‹ CorinneChapitre 52 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le temps commençait à changer lorsqu'ils arrivèrent à Naples; le ciel s'obscurcissait, et l'orage, qui s'annonçait dans l'air, agitait déjà fortement les vagues , comme ri la tempête de la mer répondait du sein des flots à la tempête du ciel. Oswald avait devancé Corinne de quelques pas , parce qu'il voulait faire apporter des flambeaux pour la conduire plus sûrement jusqu'à t>a demeure. En passant sur le quai , il rït des Lazzaroni rassemblés qui criaient assez liant : Ahl le pauvre homme, il ne peut pas s'en tirer; ii/avt aooir patience, il périra. — Que dites-vous! s'écria lord Nelvil avec irapéhiosité, de qui parlezvous? — D'an pauvre vieillard, répondirent-ils, juf te baignait là-bas, non loin du môle , mais qui a été pris par Forage , et n'a pas assez de force pour lutter contre les vagues et regagner le bord- Le premier mouvement d'Oswald était de

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se jeter à l'eau ; mais , réfléchissant à la frayeur qu'il causerait h Corinne lorsqu'elle approcherait,. il cf&it tout l'argent qu'il portait avec lui , et en promit le double, à celui qui se jetterait dans Tean pour retirer le vieillard. Les Lazzaroni refus^«nt , en disant : Nous aixmi iroppeur, il y a trop de danger; cela ne se peut pat. En ce moment le vieillard disparut sous les Dots. Oswald n'hésita plus . et s'étança dans ta mer, malgré les vagues qui recouvraient sa tête. Il lutta cepoidant heureusement contre elles , atteignit le vieillard , qui périssait un instant plus tard, le sai^t, et le ramena sur le bord. Mais le froid de l'eau, les efforts violents d'Oswald contre la mer agitée , lui firent tant de mal, qu'au moment où il apportait le vieillard sur la rive, il tomba sans connaissance-, et sa pâleur était telie en cet état, qu'on devait croire qu'il n'existait plus.

Corinne passait alors, ne pouvant passe donter de ce qui venait d'arriver. Elle aperçut une grande foule rassemblée, et entendant crier, // est mort, elle allait s'éloigner, cédant à la terreur que lui inspiraient ces paroles , lorsqu'elle vit ud des Anglais qui raccompagnaient fendre précipitamment la foule. Elle fitquelques pas pour le suivre-, et le premier objet qui frappa ses regards , ce fut l'habit d'Oswald , qu'il avait laissé sur le rivage en se jetant dans l'eau. Elle saisit cet habit avec un désespoir convulsif , croyant qu'il ne restait plus que cela d'Oswald ; et quand elle le reconnut enfin lui-même , bien qu'il parût saos vie, die se jeta sur son corps inanimé avec nne sorte de transport ; et le pressant dans ses bras avec ardeur, elle eut l'inexprimable bonheur de seatir encore les battements du eœm d'Osirald , qui se ranimait peut-être à l'approche de Corinne. — II vit! s'écriat-elle, il vit! — Et dans ce moment elle reprit une force, un courage qu'avaient à peine les simples amis d'Oswald. Elle appela tous les secours , elle-même sut les donner ; elle soutenait la tête d'Oswald évanoni ; elle le couvrait de ses larmes ; et, malgré la plus cruelle agitation , elle n'Mibliait rien, elle ne perdait pas un instant , et ses soios n'étaient point interrompus par sa douleur. Oswald paraissait un peu mieux; cependant il n'avait point encore repris l'usage de ses sens. Corinne le fit transporter citez elle , et se mit à genoux à cdté de lui , l'entoura

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des parfums qui devaient le ranimer , et l'appelait avec un accentsi tendre, si passionné, que ta vie devait revenir à cette voix. Oswald l'entendit , rouvrit les yeui , et lui serra la main.

Se peut-il que, pour jouir d'un tel moment , il ait fallu sentir les angoisses de l'enfer! Pauvre nature humaine! Nous ne connaissons l'inBni que par la douleur ; et, dans toutes les jouissances de ia vie , il n'est rien qui puisse compenser le désespoir de voir mourir ce qu'on aime.

— Crud , s'écria Corinne, cruel ! qu'avez-vousfaitP — Pardonnez, répondit Oswaldd'unevoix tremblante, pardonnez. Dans rinstant où je me suis cru près de périr, croyez-moi, chère amie, j'avais peur ponr vous, — Admirable expression de l'amour partagé , de l'amour au plus heureux moment de la confiance mutuelle! Corinne, vivement émue par ces délicieuses paroles, iie put se les rappeler jusqu'à son dernier jour, sans un attendrissement qui , pour qudques instants du moins fait tout pardonner.

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