RUE DE TOURNON, 6 IQ
Cordoue ïue de
Les monuments des villes d'Andalousie appartiennent à trois périodes d'art : romaine, arabe et chrétienne. L'époque intermédiaire est de beaucoup la plus intéressante. En effet les vestiges d'art romain découverts à l'intérieur et aux environs de Séville et de Cordoue ne sont pas très remarquables. De même les œuvres d'art exécutées par les Chrétiens sur le sol andalou après l'expulsion des Maures ne peuvent nous retenir plus d'un instant. Toutefois les cathédrales de Séville et de Grenade comptent parmi les plus remarquables constructions chrétiennes soit gothiques, soit Renaissance, Quant {i l'art arabe, c'est sur la terre espagnole qu'il a fait pousser sa plus exquise Horaison et jamais jusqu'à présent il ne s'est pré-
sente ni en Afrique ni en Asie sous un jour aussi caractéristique et aussi éclatant que dans les villes d'Andalousie dont nous avons entrepris la description.
A vrai dire il ne reste que peu de chose de cette ancienne splendeur. La plupart des palais et des mosquées qui, décrits par les poètes et les historiens arabes, nous font penser aux pays enchantés des Mille et une Nuits, ont presque totalement disparu ; et, si quelques-uns des plus beaux restes du passé n'étaient point demeurés pour nous en certifier l'exactitude, nous serions tentés de mettre au nombre des contes et des fables les relations arabes sur les cités andalouses.
Les trois villes auxquelles notre travail est consacré contiennent les monuments de beaucoup les plus célèbres qu'ait jamais produits la civilisation arabe. La mosquée de Cordoue, l'Alhambra de Grenade, l'Alcazar et la Maison de Pilate à Séville suffisent à ressusciter toute la splendeur indescriptible et féerique de l'Andalousie maure. Même dans leur état de ruine et de mutilation, rien qui leur soit contemporain ne peut leur être comparé. C'est là une preuve du haut degré de culture auquel avaient atteint les Arabes à un moment où, si l'on excepte l'éclat de Constantinople réchauffée par les derniers rayons du soleil grec qui déclinait, presque toute l'Europe était plongée dans la barbarie.
Ce n'est qu'en Espagne que nous pouvons faire connaissance avec cette superbe époque. En eifet les constructions mahométanes du nord de l'Afrique et de l'Asie occidentale ou bien témoignent, comme Constantinople, Jérusalem et le Caire, d'un style tout différent; ou bien ne peuvent, comme le Maroc, la Tunisie et l'Algérie, se mesurer même de loin en grandeur et en éclat avec les monuments andalous. Quant aux deux périodes romaine et chrétienne qui suivent celle de l'art arabe en Andalousie, on peut les étudier ailleurs de plus près et plus complètement. Elles ont été du reste tellement approfondies et sont si connues qu'il n'y aurait rien de nouveau à signaler sur ce sujet. Aussi avons-nous pensé qu'il convenait de consacrer notre étude surtout à l'art arabe, qu'il s'agisse de monuments élevés sous la domination des Maures ou de ceux qui après l'anéantissement de l'Islamisme subirent l'influence arabe.
Car c'est une lourde et fréquente erreur de croire qu'avec l'Islamisme l'art arabe disparut d'Espagne. La plupart des édifices construits en Andalousie après l'expulsion du Mahométisme sont complètement imprégnés d'influence arabe et la chose alla si loin dans les premiers siècles que les Chrétiens ne renoncèrent pas à employer l'écriture arabe comme motif ornemental. On en trouve la preuve dans la portion de l'Alcazar
élevée sous la domination chrétienne, dans la Maison de Pilate et dans d^autres monuments encore. Bien plus, le style arabe en se mariant tantôt au style gothique, tantôt au style Renaissance, comme on le voit dans le style appelé Mudejarj aboutit à créer de nouvelles formes, gracieuses et originales. Même jusqu'à nos jours l'influence arabe se fait à chaque pas sentir en Andalousie. La maison andalouse moderne rappelle beaucoup plus l'ancienne maison arabe que n'importe quelle maison de Paris ou de Berlin ne rappelle une habitation française ou allemande du IX® siècle. On peut retrouver aussi sur les mœurs et sur les coutumes, sur la poésie et même sur les costumes des Andalous d'aujourd'hui la marque de leurs prédécesseurs musulmans. C'est là chose naturelle car ces Chrétiens convaincus qui appellent leur patrie la c Terra de Maria Santisima » et vouent à la sainte Vierge le culte que l'on sait, sont pour la plupart, quoiqu'ils s'en défendent, les purs descendants de ces Infidèles haïs.
Quand s'instituèrent les cruelles persécutions contre les Mahométans, Séville et Cordoue étaient depuis des siècles au pouvoir des Chrétiens et beaucoup de Musulmans avaient, au cours de ces longues années, abjuré leur foi et reçu le baptême. La petite minorité restée fidèle aux croyances ancestrales avait abandonné le territoire chrétien pour se fixer à Grenade, dernier rempart de l'Islamisme. Mais lorsque Grenade elle-même fut conquise par les « reyes catolicos » et que les persécutions commencées une dizaine d'années plus tard aboutirent en 1609 à l'extirpation intégrale de Tlslamisme, la grande majorité des Mahométans abjurèrent leur foi tandis qu'une faible partie gagnèrent l'Afrique par la route qui jadis avait amené leurs pères en Espagne. Mais comme c'était et que c'est encore une honte de descendre des Infidèles, les Andalous se vantaient et se vantent encore d'être « cristanos viejos » et aucun d'eux ne veut reconnaître pour ancêtres les Arabes auxquels ils ressemblent pourtant de façon si évidente.
Quoique nous ayons réservé à l'art arabe la place la plus considérable dans notre étude, nous avons cependant touché, mais forcément très vite, aux œuvres romaines et chrétiennes les plus importantes, de manière à ne rien négliger de remarquable. Enfin nous avons cru devoir consacrer un court chapitre aux spectacles populaires qui, dans les villes andalouses, ravissent les cœurs d'artistes et dont la beauté est unique au monde. Les danses andalouses si gracieuses, les scènes si colorées des courses de taureaux, les reluisantes processions n'appartiennent pas en propre au domaine de l'art plastique ; mais c'est de l'art qu'elles nous présentent
aussi, de Tart vrai, vivant, achevé de forme et de couleur, dont il faut parler sans crainte dans une étude des villes d'art andalouses.
Le lecteur trouvera cette dernière partie dans le volume consacré à Se ville. Car nous nous sommes, autant que possible, borné dans le premier volume, à la description des monuments de Cordoue et de Grenade.
Cordoue l'ancienne capitale du Califat, dont l'éclat et la splendeur furent célébrés à travers le monde entier, dont la civilisation et la richesse firent pâlir pendant de longs siècles toutes les villes d'Occident et ne furent égalées en Orient par aucune autre cité, est aujourd'hui un trou de province, abandonné et torpide. Ses cinquante raille habitants ne sauraient presque rien de sa gloire passée si des touristes ne venaient leur ouvrir les yeux tout en fournissant la subsistance nécessaire à de nombreux hôteliers, guides et mendiants. Il y a mille ans le renom de Cordoue retentissait par tous les pays. Partie d'Allemagne, du cloître
lointain et écarté de Gandersheim, une voix qui est parvenue jusqu'à nous s'éleva pour célébrer les merveilles de la ville andalouse. Roswitha ' appelle cette cité « le splendide ornement du monde, la ville jeune et exquise, fière de sa puissance, célèbre par les délices dont elle est le siège, rayonnante dans la possession de toutes les richesses ».
Les califes Abdurrahman, Hicham et Hakem favorisèrent l'art et la science avec un amour et un zèle tels qu'on n'en trouve point de semblables dans l'histoire du monde. Les Médicis eux-mêmes ne peuvent se vanter d'avoir, à Florence, réuni en aussi peu de temps d'aussi belles collections d'oeuvres d'art, de livres et de manuscrits, d'avoir élevé d'aussi superbes monuments et d'avoir fait de leur capitale le centre de toute culture, la patrie des poètes et des philosophes. Les princes eux-mêmes étaient à la fois poètes et savants et ce n'était pas seulement de tout le monde mahométan mais aussi de toute la chrétienté qu'affluaient les maîtres et les élèves comme vers la source la plus remarquable et la plus pure du savoir humain. C'est alors que Cordoue était la ville d'Occident la plus éclatante et la plus peuplée, où non seulement les arts et les sciences mais encore le commerce et l'industrie, stimulés et protégés par ces sages souverains, se développaient dans une riche floraison, drainaient les trésors de tous les peuples et fournissaient aux califes le moyen de satisfaire leur passion de construire.
Sous cette brillante dynastie des Oméïades (ou Ommiades) Cordoue était, au dire des contemporains, la ville la plus peuplée de l'Europe occidentale. L'historien arabe Makkari affirme qu'au faîte de sa gloire Cordoue comptait 130000 maisons, non compris celles des hauts fonctionnaires, près de 3 000 mosquées, 50 hôpitaux, 800 écoles publiques, goo bains et 600 hôtelleries. La bibliothèque royale est évaluée par les uns à 400 000 et par les autres à 700 000 volumes et cela à une époque où chaque volume représentait un petit capital. Ajoutons encore 70 bibliothèques privées dans d'autres villes du Califat. Quand bien même ces chiiFres auraient été forcés il reste que Cordoue, du ix® au xii^ siècle, fut en Europe sinon dans tout l'univers, le siège préféré des Muses.
La conquête du Califat par saint Ferdinand en 1235 mit fin à la gloire des Arabes. D'ailleurs la ville avait déjà été pillée et la précieuse bibliothèque de Hakem anéantie par une incursion des Berbères. Après l'im-
I. La religieuse Roswitha contemporaine des Ottons (sa vie se place entre 930 et 1000) écrivit entre autres, en latin, plusieurs pièces de théâtre parmi lesquelles la Passion de Pelage, martyrisé à Cordoue. C'est de cette œuvre qu'est tirée notre citation.
CORDOUK ;
portatioD du christianisme à Cordoue, puis à Séville où le même Ferdinand entra treize ans plus tard, les Musulmans furent épargnés dans une certaine mesure ; et quand on considère le fanatisme d'alors et les honteux agissements dont se rendirent plus tard coupables à Grenade les Chrétiens,
j Mosquée do CorJouc.
on peut bien parler ici d'une certaine tolérance. Mais si l'on met en balance ce libéralisme des conquérants et celui dont avaient joui les Chrétiens sous la domination mahométane, on s'aperçoit que la tolérance des Musulmans fait pencher le plateau de son côté.
En effet, sous les califes, la plus large liberté de conscience fut constamment assurée aux Chrétiens, Ils avaient beaucoup d'églises où ils pouvaient exercer leur culte sans entraves et la même liberté était mena-
gée aux Juifs. Au moment de la conquête, les Mahométans laissèrent tranquillement les Chrétiens en possession de leurs temples, et la cathédrale chrétienne, à la place de laquelle s'élève aujourd'hui la grande mosquée, fut achetée aux Chrétiens pour la gigantesque somme de loo ooo deniers qui représentent plus de lo ooo ooo de francs dans la monnaie d'aujourd'hui. Mais à peine les Chrétiens furent-ils les maîtres que la scène changea. Une foule de mosquées furent retirées aux Musulmans
pour en faire des églises chrétiennes et le même sort échut aux synagogrues. Musulmans et Juifs durent porter visiblement un signe distinctif et tous les Mahométans mâles et adultes habitant Cordoue furent forcés de travailler deux jours par an à la grande mosquée qu'on transformait en cathédrale. C'est à cette circonstance qu'il faut attribuer le fait suivant : la plupart des chapelles de la mosquée construites dans le premier siècle après le rétablissement de la domination chrétienne présentent le caractère du style arabe pur. Pierre de Madrazo, un membre de la famille d'artistes espagnols bien connue, plaide dans son ouvrage sur Cordoue, la cause de l'intolérance catholique en rappelant la douceur des conquérants chrétiens et la méchanceté propre aux Musulmans et aux Juifs dont il raconte des histoires de meurtres et de vols d'enfants qu'il est difficile de prendre au sérieux.
Au reste nous ne sommes pas éloignés de nous ranger à l'avis de Madrazo quand il soutient que les Chrétiens ont rendu à l'art un énorme service en annexant la mosquée de Cordoue. Madrazo, il est vrai, va plus loin et défend avec les mêmes arguments la construction intérieure ajoutée par les Chrétiens. Aussi ne pouvons-nous le suivre sur ce terrain. Car autant nous sommes convaincu que la mosquée aurait disparu ou aurait tout au moins été défigurée et mutilée si l'Église ne l'avait prise sous sa protection tutélaire, autant nous trouvons inutile l'ouvrage chrétien de rintérieur. La meilleure preuve de l'exactitude de notre assertion est ce fait que la mosquée avait déjà servi 300 ans de cathédrale chrétienne avant qu'on l'ait intérieurement défigurée. Puisque le clergé avait su se passer pendant trois siècles de la construction du chœur, il aurait pu faire de même dans la suite. En tous cas il faut nous montrer reconnaissants au clergé d'avoir conservé jusqu'à nous dans un état relativement bon la mosquée de Cordoue, l'œuvre la plus belle, la plus remarquable et la plus étendue de l'architecture religieuse arabe. Celui qui connaît les villes d'Asie et d'Afrique qui se trouvent encore aujourd'hui aux mains des Musulmans, sait combien les Mahomémétans se soucient peu de leurs anciens édifices. Au centre du Caire, métropole du monde
arabe, l'écroulemeiit des ancien temples les plus dignes de respect et les plus grandioses passe inaperçu, et honnis les visiteurs étrangers, personne ne s'en inquiète. Les mosquées d'Amrou à Fostat et d'Ibn Touloun au Caire qui sont à peu près contemporaines de celles de Cordoue, ont encore plus souffert que celle-ci. Aussi est-il plus que probable que le
superbe monument des Ommiades serait complètement en ruines aujourd'hui si les Chrétiens n'avaient pas conquis Cordoue. En revanche il faut déplorer et condamner les travaux chrétiens qui déparent l'intérieur du monument.
De la gare, qui comme partout en Espagne est située hors de la ville, part une large « alameda » plantée de beaux arbres parmi lesquels de nombreux palmiers surprennent agréablement le visiteur qui vient du Nord. La ville est encore aujourd'hui presque entièrement entourée de
vieilles murailles. Elles proviennent en partie des Romains. Mais on ne peut attribuer à ces derniers avec quelque sûreté que les fondements ; et si Ton en excepte quelques réparations ultérieures, c'est aux Maures que Ton doit Tétat de choses actuel. Quelques tours et quelques portes spécialement bien conservées, surtout les Portes « de Almodovar » et « del Osario » présentent un coup d'œil des plus pittoresques et récompensent rétranger que n'a pas effrayé le tour de ville. On fait aussi connaissance avec des matériaux de construction remarquables, les plus usités par les Maures, matériaux qu'on emploie encore aujourd'hui dans tous les pays arabes et espagnols, en Palestine et en Egypte comme au Venezuela et en Californie. Cette substance nommée tapia est un mélange d'argile et de chaux qui ne le cède pas au ciment en fait de solidité. Les murs en tapia sont striés à de petits intervalles de raies horizontales dont la provenance s'explique quand on voit au travail les maçons andalous d'aujourd'hui. La masse molle de la tapia est en eff'et gâchée dans une boîte carrée et y demeure jusqu'à ce qu'elle soit devenue sèche et dure. Alors on retire le moule, on le place sur la partie de la muraille qui a durci et on l'emplit à nouveau. Ainsi s'élève le mur déboîte en boîte et entre les blocs distincts une foule de sutures restent apparentes qui sont caractéristiques des murailles en tapia. On enfonçait aussi dans la tapia molle une quantité de grosses et de petites pierres pour donner plus de consisteince à la masse.
La plupart des visiteurs se contentent à Cordoue de voir la célèbre mosquée. Quoique les murailles comme aussi les rues et les habitations de la ville présentent d'innombrables détails très pittoresques et' très curieux au point de vue de l'art, nous aussi nous irons avant toute chose rendre visite à la construction la plus caractéristique des Arabes en Espagne, en nous contentant au passage d'impressions générales. Trouver la mosquée n'est pas chose facile, et quand on est pressé il vaut mieux se confier dès la gare à un des nombreux et insupportables guides. Lors de notre dernier séjour à Cordoue qui dura une semaine nous visitâmes quotidiennement la mosquée, mais ce ne fut qu'après quelques jours que nous pûmes trouver sûrement le chemin de notre hôtel à la mosquée. Et pourtant deux ans plutôt nous étions descendus dans le même établissement et nous avions certes suivi le même itinéraire une demi-douzaine de fois. Il n'existe pas au monde de rues plus tortueuses et plus étroites que celles de Cordoue. Elles ne diff'èrent de celle de Tetuan et de Tlemcen que par ce fait qu'elles sont pavées. Celui qui veut se faire une idée d'une ville maure et qu'un voyage au Maroc eff*raie n'a qu'à s'en tenir bonne-
ment à Cordoue. La parenté est indéniable au moins en ce qui concerne les rues, Dailleurs le pavé de Cordoue n'est considéré comme un bienfait que par ceux qui viennent du Maroc. Il consiste en galets dont les angles
vifs font un mauvais parti aux semelles des souliers et à la plante des pieds modernes. Des historiens arabes affirment en s"en vantant que Cordoue est la première ville d'Europe dont les rues furent pavées. C'est une erreur, car on sait que les Romains pavaient non seulement leurs rues, mais leurs routes. Il faut d'ailleurs avouer que le pavé qui, il y a onze cents ans, faisait, à Cordoue, le ravissement des visiteurs, est préci-
sèment le même qui nous fait gémir aujourd'hui. Mais afin de ne pas peiner les Cordouans on doit reconnaître que les rues de leur ville pour être aussi étroites et aussi tortueuses que celle de Tetuan, ne sont pas de beaucoup aussi sales. On n'y rencontre que rarement des chiens ou des chats morts, et la coutume reçue dans le Midi de satisfaire ses besoins naturels sur la voie publique, ne trouve son application que contre les remparts et dans les ruelles des quartiers les plus pauvres. Et comme ces ruelles étroites ne laissent pas la place d'établir un trottoir, il faut se montrer reconnaissant de leur propreté relative.
Les ruelles se tordent entre de hauts murs blancs qui bouchent la vue de toutes parts, de telle sorte qu'il est impossible de s'orienter par quelque clocher. Beaucoup de ces habitations andalouses datent du temps des Maures et contiennent des vestiges d'architecture et de décoration arabes. Mais mêmes les maisons construites après l'expulsion des Maures sont restées fidèles aux lois de l'architecture mauresque et ne diffèrent en rien des maisons modernes du Maroc. Sur le chemin de la mosquée, nous auroûs fréquemment l'occasion de regarder çà et là l'intérieur d'une maison, et même d'entrer dans la cour pour en examiner la disposition. Les mœurs castillanes importées parles conquérants chrétiens ont tout à fait changé Taspect des murs extérieurs qui ne sont plus à présent aussi complètement fermés qu'à l'époque arabe. Dans les villes marocaines les murs qui donnent sur la rue n'ont, hormis la porte, que de rares et d'étroites ouvertures, quand ils en ont. Les appartements prennent leur air et leur lumière de la cour. Il en était autrefois ainsi en Andalousie, comme on peut s'en rendre compte à l'Alhambra par exemple. Alors vint de Castille la coutume d'ouvrir des fenêtres sur la rue et de les orner de balcons et de grilles artistiques en fer forgé. Mais les Andalous habitués par les mœurs mahométanes à sauvegarder l'intimité de la vie familiale et surtout de la vie féminine, n'adoptèrent que lentement et comme à regret le nouveau mode de construction. Aujourd'hui encore, la façade des habitations les plus remarquables et les plus ^belles présente un aspect froid et rébarbatif si on la compare à celles des maisons du reste de l'Europe. Les murs sont badigeonnés en blanc, les fenêtres sont garnies de la reja en fer forgé et, à l'étage supérieur, de balcons grêles où paraît de temps en temps une tête de femme derrière des pots de fleurs. Tel est l'accueil de toutes les habitations de Cordoue et de celles de toutes les autres villes maures d'Espagne. On ne peut jamais conclure de l'extérieur de la maison à la position de celui qui l'habite, comme cela est ailleurs possible. L'Andalou ainsi que l'Arabe ne développe sa
richesse qu'à l'intérieur de sa demeure où nous allons maintenant pénétrer. La porte d'entrée est d'ordinaire très haute et très large et reste ouverte tout le jour. Elle donne sur un vestibule en manière de galerie appelée zaguan, séparé de la cour par une grille en fer. La cour
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