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Corée, Chine et Mandchourie

Le nouvel ouvrage de M. George Lynch (1), The Path of Empire, parut tout récemment en Angleterre et obtint aussitôt un très vif succès. Le sujet était en quelque sorte l'histoire de la guerre actuelle, avant la lettre. Et le public que préoccupaient à si juste, à trop juste titre, les événements annonciateurs d'Extrême-Orient, fut unanime à reconnaître l'intérêt capital d'une œuvre écrite sans prétention, mais où abondent les renseignements les plus précis et les plus authentiques, — des documents, des faits, des chiffres.

A côté de cette partie technique, le livre de M. Lynch en contient une autre qui fait corps avec

(1) M. George Lynch a publié déjà de remarquables études : The War of civilizations ; Impressions of a War Correspondent, etc.

y I TRÉFACE

la première et dont rintérêt est plus impressionnant encore, peut-être, en raison des circonstances. M. Lynch a posé, en des pages fortement charpentées, les questions de demain qu'engendre aujourdliui. Il les a nettement formulées et, avec une sincérité sans orgueil, il a tenté parfois d'y répondre personnellement.

Au service d'une vision claire et exacte des faits, l'auteur de The Path of Empire, a mis un souci évident d'honnête impartiahté et toutes les qualités d'un tempérament très caractéristique. Il dit ce qu'il a vu ; il ne tait point ce qu'il a ressenti. Il ne cache aucune de ses admirations, alors même que celles-ci sembleraient aller à rencontre de sympathies, franchement avouées. Et s'il éprouve quelque tendresse pour les Japonais, il ne se croit pas tenu pour cela de celer son admiration pour les Russes. Que le Japon puisse avoir certains droits légitimes sur la Corée, dans le temps où la Russie annexe la Mandchourie... et la Mongolie, M. Lynch l'admet volontiers et même avec empressement. Mais il se refuse aussi, par exemple, à passer sous silence Tanimosité des Coréens envers les Japonais, maîtres très sévères ou Vadmirable conduite des officiers et soldats russes en Mongolie.

D'autre part, M. Géorgie Lynch ne cherche jamais à voiler ses idées personnelles, les théories

PREFACE Ylî

qui lui sont propres, — sa pensée intime. Il en est ainsi pour son déconcertant pacifisme, belliqueusement teinté de je ne sais trop quel culte de la Force.

Et voici qui oblige en quelque manière le traducteur à déclarer qu'il ne saurait partager tous les enthousiasmes de l'auteur.

Très persuadé que M. George Lynch ne m'en tiendra pas rigueur, je voudrais exprimer ici brièvement les réserves qui me paraissent nécessaires.

Les unes concernent les appréciations — directes ou indirectes — de M. Lynch sur la beauté du Tsarisme. Il me suffira d'affirmer énergiquement le malheur où je suis de ne pas goûter du tout le gouvernement paternel du Czar. L'expression est assez savoureuse et, du reste, elle comporte une part de vérité ; mais il faut eu découvrir le sens. Il y a père et père. Le qualificatif paternel, ne signifie rien d'absolu. La tendresse paternelle fit fourrer au secret Mirabeau et ruina les jeunes félicités de Pigault-Lebrun. Je connais des pères qui ont juré la perte de leurs enfants, coupables de vouloir être eux-mêmes et de penser par eux-mêmes. Le gouvernement paternel du Czar est un père de ce genre, très peu sentimental. De même, ne prisé-je pas mieux les touchantes croyances de la Sainte Russiej les beautés du régime de la déportation poli-

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