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un caractère local au costume féminin, mais on doit reconnaître que les paysannes de différents pays d'Europe portent de semblables tissus. Pour rencontrer des costumes populaires vraiment caractéristiques il faut quitter la ville et gagner les bourgs écartés de la Sierra. Plus on s'éloigne du chemin de fer, mieux cela est. Kn 1892, pour le quatre centième anniversaire de la découverte de l'Amérique on a élevé sur le « salon » un grand monument qui représente l'accueil fait à Colomb par Isabelle, œuvre du sculpteur espagnol Benlliure qui vit à Rome". Pour être complet signalons encore le Musée logé dans l'Ayuntamiento (hôtel de ville), sur la
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Plaza de Prim, quoique les objets qu'on y conserve ne puissent se comparer même de loin aux trésors de l'Alhambra ou de la cathédrale. Cotan, l'auteur des scènes horribles et de la croix de la Ctartreuse, a ici un grand nombre de tableaux qui comme les précédents témoignent d'un peintre adroit mais sans rien de marquant. De même les œuvres de Zurbaran, Ribera, Alonso Cano, Pedro de Moya placées dan? ce musée sont loin d'être aussi remarquables que celles ds ces mèmas artistes qu'on con-
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serve à la cathédrale. La plus belle pièce de la galerie est un autel portatif venant du château de San Jeromino, soi-disant un cadeau du « Gran Capitan » de Cordoue à la reine Isabelle la Catholique. Cet autel est orné de six émaux dans la manière de ceux de Jean Pénicaud, à Limoges, qui représentent des scènes de la Passion et autres sujets du Nouveau-Testament. Un grand nombre d'antiquités romaines et arabes, entre autres un bracelet maure, des poteries et des tapis, ainsi qu'un banc d'église originaire de San Jeromino, œuvre de Moro et de Rîsueno, deux élèves de Cano, complètent la collection.
Aucun voyageur ne doit manquer d'aller voir de plus près les cavernes des bohémiens de l'Albaicin, dont nous avons déjà parlé. Les histoires
fabuleuses qui courent sur le danger d'une telle visite ont bien pu avoir, il y a plusieurs générations, quelques fondements. Elles n'en ont plus aujourd'hui et certains quartiers de nos grandes villes sont plus dangereux en plein jour que l'Albaicin à minuit. Les Gitanos ou Bohémiens forment dans toute la péninsule une famille nombreuse rigoureusement séparée des Espagnols qui les traitent comme des parias. Ils parlent une langue qui leur est propre, n'adoptent la foi chrétienne qu'en apparence, se marient entre eux et ne se mêlent presque jamais aux chrétiens espagnols. A Grenade ils font surtout le métier de maquignon et de forgeron et exploitent, comme partout ailleurs, la crédulité populaire et principalement féminine, en prédisant l'avenir. L'étranger ne connaît guère d'eux que leurs danseuses que lui présentent une foule de guides et d'autres parasites du touriste. On ne peut en aucune façon conseiller ce spectacle. Loin d'offrir quelque beauté ou quelque intérêt il n'est, somme toute, que bête et que commun. Aussi bien dans les salles de danse ordinaire où se réunit le peuple de Grenade voit-on des danses plus belles et des danseuses plus gracieuses. On a probablement exagéré la mauvaise réputation des Gitanos. Covarrubias, un écrivain espagnol du xvr siècle les appelle « une bande déchue de vagabonds, toujours errants, trompeurs et voleurs, qui disent la bonne aventure d'après les lignes de la main », et Cervantes confirme ce jugement en ces termes : « Il semble que les Bohémiens soient créés pour être des filous. Leurs parents sont des filous; ils grandissent en compagnie de filous et apprennent à le devenir ». En 1629 on tortura à Grenade quatre Bohémiens de telle sorte qu'ils finirent par avouer toutes les atrocités possibles : ils auraient à diverses reprises massacré puis dévoré une femme, un pèlerin et un moine. Ces criminels reçurent naturellement des châtiments adéquats à leurs forfaits.
Avant de quitter la ville gravissons la colline de Sacro Monte sur les pentes de laquelle habitent les Bohémiens. Ce ne sont pas les nombreuses grottes communiquant avec l'église de San Cecilio et dont l'intérieur est orné de simples scènes tirées de la vie des martyrs, qui nous attirent sur la hauteur. Nous voulons jeter un dernier regard sur la montagne trouée de cavernes et couverte de cactus et de grenadiers, sur la ville avec sa foule de maisons d'où pointent les miradors et les clochers, où çà et là un sombre cyprès ou un svelte palmier avec son gracieux éventail de feuilles surgit des murs d'un jardinet, sur la verte Vega où tranche la blancheur des villas et des villages, sur les murailles et les tours de l'Alhambra grises comme un ciel d'orage où se cache la splendeur fantastique de la féerie arabe, sur le Generalife, son vis-à-vis, dont les mira-
dors aériens et les cyprès centenaires nous saluent. Il n'est peut-être pas après Grenade d'autre endroit au monde qui fournisse à Tâme du voyageur un tel aliment de sensations poétiques. La nature nous y ensorcelle de ses charmes les plus irrésistibles. La légende nous y murmure ses plus suaves mélodies. Chaque pierre nous y parle de races passées, de civilisations disparues, de l'éternelle évolution de l'humanité qui s'oppose à l'Idéal seul permanent. Aussi ne retirons-nous pas de Grenade le simple souvenir d'un site paradisiaque, rempli de beauté et de poésie mais encore une leçon qu'on ne saurait jamais se lasser d'apprendre, celle de la fragilité des œuvres humaines et de l'éternité du vouloir et de l'effort humains.