OD I. ITALIE. S
factorise les fables païennes. On aper^it sur ia route de la chapelle les Prophètes et les Sibylles, appelés en témoignage par les chrËtiens ' ; une foule d'anges les entourent, et toute eetU Toûte ainsi peinte semble rapprocber le ciel de nous : mais ce del est sombre et redoutable ; le jour perce à peine h travers les vitraux , qui jettent sur les tableaux platât des ombres que des lumières-, l'obscurité agrandit encore les ^res d^à si imposantes que Michel- Ange a tracées ; l'encens , dont le parfum a quelque diosede funéraire, remplit l'air dans cette enceinte; et toutes les sensations préparent à la plus profonde de toutes, celle que la musique doit produire.
Pendant qu'Oswald était absorbé par les réDexions que faisaient naître tous les objets qui l'environnaient , il vit entrer dans la tribune des femmes , derrière la grille qui les sépare des hommes, Corinne qu'il n'espérait pas encore, Corinne vêtue de noir, toute pSle de l'absence, et si tremblante dès qu'elle aperçut Oswald , qu'elle fut obligée de s'appuyer sur la balustrade pour avancer : en ce moment le Miserere commença.
Les voix , parfaitement exercées à ce chant antique et pur, partent d'une Uribune à l'origine de la voûte; ou ne voit point ceux qui chantent ; la musique semble planer dans les airs ; à chaque instant la chute du jour tend la chapelle plus sombre : ce n'était plus cette musique voluptueuse et passionnée qu'Oswald et Corinne avaient entendue huit jours auparavant ; c'était une musique toute religieuse , qui conseillait le renoncement à la terre. Corinne se jeta à genoux devant la grille, et resta plongée dans la plus profonde méditation i Qswald lui-même disparut h ses yeux. Il lui semblait que c'était dans un tel moment d'exaltation qu'on aimerait à mourir, si la séparation de l'âme d'avec le corps ne s'accomplissait point par la douleur ; si tout à coup un ange venait enlever sur ses ailes le sentiment et la pensée, étincelles divines qui retourneraient vers leur source : la mort ne serait, pour ainsi direalors qu'un acte spontanédu cœur, qu'une prière plus ardente et mieux exaucée.
Le Miserere, c'est-à dire, ayez pitié de nous, est un psaume
m Sibylla.
i,.,Cooylc
composé de versets qui se chantent altem«tivemeni d'une manière très-différente. Tour à tour une musique céleste se fait entendre , et le verset suivant , dit en récitatif , est murmuré d'un ton sourd et presque rauque ; on dirait que c'est la réponse des caractères durs aux cœurs sensibles , que c'est le réel de la fie qui vient Oétrir et repousser les vœux des âmes généreuses ; et quand ce chœur si doux reprend , on renatt à l'espérance : mais lorsque le verset récité recommence, une sensation de froid saigit de nouveau ; ce n'est pas la terreur qui la cause, mais le découragement de l'enthousiasme. Enfin le dernier morceau , plus'noble et plus touchant encore que tous les autres , laisse au fond de l'âme une impression douce et pure : Dieu nous accorde cette même impression avant de mourir.
On éteint les flambeaux ; la nuit s'avance ; les figures des Prophètes et des Sibylles apparaissent comme des.fantâmes enveloppés du crépuscule. Le silence est profond,, la parole ferait un mal insupportable dans cet état de l'âme, où tout est intime et intérieur; et quand le dernier son s'éteint, chacun s'en va lentement et sans bruit ; chacun semble craindre de rentrer dans les intérêts vulgaires de ce monde.
Corinne suivit la procession qui se rendait dans te temple de Saint-Piene, qui n'est alors édairé que par une croix illuminée : ce signe de douleur, seul resplendissant dans l'auguste obscurité de cet immense édiUce, est la plus belle image du christianisme au milieu des ténèbres de la vie. Une lumière pâle et lointaine se projette sur les statues qui décorent les tombeaux. Les vivants qu'on aperçoit en foule soi^s ces voâtes semblent des pygmées , en comparaison des images des morts. Il y a autourdela croix un espace éclairé par elle, où se prosternent le pape vêtu de bianc, et tous les cardinaux rangés derrière lui. Ils restent là près d'une demi-heure dans le plus profond silence, et il est impossible de n'être pas ému par ce spectacle. On ne sait pas ce qu'ils demandent , on n'entend pas leurs secrets gémissements ; mais ils sont vieux, ils nous devancent dans la route de la tombe : quand nous passerons à notre tour dans cette terrible avant-garde. Dieu nous fera-t-il la grâce d'ennobLr assez la vieillesse, pour que le déclin de la vie soit les premiers jours de l'immortalité ?
GorinDeaussi.lajeime et belle CoTinne, était h genoux derrière le eort^ des prétres;etla douée lumière qui éclairait son visage pâlissait son teint sans affaiblir l'éclat de ses yeux. Oswald la contemplait ainsi comme un tableau ravissant et comme un être adoré. Quand sa prière fut finie, elle se leva ; lord Nelvil n'osait l'approcber encore , respectant la méditation religieuse dans laquelle il la croyait plongée : mais eHe vint à lui la première avec un transport de bonheur ; et ce sentiment se répandant sur tout ~ee qu'elle faisait , elle accaeillit avec une gaieté vive ceui qui l'aLordèrent dans Saint-Pierre , devenu tout à coup comme une grande promenade publique, où chacun sedonne rendez-vous pour parler de ses affaires ou de ses plaisirs.
Oswald était étonné de cette mobilité qui faisait succéder l'une à l'autre des impressions si différentes; et bien qu'il fût heureux de la joie de Corinne , il était surpris de ne trouver eu elle aucune trace des émotions de la journée : il ne concevait pas comment on permettait que cette belle église fût , dms un jour si solennel, le café de Rome ou l'on se rassemblait pour s'amuser ; et-, regardant Corinne au milieu de son cercle, parlant avec vivacité, et ne pensant point aux objets dont elle était entourée, il conçut un sentiment de défiance sur la légèreté dont elle pouvait être capable : elle s'en aperçut à l'instant ; et , se séparant brusquement de la société , elle prit le bras d'Ostrald pour se promener avec lui dans l'église , et lui dit : — Je ne vous ai Jamais entretenu de mes sentiments religieux : permettez qu'aujourd'hui je vous en parle ; peu^étre dissiperai-je ainsi les nuages qne j'ai vus s'âever dans votre esprit.
La différence de nos religions , mon cher Oswald , continua Corinne, est cause du blâme secret que vous ne pouvez vous empêcher de me laisser voir. La vâtre est sévère et sérieuse , la udtre est vive et tendre. On croit généralement que le catholi-
cùme est plus ngoateux qne le piotestandsine, et cela peutStre vrai dans les pays où la lutte a existé entre les deux roU^ODS ; mais en Italie nous o'avons point eu de diEsensions religieuses, et en Anglet^re tous en avez beaucoup éprouvé; il est résulté de eette différence que le catholicisme a pris, eu Italie, un caractère de douceur et d'indulgence , et que, pour détruire le catholicisme en Angleterre, la réformation s'est armée de la plus grande sévérité dans les principes et dans la morale. Notre religion , comifle celle des anciens , anime les arts , inspire les poètes, fait partie, pour ainsi dire, de toutes les jouissances de notre vie ; tandis que la vâtre , s'établissaot dans un pays où la raison domioaitplns encore que l'imagination, aprisuacaractère d'austérité morale dont elle ne s'écartera jamais. La ndtre parle au nom de l'amour, la vdtre a» nom du devoir. Nos principes sont libéraux , nos dogmes sont absolus ; et néanmoins , dans l'application, notre despotisme orthodoxe transige avec les circonstances particulières , et votre liberté religieuse fait respecter ses lois , sans aucune exception. Il est vrai que notre catholicisme impose à ceux qui sont entrés dans l'état monastique des pénitences très-dures : cet état, choisi librement, est un rapport mystérieux entre l'homme et la Divinité; mais la religion des séculiers , en Italie , est ime source habituelle d'émotions touchantes. L'amour, l'espérance et la foi sont les vertus principales de cette religion ; et toutes ces vertus annoncent et donnent le bonheur. Loin donc que nos prêtres nous interdisent en aucun temps le pur sentiment de la joie, ils nous disent que ce sentiment exprime notre reconnaissance envers les dons du Créateur. Ce qu'ils exigent de nous , c'est l'observation des pratiques qui prouvent notre respect pour notre culte et notre désir de plaire ù Dieu ; c'est la charité pour les malheureux, et la repentancedansnosfaiblesses.Maisilsneseiefusent point à nous absoudre, quand nous le leur demandons avec zèle; et les attachements du cœur inspirent ici plus qu'ailleurs une indulgente pitié. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit de la Madeleine : Il lui sera oeaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé? Ces mots ont été prononcés sous un ciel aussi beau que le nôtre; ce même ciel implore pour nous la miséricorde de ta Divinité.
— Corlnoe, répondit lonl Nelvil, comment combattre des parolessi douces, et dont mon cœur a tant de besoin P Mais je le ferai cependant , parce que ce n'est pas pour un Jour que j'aime Corinne, et que j'espère avec elle un long avenir de bonheur et de vertu. Lareligion la plus pure est celle qui fait du sacrifice de DOS passions, et de l'accomplissement de nos devoirs, un hom- mage continuel a l'Être suprême. La moralité de l'homme est son culte envers Diea : c'est dégrader l'idée que nous avons du Créateur, que de lui supposer, dans ses rapports avec la créature, une volonté qui ne soit pas relative à son perfectionnement mtellectuel. La paternité , cette noble image d'un maître souverainement bon , ne demande rien aux enfants que pour les rendre meilleurs ou plus benreux : comment donc s'ima- ^er que Dieu exigerait de l'homme ce qui n'aurait pas l'hoai me mémo pour objet 1 Aussi voyez quelle confusion il résulte, dans la tAe de votre penpie, de l'habitude où il est d'attaclier plus d'importance aux pratiques religieuses qu'aux devoirs de la morale! c'est après la semaine sainte, vous le savez, que se commet à Rome le plus grand nombre de meurtres. Le peuple se croit, pour ainsi dire, en fonds parle carême, et dépense eu assassiaats les trésors de sa pénitence. On a vu des criminels qui , tout dégouttants encore de meurtres , se faisaient scrupule de manger de la viande le vendredi; et les esprits grossiers, à qui l'on a persuadé que le plus grand des crimes consiste à désobéir aux pratiques ordonnées par l'Église , épuisent leur conscience sur ce sujet , et considèrent la Divinité comme les gouvernements du monde, qui font plus de cas de la soumission à leur pouvoir, que de toute autre Tertu ■ ce sont des rapports de courtisan mis à la place du respect qu'inspire le Créateur, comme la source et la récompense d'une vie scrupuleuse et délicate. Le catholicisme italien, tout en démonstrations extérieures, dispense l'âme delà méditation et du recueillement. Quand le spectacle est Qui , l'émotian cesse, le devoir est rempli; et l'on n'est pas, comme chez nous, longtemps absorbé dans les pensées et les sentiments que fait naître l'examen ngooreux de sa conduite et de son cœur. — Vous Êtes sévère , moa cher Oswald , reprit Corinne ; ce
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n'est pn la première foisqae je l'ai remarqué. Si la religion consistait seulement dans la stricte observatiou de la morale , qu'aurait-elle de plus que la philosophie et la raison ï Et quels sentiments de piété se développeraient en nous , si notre principal but était d'Étouffer les sentiments du cœur? Les stoïciens en savaient presque autant que nous sur les devoirs et l'austérité de la conduite ; mais ce qui n'est dA qu'au christianisme , c'est renthouùasme religieux qui s'unit à toutes les affections de l'âme; c'est la puissance d'aimer et de plaindre; c'est le culte de sentiment et d'indulgence, qui favorise si bien l'essor de l'âme vers le ciel. Que signifie la parabole de l'enfant prodigue, si ce n'est l'amour, l'amour sincère, préféré même h l'accomplissement le plus exact de tous les devoirs? Il avait quitté, cet enfemt. la maison paternelle, et son frère ; était resté; il s'était plongé dans tous les plaisirs du monde, et son frère ne s'était pas écarté un instant de la régularité de la vie domestique ; mais il revint , mais il pleura, mais il aima , et son père fit une fête pour son retour. Ah ! sans doute que , dans les mystères de notre nature , aimer , encore aimer , est ce qui nous est resté de notre héritage céleste. Nos vertus mSnies sont souvent trop compliquées avec la vie, pour que nous puissions toujours comprendre ce qui est bien, ce qui est mieux, et quel est le sentiment secret qui nous dirige et nous égare. Je demande à mon Dieu de m'apprendre à l'adorer, etjesensl'eËfetdemes prières par les larmes que je répands. Mais, pour se soutenir dans cette disposition , les pratiques religieuses sont plus nécessaires que vous ue pensez : c'est une relatioQ constante avec la Divinité ; ce sont des actions journalières sans rapport avec aucun des intérêts de la vie , et seulement dirigés vers le monde invisible. Les objets extérieurs aussi sont d'an grand seooivs pont la piété ; l'âme retombe sur elle-même , si les beaux-arts , les grands monuments , les chants harmonieux , ne viennent pas ranimer ce génie poétique , qui est aussi le génie religieux.
L'homme le plus vulgaire, lorsqu'il prie, lorsqu'il souf&e, et qu'il espère dans te ciel , cet homme, dans ce moment, a quelque chose en lui qui s'exprimerait comme Milton , comme Homère , ou comme le Tasse , si l'éducation lui avait appris à
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revêtir de paroles ses peosées. Il n'y a que deux classes d'hommes distinctes sur la terre, celle qui sent l'enthousiasme, et celle qui le méprise; toutes les autres différences sont le travail de la société. Celui-là n'a pas de mots pour ses sentimenls ; celui-ci sait ce qu'il faut dire pour cacher le vide de son cœur. Mais la source qui jaillit du roehar même , à la voix du ciel , cette source est le vrai talent, la vraie religion, te Téritable amour.
La pompede notre culte, ces tableaux, où les saints à genoux expriment 'dans leurs regards une prière continuelle; ces statues , placées sur les tombeaux , comme pour se réveiller un jour avec les morts ; ces églises et leurs voâtes immenses , ont un rapport intime avec les idé^s religieuses. J'aime cet hommage éclatant rendu par les hommes à ce qui ne leur promet ni la fortune , ni la puissance ; à ce qui ne les punit ou ne les récompense que par un sentiment du cœur : je me sens alors plus fière de mon être ; je reconnais dans l'homme quelque chose de désintéressé ; et, dllt~on multiplier trop les magnificences religieuses , 'j'aime cette prod^alité des richesses terrestres pour une autre vie, du temps pour l'éternité : assez de choses se font pour demain , assez de soins se prennent pour Féconomie des affaires humaines. Ohl que j'aime l'inutile! l'inutile, si l'existence n'est qu'un travail pénible pour un misérable gain. Mais si nous sommes sur cette terre en marche vers le ciel , qu'y a-t-il de mieux à faire que d'élever assez notre Ame pour qu'elle sente l'inlini , l'invisible et l' éternel , au milieu de toutes les bornés qui l'entourent ?
Jésus-Christ laissait une femme faible , et peut-être repentante, arroser ses pieds des parfums les plus précieux; il repoussa ceux qui conseillaient de réserver ces parfums pour un usage plus profitable : Laissez-la faire , disait-il, car je suis pour peu de temps avec vous. Hélas I tout ce qu'il y a de bon , de sublime sur cette terre, est pour peu de temps avec nous; l'âge, les infirmités, la mort, tariront bientôt cette goutte de rosée qui tombe du ciel , et ne se repose que sur les Heurs. Cher Oswald, laissez -nous donc tout confondre , amour , religion, génie, elle soleil et les parfums, et la musique et la poésie; il
n'y a d'athéisme que dans ta froideur, l'égoîsnif Jésus-Christ a dit : Quand deux ou trois leront rassemblés en mon nom. Je serai au milieu d'eux. Et qu'est-ce , 6 mon Dieu, que d'être rassemblés en votre nom, si ce n'est jouir des doDS sublimes de votre belle nature, et vous en faire bommage, et vous lemerder de la vie, et vous en remercier surtout, quand un cœur aussi créé par vous répond tout entier au nôtre 1 —
Une inspiration céleste animait dans cet instant la physionomie de Corinne. Oswald put à peine s'empêcher de se jetor à Renoui devant elle au milieu du temple , et se tut pendant longtemps , pour se livrer au plaisir de se rappeler ses paroles , et de les retrouver encore dans ses regards. Enfin, cependant, il voulut répondre; il ne voulut point abaudonnei la cause qui lui était chère.— Corinne, dit-il alors, permettez encore quelques mots h votre ami. Son Stne n'a point de sécheresse ; non . Corinne , elle n'en a point , croyez-le ; et si j'aime l'austériti dans les principes et dans les actions , c'est parce qu'elle donne aux sentiments plus de profondeurs^ de durée. Si j'aime la raison dans la religiou , c'est-à-dire si je repousse el les dogmes con< tradiutoires et les moyens humains de faire effet sur les hommes , c'est parce que je vois la Divinité dans la raison comme dans l'euthousiasme ; et si je ne puis souffrir qu'on prive l'bomme d'aucune de ses facultés , c'est qu'il u'a pas trop de tantes pour connaître une vérité que la réflexion lui révèle aussi bien que l'instinct du ccenr, l'existence de Dieu a l'immortalité de J'âme. Que peut-on ajouter à ces idées sublimes , h leur union avec la vertu f que peut-on y ajouter qui ne soit au-dessous d'elles i" L'enthousiasme poétique , qui vous donne tant de charmes , n'est pas , j'ose le dire , la dévotion la plus salutaire. Co rinne, comment pourrait-on se préparer par cette disposition aux sacrifices sans nombre qu'exige de nous le devoir? Il n'y avait de révélation que par les élans de l'fime , quand la destinée humaine , future et présente , ne s'offrait à l'esprit qu'à travers les nuages ; mais pour nous , h qui le christianisme l'a rendue claire et positive, le sentiment peut être notre récompense, mais il ne doit pas être notre seul guide : vous décrivez l'existence
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d«s bienheureux , et Don pas celle des mortels. La vie religieuse est un combat , et non pas an hymne. Si nous n'étions pas condamnés à réprimer dans ce m<»ide les mauvais penchants des autres et de nous-mâmes, il n'y aurait, en effet, d'autre distinction àfaiieqn'entre les âmestroidesetlesâmes exaltées. MaisThomme est une créature plus âpre et plus redoutable que votre cceur ne vous le p^t; et la raison dans la piété, et l'autorité dans le devoir , sont un ftein nécessaire à ses oi^eilleux égarements.
De quelque manière que vous- considériez les pompes extérieures , et les pratiques multipliées de votre religion , croyeznx», chère amie , la contemplation de l'univers et de son auteur sera toujours le premier des cultes , celui qui remplira l'imagination, sans que l'examen y puisse trouver ri«i de futile ni d'absurde. Les dogmes qui blessent ma raison refroidissent aussi mon enthousiasme. Sans doute le monde , tel qu'il est, est un mystère que nous ne pouvons ni nier ni comprendre ; i! serait donc bien fou , celui qui se refiiserait à croire tout ce qu'il ne peut expliquer ; mais ce qui est contradictoire est' toujours de la créatioodee hommes. Le mystère, tel que Dieu nous l'a donné, est au-dessus des lumières do l'esprit, mais non en opposition avec elles. Un ptiilosophe allemand a dit: Je ne connaît que deux belle* choses dans F univers : le ciel étoile sur nos têtes , et le sentiment du devoh' dans nos cixurs. En effet , tontes les mrrveilles de la création sont réunies dans ces paroles.
Imh qu'une religion simple et sévère dessèche le cœur , j'aurais pensé, avant de vous connaître, Corinne, qu'elle seule pouvaitconccntreret perpétuer les affections. J'ai va la conduite la plus austère et la plus pure développer dans un homme une épuisable tendresse ; je l'ai vu conserver jusque dans la vieillesse une virginité d'Sme que les orages des passions et les fautes qu'elles font commettre auraient nécessairement flétrie. Sans doute le repentir est une belle chose, et j'ai besoin, plus que personne , de croire à son efBcacilé ; mais le repentir qui se répète fatigue l'âme, ce sentiment ne régénère qn'une fois. Cest la rédemption qui s'accomplit an fond de notre âme ; et ce grand sacriSce ne peut se renouveler. Quand la faiblesse humaine s'y
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accoutume, elle perd la force d'aimer : car il faut de la force pour aimer, du moins avec constance.
Je ferai des objections du même genre à ce culte plein de splendeur qui, selon vous, agit si vivement sur l'imagination: je crois l'imE^atiou modeste et retirée comme le cœur. Les émotions qu'on lui commande sont moins puissantes que celles qui naissent d'elles-mêmes. J'ai vu dans les Cévenses un ministreprotestant qni prêchait , vers le soir , dans le fond des montagnes. Il invoquait les tombeaux des Français bannis et proscrits parleurs frères, et dont les cendres avaient été rapportées dansces lieux ; il promettait à leurs amis qu'ils les retrouveraient dans un meilleur monde; il disait qu'une vie vertueuse nous assurait ce bonbeur; il disait : Faites du bien aux hommes, pour que Dieu cicatrise dans votre coeur la blessure de la douleur. Il s'étonnait de l'inflexibilité, de la dureté que l'homme d'un jour montre à l'homme d'un jour comme lui, et s'emparait de cette terrible pensée de la mort , que les vivants ont conçue , mais qu'ils n'épuiseront jamais. Enfin il n'annonçait riea qui ne fât touchant et vrai : c'étaient des paroles parfaitement eu harmonie avec la nature. Le torrent qu'on entendait dans l'éloignement, la lumière scintillante des étoiles, semblaient exprhn» la m£me pensée sous une autre forme. La magnificence de la nature était là , cette magnificence , la seule qui donne des (Êtes sans offenser l'infortune; et toute cette imposante simplicité remuait l'âme bien plus profondément que des cérémonies éclatantes.
Le surlendemain decetentïetien,Iejour de Pâques, Corinne et lord Nelvil étaient ensemble sur la place de Saint-Pierre , au' moment ou le pape s'avance sur le balcon le plus élevé de l'église , et demande au ciel la bénédiction qu'il va répandre la terre; lorsqu'il prononce ces mots : UrH et orbi (à la ville et au monde), tout le peuple rassemblé se jette à genoux; et Corinne et lord Nelvil sentirent , par l'émotion qu'ils épronvèrent en ce moment, que tous les cultes se ressemblent. Le sentiment religieux unit intimement les hommes entre eux , quand l'nmour-propre et le fanatisme n'eu font pas un objet de jalousie
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et de baine. Prier ensemble dans quelque langue , dans quelque rit que ce soit , c'est la plus touchante fraternité d'espérance et de sympathie que les hommes puissent contracter sur cette terre.