CHAPITRE V
Corinne revint à elle; et la vue d'Oswald, qui avait dans son regard la plus touchante expression d'intérêt et d'inquiétude , lui rendit un peu de calme. Les Napolitains remarquaient avec tonnement la teinte sombre de la poésie de Corinne, ils admiraient l'harmonieuse beauté de son langage ; néanmoins ils auraient soahaité que ces vers fussent inspirés par une disposition moins triste , car ils ne considéraient les heauz-arts, et parmi les beaui-arta la poésie, que comme une manière de se distraire des peines de la vie, et nonde creuser plus avant dans ses terribles secrets. Mais les Anglais , qui avaient entendu Corinne , étaient pénétrés d'admiration pour elle.
Us étaient ravis de voir ainsi les soitiments mélancoliques exprimés avec l'imagination italienne. Cette belle Corinne, dont les traits animés et le regard plein de vie étaient destinés à peindre le bonheur; cette miedu soleil , atteinte par des peines secrètes , ressemblait à ces Heurs encore fraîches et brillantes, mais qu'un point noir, causé par une piqûre mortelle, menace d'une Bn prochaine.
Toute la société s'embarqua pour retourner à Naples; el la chaleur et le calme, qui régnaient alors, faisaient goûter vivement le plaisir d'être sur la mer. Goethe a peint, dans une délicieuse romance , ce penchant que l'on éprouve pour les eaux, au milieu de la chaleur. La nymphe du fleuve vante au pêcheur te charme de ses flots : elle l'invite à s'y rafraîchir, et , séduit par degrés, enfin il s'y précipite. Celte puissance magique de l'onde ressemble , en quelque manière, au regard du serpent qui attire en effrayant. La vague , qui s'élève de loin et se grossit par d^rés, et se bâte en approchant du rivage, semble correspondre avec un désir secret du cœur, qui commence doucement et devient irrésistible.
Corinneétait plus calme; les délicesdubeau temps rassuraient son âme ; elle avait relevé les tresses de ses cheveux , pour mieux '
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sentir ce qu'il pouvait y avoir d'air autour d*elle ; sa flftun était ainsi plus diarmaute que jamais. Les iostruments à vent, qui suivaient dans uue autre barque, produisaient un effet enchanteur : ils étaient en harmonie avec la mer, les étoiles , et la douceur enivrante d'un soir d'Italie; mais ils causaient une plus touchante émotion encore : ils étaient la voix du ciel su milieu de la nature. — Chère amie , dit Oswald à voix basse , cbèra amie de mon cœur, je n'oublierai jamais et jour : en pourra-t-it jamaisexister un pIoB heureux? — Et, en prononçant ces paroles , ses yeui étaient remplis de larmes. L'un des agréments séducteurs d'Oswald , c'était cette émotion fecile , et entendant contenue, qui mouillait souvent, malgré lui, ses yeux de pleurs ; son regard avait alors une expression irrésistible. Quelquefois même, au milieu d'une douce plaisanterie, on s'apercevait qu'il était ébranlé par un attendrissement secret qui se mêlait à sa gaieté, et lui donnait un noble charme. — Hélas: répondit Corinne , non , je n'espère plus un jour tel que celui-ci ; qu'il soit béni du moins comme le dernier de ma vie , s'il n'est pas , s'il ne peut pas être l'aurore d'un bonheur durable !