CHAPITRE PREMIER
Après la jouroée qui venait de se passer, Oswaidneput fermer l'œil de ia nuit. 11 n'avait jamais été plus près de tout sacrifier à Corinne : il ne Toulait pas même lui deaiander son secret, ou du moins il voulait prendre, avant de le savoir, l'engagement solennel de lui consacrer sa vie. L'incertitudç semblait, pendant quelques heures, entièrement écartée de son esprit ; et il se plaisait à composer dans sa tête la lettre qu'il écrirait le lendemain , et qui déciderait de son sort. Mais cette confiance dans le bonheur, ce repos dans la résolution , ne lut pas de longue durée. Bientât ses pensées le ramenèrent vers le passé ; il se souvint qu'il avait aimé , bien moins , il est vrai , qu'il n'aimait Corinne , et l'objet de son premier choix ne pouvait lui être comparé ; mais enfin c'était ce sentiment qui l'avait entraîné à des actions irréfléchies, à des actions qui avaient déchiré le cœur de son père. — Ah ! qui sait , s'écria-t-il , qui sait s'il ne craindrait pas Clément aujourd'hui que son fils n'oubliât sa patrie et ses devoirs envers elle P —
l'honneur de protéger , de sauver une telle femme. — La sauver ? reprit-il tout à coup ; et de quoi ? d'une vie qui lui plaît , d'une vie d'faommagea , de succès, d'indépendance I — Cette ré- Oeiion , qui venait de lui, l'effîraya lui-même comme une inspiration de son père.
Dans les combats de sentiment, qni n'a pas souvent éprouvé je ne sais quelle superstition secrète qui nous tait prendre ce que nous pensons pour un présage , et ce que nous souffrons pour un avertissement du ciel ? Ah ! quelle lutte se passe dans les âmes susceptibles et de passion et de conscience I
Oswald se promenait dans sa chambre avec une agitation cruelle, s'arrétant quelquefois pour n^arder la lune d'Italie, si douce et si belle. L'aspect de la nature enseigne la résignation, mais ne peut rien sur l'incertiiude. Le jour vint pendant qu'il était dan j cel état ; et quand le comte d'Erfeml et M. Edgermond entrèrent chez lui, ils s'inquiétèrent de sa santé, tant les anxiétés de la nuit l'avaient changé! Le comte d'Erfeuil rompit le premier le silence qui s'était établi entre eux trois. — Il faut convenir , dit-il , que le spectacle d'hier était charmant. CcHrinne est admirable. Je perdais la moitié de ses paroles ; mais je devinais tout par ses accents et par sa physionomie. Quel dommage que ce soit une personne riche qui ait un tel talent ! car si elle était pauvre , libre œmme elle l'est , elle pourrait monter sur le théâtre, et ce serait la gloire de l'Italie qu'une actrice comme elle. —
Oswald ressentit une impression pénible par ce discours, et ne savait néanmoins de quelle manière la témoigner , car le comte d'Erfeuil avait cela de particulier, que l'on ne pouvait pas légitimement se f9cher de ce qu'il disait, lors même qu'on en recevait une impression désagréable. 11 n'y a que les Smea sensibles qui sachent se ménager réciproquement : l'amourpiopre , si susceptible pour lui-même , ne devine presque jamais la susceptibilité des antres.
H. Edgermond loua Corinne dans les termes les plus convenables et les plus flatteurs. Oswald lui répondit en anglais, afin de soustraire la conversation sur Corinne aux éloges déplaisants du comte d'Erfeuil. — Je suis de trop , ce me semble, dit alors
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ou l'italie. 153
le comte d'Erfénil, je m'en vais chez Corinne ; elle sera bien aise d'edteodre mes obseirations sur son jeu d'hier au soir, j'ai quelques conseils à lui donner, qtù portent sur des détails ; mais les détails font beaucoup à l'ensemble; et c'est vraiment une femmes! étonnante, qu'il nefànt rien négliger pour lui faire atteindre la perfection. Et puis , dit-il en se penclùnt vers l'oreille de lord Nelvil , je veux l'encourager à jouer plus souvent la tragédie : c'est un moyen sûr pour se faire épouser par quelque étranger de distinction qui passera par ici. Vous et moi, mon cher Oswald , nous ne donnerons pas dans cette idée , nous sommes trop accoutumés aux femmes charmantes pour qu'elles nous fassent faire une sottise ; mais un prince allemand, un grand d'Espagiw , qui sait? — A ces mots, Oswald se leva hors de lui-même, et l'on ne peut savoir ce qu'il en serait ar> ' rivé, silecomted'Erfeuil avaitaperçu son mouvement; mais il avait été si satisfait de sa dernière réQeiiou , qu'il s'en était allé là-dessus légèrement et sur la pointe du pied, ne se doutant pas qu'il avait offensé lord Nelvil ; s'il l'avait su , bien qu'il l'aimât autant qu'il pouvait aimer, il serait sûrement reste. La valeur brillante du comte d'Erfeuil contribuait , plus encore que son amour-propre , à lui faire illusion sur ses défauts. Comme il avait beaucoup de délicatesse dans tout ce qui tenait à l'honneur , il n'imaginait pas qu'il pût en manquer dans ce qui avait rapport à la sensibilité; et, se croyant avec raison aimable et brave , il s'applaudissait de son lot , et ne soupçonnait rien de plus profond dans la vie.
Aucun des sentiments qui agitaient Oswald n'avait échappé à M. Ëdgermond ; et quand le comte d'Erfeuil fut sorti , il lui dit :
— Moucher Oswald, je pars, je vais à Naples. — Efa pourquoi sitôt? répondit lord Nelvil. — Parce qu'il ne fait pas bon ici pour moi , continua M. Ëdgermond. J'ai cinquante ans , et cependant je ne suis pas sûr que je ne devinsse fou de Corinne.
— Et si vous le deveniez, interrompit Oswald , que vous en arriverait-il ? — Une telle femme n'est pas faite pour vivre daus le pays de Galles, reprit M. Ëdgermond : croyez-moi, mon cher Oswald , il n'y a que les Anglaises pour l'Angleterre : il ne m'appartient pas de vous donner des conseils , et je n'ai pas
besoin de vous assurer que je ne dirai pas ua mot de ee que j'ai vu : mais, tontaimable qu'est Corinne, je pense comme Thomas Walpole, que fail-on de cela à la maUonf Et la maUon est tout chez nous , tous le savez , tout pour les femmes du moins. Tous représentez- vous votre belle Italienne restant seule pendant que vous chasserez, ou que tous irez au parlement, et vous quittant au dessert pour aller préparer le tbé quand vous sortirez de table? Cher Oswald , nos femmes ont des vertus domestiques que vous ne trouverez nulle part. Les hommes en Italie n'ont rienâ faire qu'à plaire aux femmes; ainsi, plus elles sont aimables, et mieux c'est. Mais chez nous , où les hommes ont une carrière active , il faut que les femmes soient dans Tombre , et ce serait bien dommage d'y mettre Corinne; je la voudrais sur le trâoe de l'Angleterre, mais non pas sons mon humble toit. Milord , j'ai connu votre mère, que votre respectable père a tant regrettée : c'était nne personne tout à Ëiit semblable h ma jeune cousine, et c'est comme cela que je voudrais une femme, si j'étais encore dans l'âge de choisir et d'être aimé. Adieu, mon cher ami ; ne me sachez pas mauvais gré de ce que je viens de vous dire, car personne n'est plus que moi l'admirateur de Corinne , et peut-être qu'à votre âge je ne serais pas capable de renoncer à l'espérance de lui plaire. — En achevant ces mots, il prit la main de lord Netvil , la serra cordialement , et s'en alla, saus qu'Oswald lui répondit un seul mot. Mais M. Edgermond comprit la cause de son silence, et, satisfait du serrement de main d'Oswald quj avait répondu au sien , il partit, impatient lui-même de finir une conversation qui lui coûtait.
De tout ce qQ'il avait dit , un seul mot avait frappé au ctKur d'Oswald : c'était le souvenir de sa mère, et de l'attacliem^t profond que son père avait eu pour elle. 11 l'avait perdue lorsqu'il n'avait encore que quatorze ans ; mais il se rappelait avec un profond respect et ses vertus , et le caractère timide et réservé deses vertus. —'Insensé que je suis! s'écria^t-il quand il fut seul , je veux savoir quelle est l'épouse que mon père me desti-, nait : et ne le sais-je pas , puisque je puis me retracer l'image de ma mère qu'il a tanl aîméeP Que veux -je donc de plus? Et pourquoi me tromper moi-même , en faisant semblant d'^orer
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œ qu'il penserait a préseut , si je pouvais le consuller encore ? ~ II était cependant affreux pour OswaM de retourner chez Corinne, après ce qui s'était passé la veille, sans lui rien dire qui confirmât les sentiments qu it lui avait témoignés. Son cotation , sa peine devint si forte , qu'elle lui rendit un aeeideat dont il se croyait guéri ; le vaisseau cicatrisé dans sa poitrine se rouvrit. Pendant que ses gens effrayés appelaient du secours de toutes parts , il souhaitai! en secret que la fin de sa vie terminât ses chagrins. —Si je pouvais mourir, se. ditai^il, après avoir revu Corinne , après qu'elle m'aurait appelé son Roméo ! — Et des larmes s'échappèrent de ses yeux ; c'élait les premières, depuis la mort de son père, qu'une autre douleur lui arracliât.
0 écrivit à Corinne l'accident qui le retenait chez lui , et quelques mots mélancoliques terminaient sa letlre. Corinne avait commencé ce niéraejour avec des pressentiments bien trompeurs : elle jouissait de l'impression qu'elle avait produite sur Oswald , et, se croyant aimée , elle était heureuse , car elle ne savait pas bien clairement d'ailleurs ce qu'elle désirait. Mille circonstances faisaient que l'idée d'épouser lord Nelvil était pour elle mêlée de beaucoup de crainte; et œmnie c'était une per* sonne plus passionnée que prévoyante , dominée par le présent , mais s'occupent peu de l'avenir, ce jour qui devait lui coûter tant de peines s'était levé pour elle comme le jour le plus pur et le plus serein de sa vie.
En recevant le billet d'Oswald , un trouble cruel s'empara de son âme : elle le crut dans un grand danger , et partit à l'instant à pied , traversant le corso à l'heure où tonte la ville s'y promène , et entrant dans la maison d'Oswald à la vue de presque toute la société de Rome. Elle ne s'était pas donné le temps de réfléchir, et sa course avait été si rapide, qu'en arrivant dans la diambro d'Oswald elle ne pouvait plus respirer , ni prouoncer un seul mot. Lord Nelvil comprit tout ce qu'elle venait de hasarder pour le voir; et, s exagérant les conséquences de cette action , qui en Angleterre aurait entièrement perdu de réputation une femme, et à plus forte raison une femme non mariée, il se sentit saisi par la générosité , l'amour et la reconnaissance ; cl se levant, tout faible qu'il élait, il serra Corinne contre son
cœur, et s*écria : — Chère amie ! non , je ne t'abaadonaerai pas, quand ton sentinient pour moi te compromet, quand je dois réparer.... Corinne comprit sa pensée ; et l'inlerrompaut aussitôt, en se dég£^eant doucement de ses bras, die lui dit, après s'être informée de son état , qui s'était amélioré : — Vous ïous trompez, milord, je ne fais rien, en venant vous voir, que la plupart des femmes de Rome n'eussent fait à ma place. Je vous ai su malade, vous êtes étranger ici, vous n'y connaissez que moi , c'est à moi de vous soigner. Les convenances étabUes sont très-respectables , quand il ne faut leur sacrifier que soi ; mais ne doiven^elles pas céder aux sentiments vrais et profonds que fait naître le danger ou la douleur d'un ami ? Quel serait donc le sort d'une femme , si ces mêmes convenances sociales , en permettant d'aimer, défendaient seulement le mouvement irrésistiUe qui fait voler au secours de ce qu'on aime? Mais, je vous le répète, milord, ne craignez point qu'en venant ici je me sois compromise. J'ai, par mou âge ^ mes talents, à Rome, la liberté d'une femme mariée. Je ne cache point à mes amis que je suis venue chez vous ; je ne sais s'ils me blâment de vous aimer, mais sdrement ils ne me blâmeront pas d'être dévouée à vous, quand je vous aime. —
En entendant ces paroles , si naturelles et si sincères, Oswald éprouvaunmélangeconfusd'impressions diverses; il était touebé par la délicatesse de la réponse de Corinne, mais il était presque fôché que ce qu'il avait pensé d'abord ne fUt pas vrai ; il aurait souhaité qu'elle eût commis pour lui une grande faute selonle monde, aBn que cette faute même, lui faisant un devoir de répouser, terminât ses incertitudes. Il pensait avec humeur à cette liberté des mœurs d'Italie , qui prolongeait son anxiété , en lui laissant beaucoup de bonheur, sans lui imposer aucun lien. Il eût voulu que l'honneur lui commandât ce qu'il désirait. Ces pensées pénibles lui causèrent de nouveau des accidents dangereux. Corinne, dans la plus aiïreuse inquiétude, sut lui prodiguer des soins pleins de douceur et de charme.
Vers le soir, Oswald paraissait plus oppressé \ et Corinne , à genoux auprès de son lit , soutenait sa tête entre ses bras, quoiqu'elle fût elle-même bien plus émue que lui. Il la regardait D,mi,.=db, Cookie
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•ouTentarecane impression de Irasbeuràtravers ses sonflirances. — Corinne , lui ditii à ïoix basse , lisez-moi dans ce recueil , où sont édites les pensées de mon père, ses réflexions snr la mort. Tfe pensez pas, dit-il eu voyant l'effroi de Corinne, que je m'en croie menacé; mais jamais je ne suis malade sans relire ces consolations, qu'il me semble encore entendre de sa bouche; et puis je veui,cbère amie, vous aire ainsi connaître quel bomme était mon père ; tous comprendrez mieun et ma douleur et son empire sur moi, et tout ce que je veux vous conGer un jour. — Corinne prit ce recueil , dont Oswald ne se séparait jamais, et, d'une voit tremblante, elle en lut quelques pages. « Justes, aimés du Seigneur, tous parlerez de la mort sans
■ crainte , car elle ne sera pour tous qu'un changement d'habita-
■ tion ; et celle que tous quitterez est peut-être la moindre de
■ toutes. 0 mondes innombrables, qui remplissez à nos yeux
■ l'infini de l'espace! communautés inconnues des créatures de
• Dieu, communautés de ses enfants, éparses dans le Rrmament
• et rangées sous ses Toutes ! que nos louanges se joignent aux
■ TÔtres ; nous ignorons votre condition , nous ignorons TOlre
■ première, votre seconde, votre dernière part aux générosités ' de l'Être suprême; mais, en partant de lamort et delà vie, du
■ temps passé , du temps à venir, nous atteignons , nous tou- > chons aux intérêts de tous les êtres intelligents et sensibles,
■ n'importe les lieux et les distances qui les séparent. Familles
■ des peuples, familles des nations, assemblages des mondes, « TOUS dites aTec nous : Gloire au maître des cieux , au roi de
• la nature, au Dieu de l'uniTers! gloire, hommage à celui qui
■ peut, à sa volonté, transformer la stérilité eu abondance,
■ l'ombre en réalité, et la mort elle-même en étemelle ïie!
« Ahl sans doute la fin du juste est la mort désirable; mais
• .peu d'entre noos , peu d'entre nos anciens , en ont été les té-
■ moins. Où ^t-il cet homme qui se présenterait sans crainte
■ aux regards de l'Étemel P Où est-il cet homme qui a aimé
• Dieu sans distraction, qui l'a servi dès sa jeunesse, et qui,
■ attenant un âge avancé, ne trouve dans ses souvenirs aucun
• sujet d'inquiétude ? Où est-il , cet homme moral en toutes ses ' actions , sans jamais songer à la louange et aux récompenses
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ISÈ CORINtlB,
■■ de l'opinion? Où est-il c«t homme n rare parmi les hom-
• mes, cet être si digne de nous servir à tous de modèle? Où « est-il? où est-il? Alil s'il existe au milieu de nous , que nos ° respects l'environnent; et demandez, vous ferez bien, de- A mandez d'assister à sa mort , comme au pins beau des specta- « des : armez-vous seulement de courage, afin de le suivre at-
■ tentivement sur lelitd'épouvante, dont il ne se relèvera point. 1 11 le prévoit, il en est certain, et la sérénité règne dans ses < regards , et son front semble environné d'une auréole céleste : " il dit avec l'apfitre: Je sais à qui j'ai cru; et cette confiance, " lorsque ses forces s'éteignent, anime encore ses traits. U.con- 1 temple déjà sa nouvelle patrie; mats, sans oublier celle qu'il « va quitter, il est à son créateur et à son Dieu , sans rejeter n loin de lui les sentiments qui ont charmé sa vie.
« C'est une épouse Sdèle qui, selon les lois de la nature, ' doit, entre les siens, le suivre la première : il la console, il « essuie ses larmes , il lui donne rendez-vous dans ce séjour de
• félicité qu'il ne peut se peindre sans elle. Il lui retrace les
• jours heureux qu'ils ont parcourus ensemble; non pour dé-
■ chirer le cœur d'une sensible amie, mais pour accroître leur <• confiance mutuelle eo la bonté céleste. Il rappelle encore à la
• compagne de sa fortune l'amour si tendre qu'il eut toujours « pour elle ; non pour animer des regrets qu'il voudrait adoucir,
• mais pour jouir de la douce idée que deux vies ont tenu à la
0 même tige; et que, par leur union, elles deviendront peut-étrfl
1 une défense, une garantie de plus , dans cet obscur avenir o<l « la pitié d'unDieu suprême estle dernier refuge de nos pensées. > H^asl peut-on se former une juste image de toutes les émo- « tiens qui pénètrent une âme aimante, au moment où une vaste <■ solitude se présente à nos regards, au moment où les senti- « ments, les intérêts dont on a subsisté pendant le cours de ses a bellesannées, vont s'évanouirpour jamais? Ah! vousquidevez n survivre à cet être semblable h vous, que le ciel vous avait « donné pour soutien , à cet être qui était tout pour vous , et « dont les regards vous disent un effrayant adieu , vous ne refu- " serez pus de placer votre main sur un cœur défaillant , afin « qu'une dernière palpitaticn vous parle encore, lorsque tout
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• autre lainage n'existera pitu. Ehl vous blâmerions - uous , H amis fidèles, si vous aviez désiré que vos cendres se coiifon-
• dissent , que vos dépouilles mortelles fussent réunies dans le
• même asile? Dieu de bouté, réveillez-les ensemble; ou si l'un 1 des deux seulement a mérité cette faveur, si l'un des deux seu- 1 lement doit être du nombre des élus, que fautre enapprenne « la nouvelle-, que l'autre aperçoive la lumière des anges, au 1 moment où le sort des heureux sera proclamé, afin- qu'il ait ■■ encore un moment de joie, avant de retomber dans la nuit « étemelle!
• Ah ! nous nous égarons peut-être, lorsque nous essayons
0 de décrire les derniers jours de l'homme sensible, del'bomme
> qui voit la mort s'avancer à grands pas, qui la voit prête aie ' séparer de tous les objets de son affection.
• Il se ranime et reprend un moment de force, afin que ses « dernières paroles servent d'instruction à ses enfants. 11 leur
• dit : ne vous sffrayez point d'assister à îa fin procliaine de vo- « tre père , de votre ancien ami. C'est par une loi de la nature ,
■ qu'il quitte avant vous cette tepe où il est venu le premier.
• 11 vous montrera <lu courage ; et pourtant il s'éloigne de vous
■ avec douleur. Il el\t souliaité sans doute de vous aider plus
• longtemps de son expérience , et de taire encore quelques pas
• avec vous, à travers les périls dont votre jeunesse est environ-
> née; mais la vie n'a point de défense, quand il faut des-
• cendre au tombeau. Vous irez seuls maintenant, seuls au rai-
1 lieud'unmoMded'oùjevaisdisparattre. Puissiez -vous recueillir
• avec abondance les biens que la Providence y a semésl mais
• n'oubliezjamais que ce monde lui-même est une patrie passa-
■ gère, et qu'une autre plus durable vous appelle. Nous nous <■ reverrons peutrébv; et quelque part, sous les r^rds de mon •I Dieu, j'of^irai pour vous en sacrifice et mes vœux et mes
• larmes. Aimez la religion, qui a tant de promesses; aimez la •< religion, ce dernier traité d'alliance entre les pères et tes en-
• fants,entrelamortet la vie... Approcliez-vousdemoi!... que
• je vous aperçoiveenoore,qaelabénédictiond'un serviteur de
> Dieu soit sur vous Il meurt O auges du ciell rec«-
. vez son âme, et laissez-nous sur la une le souvenir de ses
• aetions, le souvenir de ses pensées, le souvenir de ses espé-
L'émotion d'Oswatd et de Corinne avait souvent interrooipa cette lecture- Enfin ils furent forcés d'y renoncer. Corinne craignait pour Oswald l'abondance de ses pleurs. Elle était bouleversée de l'état où elle le voyait, et elle ne s'apercevait pas qu'elle- noéme était aussi troublée que lui. — Oui , lui dit Oswald en lui tendant la main , oui , chère amie de mon cceur, tes larmes se sont confondues avec les miennes. Tu le pleures avec moi, cet ange tutélaire dont je sens encore le dernier embrassement , dont Je vois encore le noble regard ; peut-être est-ce toi qu'il a choisie pour meconsoler; pe^^étr8... —Non, non, s'écria Corinne , non , il ne m'en a pas crue digne. — Que ditesvoua interrompit Oswald. — Corinne eut peur d'avoir révélé ce qu'elle voulait caclier, et répéta ce qui venait de lui échappa, en disant seulement : Il ne m'en croirait pas digne! — Ce mot diangé dissipa l'inquiétude que le premier avait fait nattre dans le cceur d'Oswald , et il continua sans crainte à s'entretenir de son père avec Corinne.
Les médecins arrivèrent , et la rassurèrent un peu ; mais ils défendirent absolument à lord Nelvil de parler, jusqu'à ce que le vaisseau qui s'était ouvert dans sa poitrine fût fermé. Six jours entiers se passèrent, pendant lesquels Corinne ne quitta point Oswald, et l'empêcha de prononcer un seul mot, lui imposant doucement silence dès qu'il voulait parler. Elle trouvait l'art de varier les heures par la lecture , par la musique , et quelquefois par uneconversationdont elle faisaittous les frais, en cherchant à s'animer elle-même, dans le sérieux comme dans la plaisanterie , avec un intérêt soutenu. Toute cette grâce , tout ce charme voilait l'inquiétude qu'elle éprouvait intérieurement, et qu'il fallait dérober à ioid Nelvil; mais elle n'en était pas distraite un seul instant. Elle s'apercevait presque avant Oswald lui-même de ce qu'il souffrait , et le courage qu'il mettait à le cacher ne trompait jamais Corinne; elle découvrait toujours ce qui pouvait lui faire du bien , et se hâtait de le soulager, en tâdtant seulement de fixer son attention le moins qu'il était possible sur les soinsqu'elle lui rendait. Cependant, quand Oswald p
la couleur abaDdonnait aussi les lèvres de Ckirinne , et ses mains tremblaieuten lui portant du secours; mais elle s'efforçait bieatôt de se remettre, et souriait , quoique ses yeui fussent remplis (le larmes. Quelquefois elle pressait la main d'Oswald sur son cŒur, et semblait vouloir ainsi lui donner sa propre fie. EaBn ses soins réussirent, Oswald se guérit.
— Corinne , lui dit-il lorsqu'elle lui permit de parler, pourquoi M. Eilgermond, mon ami, n'a-t-il pas été témom des jours que vous venez de passer auprès de moi? il aurait vu que vous n'êtes pas moins bonne qu'admirable : il aurait vu que la 1 ie domestique se compose avec vous d'encbaotements continuels , et que vous ue différez des autres femmes que pour ajouter à toutes les vertus le prestige de tous les charmes. Non , c'enest trop, il faut faire cesser le combat qui me déchire, ce combat qui vient de me mettre au bord du tombeau. Corinne, tu m'entendras , tu sauras tous mes secrets , toi qui me cacbes les tiens ; et tu prononceras sur notre sort, — Notre sort , répondit Corinne , si vous sentez comme moi , c'est de ne pas nous qnitter. Mais m'en croirez-vous, quand je vous dirai que jusqu'à présent du mmns je n'ai pas osé souhaiter détre votre épouse ? Ce que j'éprouve est bien nouveau pour moi : mes idées «ir la vie , mes projets pour l'avenir sout tout h fait bouleversés par ce sentiment qui me trouble et m'asservit chaque jour davantage. Mais je ne sais pas si nous pouvons, si nous devons nous unir. — Corinne, reprit Oswald , me mépriseriez- vous d'avoir hésité ? l'attribueriez-TOUS à des considérations misérables ? îTavez-ïous pas deviné que le remords profond et douloureux qui , depuis près de deux aijs, me poursuit et me déchire , a pu seul causer mes incertitudes ? —
Je l'ai compris, reprit Corinne. Si je vous avais soupçonna d'un motif étranger aux affections du cœur, vous ne seriez pas celui que j'aime. Mais la vie, je le sais, n'appartient pas tout entière à l'amour. Les habitudes, les souvenirs, les circonstances , créent autour de nous je ne sais quel enlacement que la passion même ne peut détruire. Brisé pour un moment , il se reformerait, et le liene viendrait à bout du chêne. Mon cher Oswald , ne donnons pas à chaque époque de notre existence plus
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que cette époque ne âernande. Ce qui m'est nécessaire dans ce iDomeat, c'est que vous ne me quittiez pas. Cette terrear d'nn départ qui pourrait être suint me poursuit sans cesse. Vous êtes étranger dans ce pays : aucun lieu ne vous f retient. Si vous partiez, tout serait dit; il ne meresteraitde vousque raadou< leur. Cette nature , ces beaux-arts , cette poésie que je sens a vec vous, et maintenant, hélas! seulement avec voBS, tout deviendrait muet pour mon âme. Je ne me réveilk qu'eu tremblant ; je ue sais pas, quand je vois ce beau jour, s'il ne me trompe point par s^ rayons resplendissants, si vous êtes encore là , vous , l'astre de ma vie. Oawald , dtez-moi cette terreur, et je ne verrai rien au delà de cette sécurité délicieuse. — Vous savez , répondit Oswald , que jamais un Anglais n'a renoncé à sa patrie; que la guerre peut me rappeler; que.... — Ah! Dieu, s'écria Corinne, vondriez-vous me préparer.... Et tous ses membres tremblaient, comme à l'approche du plus effroyable danger- — Uébien! s'il ^t ainsi, emmenez-moi commeépouse, comme esclave.... Mais tout à coup, reprenant ses esprits, elle dit : Oswald , vous ne partirez jamais sans m'en prévenir, jamais, n'est-ce pasî Écoutez : dans aucun pays, un criminel n'est conduit au supplice , sans que quelques lieures lui soient données pour recueillir ses pensées. Ce ne sera pas par uue lettre , ce sera vous-même qui viendrez me le dire ; vous m'avertirez , vous m'entendrez avant de vous éloigner de moi. — Et le pourrats-je alors?... — Quoi! vous hésitez à m'aceoider ce que je demande! s'éeria Corinne. — Non, répondit Oswald, je n'hésite pas : tu le veux, hé bien! je le jure; si ce départ est nécessaire , je vous eu préviendrai, et ce moment décidera de notre vie. — Et elle sortit.
Pendant les jours qui suivirent la maladie d'Oswald, Corinne évita SMgneusement ce qui pouvait amener une explication entre
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eux. Elle voulait readre la vie de son ami aussi douce qu'il était possible; maiselle ne voulait point lui conflareDcoresonhistoire. Tout ce qu'elle avait remarqué dans leuis entretiens ne l'avait que trop convaincue de l'ioipressioD qu'il recevrait en apprenant et ce qu'elle était , et ce qu'elle avait sacrifié ; et rien ne lui faisait plus de peur que cette impression, qui pouvait le détacher d'eue.
Revenant donc à raimable adresse dont elle avait coutume de se servir pour empfclier Osvrald de se livrer à ses inquiétudes passionnées, elle voulut intéresser de nouveau son esprit et son imagination par les merveilles des beaux-arts qu'il n'avait point encore vues , et retarder ainsi l'instant où le sort devait s'éclaircic et se décider. Une telle situation serait insupportable dans tout autre sent iment que l'amour ; mais il donne des heures si douces , il répand un tel charme sur chaque minute , que , bien qu'il ait besoin d'un avenir indéGui, il s'enivre du présent, et reçoit im jour comme un siècle de bonheur ou de peine, tant ce jour est rempli par une multitude d'émotions et d'idées. Ah I ■ans doute , c'est par l'amour que l'éternité peut être comprise; il confond toutes les notions du temps ; il e^ce les idées de commencement et de fin;on croit avoirtoujours aimé l'objet qu'on aime, tant il est difficile de concevoir qu'un ait pu vivre sans lui. Plos la séparation est affreuse, moins elle parait vraisemblable ; elle devient , comme la mort , une crainte dont on parle plus qa'i»i n'y croit, un avenir qui semble impossible, alors même qu'on le sait inévitable.
Corinne, parmi ses innocentes ruses pour varier les amusements d'Oswakl , avait encore réservé les statues et les tableaux. Un jour donc, lorsque lord rielvil fut rétabli, elle lui proposa d'aller voir ensemble ce que la sculpture et la peinture offraient à Rome de plus beau. — 11 est honteux , lui dit-elle en souriant, que vous ne connaissiez ni nos statues , ni nos tableaux; et de* main il Ëiut commencer le tour des musées et des galeries. — Vous le voulez, répondit lord Nelvil; j'y consens. Mais en venté, Corinne, vous n'avez pas besoin de ces ressources étrangères pour me fixer auprès de vous : c'est, au contraire, un S3-
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ciificequejeTOUs fais , qnand je détourne mes r^ards de vous, pour quelque objet que ce puisse être. —
Ils allèrent d'abord au musée du Taticaa, ce palais des statues, où l'on voit la figure humaine divinisée par le paganisme , comne les sentiments de l'âme le sont maintenant par le christianisme. Corinne fit remarquer â lord Nelvil ces salles silencieuses, où sont rassemblées les images des dieux et des héros , où la plus parfaite beauté, dans un repos étemel, semble jouir d'ellemême. En contemplant ces traita et ces formes admirables , il se révèle je ne sais quel dessein de la Divinité sur l'homaie , exprimé par la noble figure dont elle a daigné lui faire don. L'âme s'élève par cette contemplation à des espérances pleines d'enthousiasme et de vertu ; car la beauté est une dans l'imivers, et, sous quelque forme qu'elle se présente, elle excita toujours une émotion relieuse dans le cœur de l'homme. Quelle poésie que ces visages , où la plus sublime expression est pour jamais fixée , où les plus grandes pensées sont ravétoes d'une image si digne d'elle !
Quelquefois un sculpteur ancien ne faisait qu'une stalse dans sa vie ; elle était toute son histoire. Il la perfectionnait chaque jour : s'il aimait , s'il était aimé, s'il recevait par la nature ou par les beaux-arts uoe impression nouvelle , il embellissait les traits de son héros par ses souvenirs et par ses affectons. Il savait ainsi traduire anx regards tous les sentimeots de son âme, La douleur de nos temps modernes , au milieu de notre état social si froid et si oppressif, est ce qu'il y a de plus noble dans l'homme; et, de nos jours, qui n'aurait pas souffert n'aurait jamais senti ni pensé. Mais il y avait dans l'antiquité quelque diose de plus noble que la douleur : c'était le calme héroïque , c'était le sentiment de sa force , qui pouvait se développer au milieu d'institutions franches et libres. I^ plus belles statues des Grecs n'ont presque jamais indiqué que le repos. Le Laocooa et la Kiobé sont les seules qui pdgnent des douleurs violentes; mais^estla veugeancedu del qu'elles rappellent taules les deux, et non les passions nées dans le cœur humain. L'être moral avait une oi^nisation si saine chez les andens , l'air circulait si
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UbrèmeDt dans leur large poitrine , et l'ordre politique était si bien en harmonie avec les facultés , qa'il n'existait presque jamais , comme de notre temps , des âmes mal à l'aise : cet état &it découvrir beaucoup d'idées fines , mais ne fournit point aux arts , et particulièrement à la sculpture , les simples affections, les éléments primitifs des sentiments , qui peuvent seuls s'exprimer par le marbre éternel.
A peine tronve-t-on dans leurs statues quelques traces de mélancolie.'Une tête d'Apollon, au palais Justiniani, une autre d'Alexandre mourant , sont les seules où les dispositions de l'âme rêveuse et souffrante soient indiquées ; mais elles appar» tiennent l'une et l'autre, selon toute apparence , au temps oà la Grèce était asservie. Dès lors il n'y avait plus cette fierté , ni cette tranquillité d'âme, qui ont produit cbez les anciens les chefs-d'œuvre de la sculpture , et de la poésie composée dans le même esprit.
La pensée qui n'a plus d'aliments au dehors se replie sur ellemême, analyse, travaille, creuse les sentiments intérieurs; mais elle n'a plus cette force de création qui suppose et le bon* beur, et la plénitude de forces que le bonheur seul peut donner. Les sarcophages, même cbez les anciens, ne rappellent que des idées guerrières ou riantes : dans la multitude de ceux qui se trouvent au musée du Vatican, on voit des batailles, des jeux représentés en bas-reliefs sur les tombeaux. Le souvenir de l'activité de ta vie était le plus bel hommage que l'on crût devoir rendre aux morts. Rien n'affaiblissait, rien ne diminuait les forces. L'encouragement, l'émulation, étaient le principe des beaux-arts comme de la politique; il y avait place pour toutes les vertus comme pour tous les talents. Le vulgaire se glorifiait de savoir admirer; et le culte du génie était des* servi par ceux même qui ne pouvaient point aspirer à ses couronnes.
appelés à peindre iea passions basses ou féroces, ils en sauvaient la lionte à la figure humaine , en ; jo^;nant , comme dans les faunes et les centaures , quelques traits des animaux ; et , pour donner à la beauté son plus sublime caractère, ils unissaient tour h tour dans les statues des hommes et des femmes, dans la Minerve guerrière et dans l'Apollon Musagète , les charmes des deux sexes, la force à la douceur, la douceur à la force : mélange heureux de deux qualités opposées, sans lequel aucune des deux ne serait parfaite. *
Corinne, en continuantses observations , retint Oswald quel* que temps devant des statues endormies qni sont placées sur les tombeaux, et montrent l'art de la sculpture sous le point de vue )e plus agréable. Elle lui lit remarquer, que toutes les fois que les statues sont censées représenter une action , le mouvement qui s'arrête produit une sorte d'étonnement quelquefois pénible. Mais les statues dans le sommeil , ou seulement dans l'attitude d'un repos complet , offrent une image de Vétemelle tranquillité, qui s'accorde merveilleusement avec l'effet général du Midi sur l'homme. Il semble que là les beaux-arts soient les paisibles spectateurs de la nature, et que le génie lui-même, qui agite l'âme dans le Mord, ne soit, sous un beau ciel, qu'une harmonie de plus.
Oswald et Corinne passèrent dans la salle où sont rassemblées les images sculptées des animaux et des reptiles ; et la statue de Tibère se trouve par hasard au milieu de cette cour. Cest sans projet qu'une telle réunion s'est faite : ces marbres se sont d'euxmêmes rangés autour de leur maître. Une autre salle renferme les monuments tristes et sévères des Égyptiens, dece peuple chci lequel les statues ressemblent plus aux momies qu'aux hommes, et qui, par ses institutions silendeuses, loides et serviles, semble avoir, autant qu'il le pouvait, assimilé la vie à ia mort. Les Égyptiens excellaient bien plus dans l'art d'imiter les animaux que les hommes : c'est l'empire de l'âme qui semble leur être inaccessible.
Viennent ensuite les portiques du musée, où l'on voit à chaque pas un nouveau chef-d'œuvre. Des vases , des autels , des ornements de toute espèce , entourent l'Apollon , le Laocoiui ,
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les Muscs. Cest là qu'on apprend à sentir Homère et Sophocle ; c'est ]h que se révèle à V&me une connaissance de l'antiquité qui ne peut jamais s'acquérir ailleurs. Cest en vain qne l'on se fie à la lecture de l'histoire pour comprendre l'esprit des peupies ; ce que l'on voit excite en nous bien plus d'idées que ce qu'on Ut, et les objets extérieurs causent une émotion forte, qui donne à l'étude du passé l'intérêt et la vie qu'on trouve dans l'observation des hommes et des faits contemporains.
Au milieu des superbes portiques , asile de tant de merveilles, il y a des fontaines qui coulent sans cesse , et vous avertissent doucement des heures qui passaient de même , il y a deux mille ans, quand les artistes de ces chefe-d'ccuvre existaient encore. Mais l'impression la plus mélancolique que l'on éprouve au musée du Vatican , c'est en contemplant les débris de statues que l'onyvoitrassemblées :1e torse d'Hercule, des têtes séparées du tronc , un pied de Jupiter, qui suppose une statue plus grande et plus parfaite que toutes celles que nous connaissons. On croit voir le champ de bataille où le temps a lutté contre le génie ; et ees membres mutilés attestent sa victoire et nos pertes.
Après être sortis du Vatican, Corinne conduisit Os wald devant les eolosses de Monte^vallo; ces deux statues représentent, dit-on , Castor et PoUui. Chacun des deuit héros dompte d'une seule main un cheval fougueux qui se cabre. Ces formes colossales, cette lutte de l'homme avec les animaux, donne, comme tous les ouvrées des anàens , une admirable idée de la puissance physique de la nature humaine. Mais celte puissance a quelque chose de noble qui ne se retrouve plus dans notre ordre social , où la plupart des exercices du corps sont abandonnés aux gens du peuple. Ce n'est point la force animale de la nature humaine , si l'on peut s'exprimer ainsi , qui se fait remarquer dans ces chefs-d'œuvre. 11 semble qu'il y avait une union plus intime entre les qualités physiques et morales citez les andens, qui vivaient sans cesse au milieu de la guerre, et d'une guerre presque d'homme à homme. La force du corps et la générosité de l'âme, la dignité des traits et la fierté du caractère, la hauteur de la stature et l'autorité du commandement, étaient des idées inséparables , avant qu'une religion intellectuelle edt
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placé la puissance de l'horame daus son flme; La ^re humuiM, qui était aussi la ligure des dieux, paraissait symbolique; et le colosse nerveui de l'Hercule, et toutes les figures de raDtiquitédau5cegeiire,ne retracent point les vulgaires idées de la vie commune, mais la volonté toute-puissante, la volonté divine, qui se montre sous l'emblème d'une force physique surnaturelle.
Corinne et lord Nelvil terminèrent leur journée en allant voir l'atelier de Canova, du plus grand sculpteur moderne. Ckimme il était tard, ce fjt aux flambeaux qu'ils se le firent montrer; et les statues gagnent beaucoup à cette manière d'être vues. l<es anciens en jugeaient ainsi , puisqu'ils les plaçaient souvent dans leurs thermes , où le joui ne pouvait pas pénétrer. A la lueur des flambeaux, l'ombre plus prononcée amortit la brillante uniformité du marbre ; et les statues paraissent des figures paies, qui ont un caractère plus touchant et de grâce et de vie. 11 y avait chez Canova une admirable statue destinée pour un tombeau : elle représentait le Génie de la donleur , appuyé sur on lion, emblème de la force. Corinne , en contemplant ce Génie , crut y trouver quelque ressemblance avec Oswald , et l'artiste lui-même en fut aussi frappé. Lord Nelvil sedétourna, pourne point attirer ce genre d'attention; mais il dit à voix basse à son amie : — Corinne , j'étais condamné à cette étemelle douleur quand je vous ai rencontrée : mais vous avez chai^ ma vie , et quelquefois l'espoir, et toujours un trouble mêlé de charmes, remplit ce cœur qui ne devait plus éprouver que des regrets. —