... c'est un danseur de TOpéra... monsieur Toulon... ce n'est ])as dangereux... Eli bien! qu'avez-vous donc? vous tremhlez !
GUINSBOURG.
C'est qu'elle allait venir ^ elle-même.
ROLAND^ à part.
Est- il befcel
GUINSBOURG.
Et qu'elle avait défendu moi de paraître.
ROLAND
Soyez tranquille^ restez h cause d'Edouard , je
veux savoir ce (<iii eu est...^^Ne vous montrez pas d'abord j je me cliarge du raccommodement.
GUINSBOURG.
C'était bien, c'était bien... je sauver moi (// entre dans le cabinet à gauche , Roland remonte la scène),