‹ CorinneChapitre 43 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Oswald était fier d'emmener sa conquête ; lui , qui se sentait presque toujours troublédans ses jouissances par les réflexions et les regrets, n'éprouvait plus cette fois la peine de l'incertitude . Ce n'était pas qu'il îùt décidé, mais il ne s'occupait pas de l'être, et il se laissait aller aux événements , espérant bien être entraîné par eux h ce ipi'il souhaitait. Ils traversèrent la campagne d' Albano , lieu où l'on montre encore ce qu'on croit être le tom beau des Horaces et des Curiaces. Ils passèrent près du lac de Nemi et des bois sacrés qui l'entourent. On dit qu'Hippolyte fiit ressuscité par Diane dans ces lieux ; elle ne permettait pas aux dievanx d'en approcher , et perpétuait, par cette défense, le souvenir du malheur de son jeune favori. C'est ainsi qu'en Italie , presqu'à chaque pas , la poésie et l'histoire viennent se retracer à l'esprit ; et les sites charmants qui les rappellent adoucissent tout ce qu'il y a de mélancolique dans le passé, et semblent lui conserver une jeunesse étemelle.

Oswald et Corinne traversèrent ensuite les marais Pontins, campagne fertile et pestilentielle tout à la fois , où l'on ne voit pas une seule habitation , quoique la nature y semble féconde. Quelques hommes malades attèlent vos chevaux , et vous reconmiandent de ne pas vous endormir en passant les marais ; car le sommeil est là le véritable avant-coureur de la mort. Des buffles d'une physionomie tout à la fois basse et féroce traînent la charrue, que d'imprudents cultivateurs conduisent encore quelqu^ois sur cette terre fatale , et le plus brillant soleil édaire ce triste spectacle. Les Ueus marécageux et malsains, dans le hh;Ic

Kord , sont annoncés par leur effrayant aspect ; mais , dons les contrées les plus funestes du Midi , la nature conserve une eérënité dont la douceur trompeuse fait illusion aux voyageurs. S'il est vrai qu'il soit très- dangereux de s'endormir en traversaiit tes marais Pontins, l'invincible penctiant au sommeil, qu'ils inspirent dans la chaleur, est encore une des impressions perlîdes que ce lieu fait éprouver. Lord Nelvil veillait constamment sur Corinne. Quelquefois elle penchait sa tête sur Thérésine, qui les accompagnait ; quelquefois elle fermait les yeux , vaincue par la langueur de l'air. Oswald se hâtait de la réveiller , avec une inexprimable terreur; et, bienqu'il fût sitendeui naturellement, il était inépuisable en sujets de conversation , toujours soutenus, toujours nouveaux , pour l'empêcher de succomber un moment à ce fatal sommeil. Ah! nefhut-il pas pardonner au coeur des femmes les regrets déchirants qui s'attachent àcesjoursoùetles étaient aimées , où leur existence était si nécessaire à l'existence d'un autre, lorsqu'à tous les instants elles se sentaient soutenues et protégées ? Quel isolement doit succéder à ces temps de délices 1 et qu'elles sont heureuses celles que le lien sacré du mariage a conduites doucement, de l'amour à l'amitié , sans qu'un moment cruel ait déchiré leur vie !

Oswald et Corinne, après le passage îuquiétant des marais Pontins , arrivèrent enfin a Terracine , sur le bord de la mer , aux confins du royaume de Naples. C'est là que commence véritablement te Midi ; c'est là qu'il accueille les voyageurs avec toute sa magnificence. Celte terre de Naples, cette campagne heureuse , est comme séparée du reste de l'Europe , el par la mer qui l'entoure, et par cette contrée dangereuse qu'il faut traverser pour y arriver. On dirait que la nature s'est réservé le secret de ce séjour de délices, et qu'elle a voulu que les abords en fussent périlleux. Itome n'est point encore le Midi : on en pressent les douceurs , mais son enchantement ne commence véritablement que sur le territoire de Naples. Non loin de Terracine est te promontoire choisi par les poètes comme la demeure de Circé, et derrière ïerradne s'élève le mont Anxur, ou Théodoric, roi des Goths, avait placé l'un des châteaux forts dont les guerriers du Nord couvrirent la terre. 1) y a tiès-

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peu de traces de l'invaEion des barbares en Italie; ou du moins là où ces traces consistent en destructions , elles se confondent avec l'effet du temps. Les nations septentrionales n'ont point donn£ à l'Italie cet aspect guerrier que l'Allemagne a conservé. 11 semble que la molle terre de l'Ausonie n'ait pu garder les fortifications et les citadelles dont les pays du Nord sont hérissés. Rarement un édifice gothique , un cbâteau féodal s'y rencontre encore ; et les souvenirs des antiques Romains régnent seuls à travers les siècles , malgré les peuples qui les ont vaincus.

Toute la montagne qui domine Terracine est couverte d'orangers et de citronniers , qui embaument t'air d'une manière délicieuse. Rien ne ressemble, dans nos climats, au parfum méridional des citronniers en pleine terre : il produit sur l'imagination presque le même effet qu'une musique mélodieuse ; il donne une disposition poétique , excite le talent , et l'enivre de la nature. Lesaloès,les cactus a larges feuilles, que vous rencontrez à cliaque pas, ont une physionomie particulière, qui rappelle ce que l'on sait des redoutables productions de l'Afrique. Ces plantes causent une sorte d'effroi : elles ont l'air d'appartenir à une nature violente et dominatrice. Tout l'aspect du, pays est étranger : on se sent dans un autre monde , dans un monde qu'on n'a connu que par les descriptions des poètes de l'antiquité, qui ont tout à la fois, dans leurs peintures, tant d'ima^ation et d'exactitude. En entrant à Terracine, les enfants jetèrent dans la voiture de Corinne une immense quantité de fleurs qu'ils cueillaieut au bord du chemin , qu^iIs allaient chercher sur la montagne , et qu'ils répandaient au hasard , tant ils se confiaient dans la prodigalité de la naturel Les chariots qui rapportaient la moisson des champs étaient ornés tous les jours avec des guirlandes de roses, et quelquefois les enfants entouraient leur coupe de fleurs : car l'imagination du peuple même devient poétique sous un beau ciel. On voyait, on entendait, à eÈté de ces riants tableaux, la mer, dont les vagues se brisaient avec fureur. Ce n'était point l'orage qui l'agitait, mais les rochers, obstacle habituel qui s'opposait à ses flots, et dont sa grandeur était irritée.

Il roflocdallon^mllomariaoT Et n' entendez-vous pat encore comme retentit ie frémtatement rawpie etpro/ondde la merl Ce mouvement sans but, cette force sans objet , qui se renouvelle pendant l'éternité , sans que nous puissions connaître ni sa cause ni sa fin , nous attire sur le rivage où ce grand spectacle s'offire à nos regards; et l'on éprouve comme un besoin mtié de terreur de s'approcher des vagues, et d'étourdir sa pensée par leur tumulte.

Veis le soir tout se calma. Corinne et lord Helvil se promenèrent lentement et avecdélices dans la campagne. Chaque pas, en pressant les fleurs , faisait sortir des parfums de irâr sein. Les ross^ols venaient se reposer plus volontiers sur les arbustes qui portaient tes roses. Ainsi les chants les plus purs se réunissaient aui odeurs les plus suaves ; tous les charmes de la nature s'attiraient mutuellement : mais ce qui est surtout ravissant et inexprimable, c'est la douceur de l'air qu'on respire. Quand on contemple un beau site dans le Nord , le climat , qui K fait sentir , trouble toujours un peu le plaisir qu'on pourrait goûter. Cest comme un son faux dans un concert, que ces petiies sensations de froid et d'humidité qui dâoumeot plus ou moins votre attention de ce que vous voyez; mais eu approchant de flapies vous éprouvez un bien-être tà parfait , une si grande dlnitié de la nature pour vous , que rien n'altère les sensations i^éables qu'elle vous cause. Tous les rapports de l'faomme dans nos climats sont avec la société. La nature, dans les pays chauds, met en relation avec les objets extérieurs, et lessenti* mentss'y répandent doucement au dehors. Ce n'est pas que le Midi n'ait aussi sa mélancolie : dans quels lieux la destinée de l'homme ne produitelle pas cette impression f Hais il n'y a dans cette mélancolie ni mécomentement , ni anxiété , ni regret. Ailleurs , c'est la vie qui , telle qu'elle est , ne suffit pas aux facultés de l'âme ; ici , ce sont les facultés de l'âme qui ne suffisent pas à la vie ; et a surabondance des sensations inspire une rêveuse indolence , dont on se rend â peine compte en l'éprouvant.

Pendant la nuit , des mouches luisantes se montraient dans

les airs; 0» eut dit qne la montagne ctincelait, et que la terre brûlante laissait échapper quelques-unes de ses flammes. Ces moucbes volaient h travers les arbres, se reposaient quelquefois sur les feuilles ; et le vent balan^it ces petites âtoiles , et variait de mille manières leurs lumières incertaines. Le sable aussi eontenait un grand nombre de petites pierres ferrugineuses qui brillairât de toutes parts ; c'était la terre de feu, coDser- Tant encore dans son sein les traces du soleil , dont les derniers rayons venaient de l'échauffer. Il y a tout à lafoi^dans cettenature une vie et uu repos qui satisfont en entier les vceux divers de l'eiistence.

Corinne se livrait au diarme do cette soirée, s'en pénétrait avec joie; Oswald ne pouvait cacher son émotion. Plusieurs fois il serra Corinne contre son cœur, plusieurs fois il s'éloigna, puis revint, puis s'éloigna de nouveau, pour respecter celle qui devait être la compagne de sa vie. Corinne ne pensait point aux dangers qui auraient pu l'alarmer; car telle était son estime pour Oswald , qne, s'il lui avait demandé le don entier de son être , elle n'eût pas douté qne cette prière ne fdt le serment solennel de l'épouser ; mais elle était bien aise qu'il triomphât de lui-mSme , et l'honorât par ce sacrifice ; et il y avait dans son âme cette plénitude de bonheur et d'amour qui DC permet pas de former un désir de plus. Oswald était bien loindececalme ; il se sentait embrasé parles charmes de Corinne. Une fois il embrassa ses genoux avec violence, et semblait avoir perdu tout empire sur sa passion; mais Corinne le regarda avec tant de douceur et de crainte, elle semblait tellement reconnaître son pouvoir, en lui demandant de n'en Qas abuser, que cette humble défense lui inspira plus de respect que toute autre.

Ils aperçurmt alors dans la nier le reflet d'un flambeau qn'une main inconnue portait sur le rivage, eu se rendant secrètement dans la maison voisine. — Il va voir celle qu'il aime, dit Oswald. — Oui , répondit Corinne. — Et pour moi , reprît Oswald, le bonheur de ce jour va finir. — Les regards deCorinne , élevés vers le ciel en cet instant , se remplirent de lar- B»s. Oswald oaignit de l'avoir offensée , et se prosterna devant

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elle pour obteoir le pardon de l'amour qui l'entraloait. — Noa , lai dit Corinne, en lui tendant la main et l'invitant à s'en retourner ensemble ; non , Os vald , j'en suis assurée , tous respecterez celle qui vous aime. Vous le savez, une simple prière de vous serait toute-puissante; c'est donc vous qui répondez de moi; c'est TOUS qui me refuseriez à jamais pour votre épouse, si vous me rendiez indigne de l'être. ~ Eh bien ! rëpondit Oswald, puisque vous croyez à ce cruel empire de votre volonté sur mon cœur, d'où vient, Corinne, d'oii vient donc votre tristesse? — Hélas! reprit-elle, je me disais que ces moments que je passe avec tous à préseul étaient les plus heureux de ma vie : et comme je tournais mes regards vers le ciel pour l'en remcrder, je ne sais par quel hasard une superstition de mon eniance s'est ranimée dans mon cceur. La lune que je contemplais s'est couverte d'un nuage , et l'aspect de ce nuage était funeste. J'ai toujours troUTé que le ciel avait une expression tantflt pater^ nelle,tantât irritée; et je vous le dis, Oswald.cesoiril condamnait notre amour. —Chère amie, répondit lord Nelvil, les seuls augures de la vie de l'homme, ce sont ses actions, bonnes ou mauvaises : et n'ai-je pas , ce soir même , immolé mes plus ardents désirs à un sentiment de Tertu.^ — Eh bien ! tant mieux , si vous n'étee pas compris dans ce présage , reprit Corinne ; en effet, il se peut que ce ciel orageux n'ait menaoé que moi. —

CHAPITBE II.

ils arriTèrent à Naples de jour , au milieu de cette ii population qui est si animée et si oisive tout à la fois. Ils traversèrent d'abord la rue de Tolède , et virent les Lazzaroni couchés sur les paTés , ou retirés dans un panier d'osier , qui leur sert d'habitation jour et nuit. Cet état sauT^e qui se voit là, mêlé avec la civilisation , a quelque chose de très-original. Il en est , parmi ces hommes , qui ne savent pas même leur [vopre nom , et vont à confesse avouer des péchés anonymes , ne pouvant dù^ comment s'appelle celui qui les a commis. Il existe à

on l'itâux. 2!9

Naples une grotte sous terre , oit des milliers de Lazzaroni passent leurvie.eDsortaDt seulement à midi pour voir le soleil, et dormant le reste du jour, pendant que leurs femmes filent. Dans les climats où le vêtement et la nourriture sont si faciles , il faudrait un gouvernement très-indépendant et très-actif, pour donner à la nation une émulation sufGsante; car il est si aisé pour le peuple de subsister matériellement à Naples , qu'il peut se passer du genre d'industrie nécessaire ailleurs pour gagner sa vie. La paresse et l'ignorance, combinées avec l'air volcanique qu'on respire dans ce séjour, doivent produire la férocité, quand les passions sont excitées ; mais ce peuple n'est pas plus méchant qu'un autre. Il a de l'ima^nation , ce qui pourrait être le principe d'actions désintéressées ; et aveccette imagination on le conduirait au bien , si ses institutions politiques et religieuses étaient bonnes.

On voit des Calabrais qui ^ mettent en marche pour aller cultiver les terres , arec un joueur de violon à leur tête , et dansant de temps en temps pour se reposer de marcher. Il y a tous les ans, près de Naplea, une fête consacrée à la Madone de la grotte , dans laquelle les jeunes filles dansent au son du tambourin et des castagnettes; et il n'est pas rare qu'elles fassent mettre pour condition , dans leur contrat de mariage , que leurs époux les conduiront tous les ans a cette fête. On voit à Naples , sur le théâtre, un acteur 9gé de quatre-vingts ans, qui, depuis soixante ans , fait rire les Napolitains dans leur rôle comique national , le Polichinelle. Se représente-t-on ce que sera l'immortalité de l'âme pour un homme qui remplit ainsi sa longue Tie?Le peuple de Naples n'a d'autre idée du bonheur que le plaisir; mais l'amour du plaisir vaut encore mieux qu'un ^ï»De aride.

Il est vrai que c'est le peuple du monde qui aime le plus l'argent : si TOUS demandez à un homme du peuple votre chemin dans la rue , il tend la main après avoir fait un signe : car ils sont plus paresseux pour les paroles que pour les gestes -, mais leargodt pour l'aident n'est point méthodique ni réOéchi ; ils le dépensent aussitôt qu'ils te reçoivent. Si l'argent s'introduisait chez les sauvages , les sauvages le demanderaient comme cela. , - ao 1

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Ce qui maoque le plus h cette nation , en général , c'est le sentiment de la dignité. Ils font des actions généreuses et bienveillautes par bon coeur , plutôt que par priudpes ; car leur ttiéorie en tout gen» ne vaut rien, et l'opinion , en ce pays , n'a point de forée. Mais lorsque des hommes ou des femmes échappent à cette anarchie morale , leur conduite est plus remarquable en elle-même , et plus digne d'admiration que partout ailleurs, puisque rien , dans les circonstances extérieures , ne favorise la vertu ; on la prend tout entière dans son âme. Les lois ni les mœurs ne récompensent ni ne punissent. Celui qui est vertueux est d'autant plus héroïque , qu'il n'en est pour cela ni plus considéré ni plus rechercbé.

A quelques boaorables exceptions près , les hautes classes ont assez de ressemblance avec les dernières ; l'esprit des unes n'est guère plus cultivé que celui des autres, et l'usage du monde fait la seule différence à l'extérieur. Hais au milieu de cette ignorance il y a un fonds d'esisrit naturel et d'aptitude à tout , tel qu'on ne peut prévoir ce que deviendrait une semblable nation, si toute la force du gouvernement était dirigée dans le sens des lumières et de la morale. Comme il y a peu d'instruction àNaples, on ytrouve, jusqu'à présent, plus d'originalité dans le caractère que dans l'esprit. Hais les hommes remarquables de ce pays , tels que l'abbé Galiaoi , Caracfioli , etc. , possédaient, dit-on, au plus haut degré la plaisanterie et la réflexion, rares puissances de la pensée, réunion sans laquelle la pédanterie ou la frivolité vous empâche de connaître la vértiable voleur des cboses.

Le peuple napolitain, è quelques égards , n'est point du tout dvilisé ; mais il n'est point vulgaire à la manière des autres peuples. Sa grossièreté même frappe l'imagination. La rive afi'icaine qui borde la ma de l'autre côté se fait presque déjà sentir, et il y aje ne sais quoi de Numide dans les cris sauvages qu'on entend de toutes parts. Ces visages brunis, ces vêtements formés de quelques morceaux d'étoffe rouge ou violette , dont la couleur foncée attire les r^ards ; ces lambeaux d'habillements , que ce peuple artiste drape encore avec art, donnent quelque chose de pittoresque à la populace , tandis qu'ailleurs l'on ne

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peut Toir en elle que les misères de la civilisation. Un certain godt pour la parure et les décorations se trouve Gonvent , à Naples , à cdté du manque absolu des choses nécessaires ou commodes. Les boutiques sont ornées agréablement avec des flean et des fruits. Quelques-unes ont un air de fête qui ne tient ni à l'abondance ni à la félicité publique, mais seulement à la vivacité de l'imaginatiou; on veut réjouir les yeuï avant tout. La douceur du climat permet aui ouvriers en tout genre de travailler dans la rue. Les tailleurs y font des habits, les traiteurs leurs repas; et les occupations de la maison , se passant ainsi au dehors , multiplient le mouvement de mille manières. Les chants, les danses, des jeux bruyants, accompa(;nent assez bien tout ce spectacle; et il n'y a point de pays oij l'on sente plus clairement la différence de l'amusement au bonheur; enfin , l'on sort de l'inEérieur de la ville pour arriver sur les quais , d'où l'on voit et la mer et le Vésove , et l'on oublie alors tout ce que l'on sait des hommes.

Oswald et Corinne arrivèrent à Naples pendant que l'éruption du Vésuve durait encore. Ce n'était de jour qu'une fumée noire , qui pouvait se confondre avec les nuages ; mais le soir , en s'avaoçant sur le balcon deleur demeure, ils épronvërent une éntotion tout à fait inattendue. Le fleuve de feu descend vers la mer, etsesVagues de flamme, semblables aui vagues de l'onde, expriment, comme elles, la succession rapide et continuelle d'un infatigable mouvement. On dirait que la nature , lorsqu'elle se transforme en des éléments divers, conserve néanmoins toujours quelques traces d'une pensée unique et première. Ce phénomènedii Vésuve cause un véritable battement de coeur. On est si familiarisé d'ordioaiie avec les objets extérieurs, qu'on aperçoit à peine leur existence ; et l'on ne reçoit guère d'émotimi nouvelle , en ce gean, au milieu de nos prosaïques contrées-, mais tout à coup l'étonneraent que doit causer l'univers se renouvelle i l'aspect d'une merveille inconnue de la création : tout notre être est agité par cette puissance de la nature , dont les combinaisons sociales nous avaient distraits longtemps; nous sentons que les plus grands mystères de ce monde ne consistent pas tous dan* l'homme , et qu'une force indépendante de lui le

menace ou le protège, selon des lois qu'il ne peut pénétrer. Oswald et Corinne se promirent de monter sur le Vésuve ; et ce qu'il pouvait y avoir de périlleux dans cette entreprise répandait un <^rme de plus sur un projet qu'ils devaient exécuter ensemble.

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