‹ Corisande de MauléonChapitre 3 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le voyageur qui traverse rapidement le Béarn aperçoit un peuple qui diffère de costume, de langage et de physionomie avec le reste de la France; mais il ne sait rien de plus. Le Béarnais n'est ni Français , ni Espagnol ; il ne ressemble pas au Gascon , nia l'habitant du Bigorre , ses voisins ; il ne voudrait être confondu ni avec les uns ni avec les autres ; il dédaigne franchement tout ce qui est au-delà des limites de son pays ; peut-être est-ce une réminiscence de jours plus glorieux , lorsque le Béarn formait un État indépendant , lorsque ces hommes allaient à la guerre contre les Maures d'Espagne et les Anglais de Guyenne , lorsqu'ils étaient appelés à délibérer sur les affaires publiques.

En France , depuis 40 ans , on fabrique des Chartes ; c'est de la liberté , du despotisme , de la licence que Ton jette et que l'on met dans la balance, ce qui la fait trop légère ou trop pleine. Il y a plus de huit siècles que le Béarnais , avec son esprit et son bon sens, se donna sans fracas une constitution d'allure franche et noble , aussi bonne peut-être que celles qu'on essaie aujourd'hui.

C'était un souverain qui avait l'air assez mai-

TJ INTRODCCTIOIT.

ire pour avoir bonne mine et porter la tête fièrement, et qui pourtant répondait de ses méfaits devant l'assemblée générale appelée Conr Majour. ,

C'étaient des barons usant de leurs privilèges , mais qui étaient cités devant la Cour Majour par le moindre vassal , et tenus à lui donner satisfaction , même les armes à la main, s'il l'exigeait

C'étaient des vallées , des villes et des bourgades envoyant leurs pâtres et leurs bourgeois pour délibérer sur la paix et sur la guerre , sur les impôts à accorder et à refuser ; toutes choses qui les touchaient d'assez près pour qu'on leur demandât leur avis.

Si la souveraine de Béarn (dans ce pays courtois il n'y avait pas de loi salique) était à marier , les députés votaient pour le choix de l'époux qui devenait leur prince ; ils agissaient comme dans une affaire de famille , pesant le mérite des prétendans , et les avantages qu'en retirerait la province ; c'est ainsi que furent appelées la maison d'Albert puis celle de Bourbon.

Pendant les assemblées de la Cour Majour , les députés des vallées mangeaient à la table du

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souverain ; ils apportaient au banquet royal leur majesté d'hommes libres et la poésie de leurs montagnes.

Aussi, nul ne porta la tête plus haut, et n'eut le regard plus assuré que le pasteur des vallées d'Aspe , d'Ossau et de Barré tous ; à sa pose , vous devinez l'estime qu'il fait de lui ; le bâton dont il se sert n'est pas seulement une houlette : ses pères en usaient comme les chevaliers de leurs épées, pour vider une querelle et connaître le jugement de Dieu.

Il fallait bien que cela fût sage , et que chacun fut content ; car princes et sujets s'aimaient fort , sans courtisanerie ni parades. Et cela dura jusqu'à ce que Henri IV vînt joindre à la couronne de France le beau fleuron du Béarn ; et le Béarn s'en serait bien passé , car depuis lors, traîné à la remorque , il a dû subir le bon plaisir , le caprice et les vicissitudes de sa compagne.

La volonté de Henri était que le Béarn restât indépendant de la France. Il le laissa se gouverner à sa vieille mode , et veillait de loin à sa prospérité ; il appela son second fils du nom béarnais de Gaston. Le vainqueur de la Ligue tournait ses pensées vers le pays natal avec

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amour, avec regret peut-être. Qui sait?.... il est des heures où la gloire a ses désenehantemens ! Le cours du Gave est plus franc que celui de la Seine ; Corisande d'Andoins avait été aimée comme Gabrielle , et le roi de France se sentait entre le couteau de Jacques Clément et le poignard de Ravaillac.

L'idiome du Béarn est doux: dans la bouche mignarde de ses femmes ; il est singulièrement propre à la plaisanterie , et pittoresque comme les imaginations qu'il traduit. Le Béarnais honore sa langue. On la parlait seule à la cour de Pau ; il n'y a guère plus de cent ans qu'elle était employée dans les actes publics. Les classes élevées de la société ont regret à ne plus s'en servir , et encore aujourd'hui , quand on veut peindre rapidement une idée originale, on emprunte une expression béarnaise ; les chansonniers du pays lui demandent son aide pour des tours pleins de grâce et de malice.

Les fors ou vieilles chartes écrits dans ce langage renferment les sermens des princes de Béarn, et des lois paternelles. Henri IV dota la France de plusieurs de ces lois. Jusqu'alors on n'fivait eu nul souci de conserver au pauvre débiteur arrêté pour dettes son lit pour y mou-

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