‹ Corisande de MauléonChapitre 4 sur 11 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

rir , ni au laboureur ses instrumens de travail pour gagner son pain ; ce fut la loi du vainqueur, la loi du Béarnais.

Il est difficile de dessiner d'un seul trait le Béarnais moderne; il peut être vu sous trois faces : le pasteur de la montagne d'abord, planant une moitié de l'année sur les nuages , recueillant de grandes pensées dans ces régions où il vit en la présence de la Divinité qui l'étonne de ses œuvres ; sa physionomie méditative et noble garde l'empreinte de ses impressions. Il mène la vie nomade des patriarches : comme eux croyant; comme eux, il donne l'hospitalité au voyageur curieux , lui sert de guide avec probité et intelligence , s'intéresse à lui à proportion de la sympathie qu'il lui découvre pour ses montagne^.

Ainsi que les fils de Jacob , il lutte corps à corps avec les bêtes fauves , et guerroie contre les pasteurs des pays voisins , pour une source ou des pâturages ; d'autres fois, appuyé sur son bâton , c'est la force dans le repos , la rêverie d'une ame occupée : il plonge de l'œil dans l'abime , ou écoute tonner l'avalanche.

Quand vient l'automne , il descend toiyours plus bas, cédant le terrain aux neiges, et quand

X IITTRODUCTION.

elles envahissent la vallée, renfermé avec sa famille , ce sont les danses , les jeux , l'amour, le mariage , la vie ordinaire avec toutes ses phases . saisie par des âmes fortes !

Les montagnards qui avoisinent les eaux bonnes et les eaux chaudes , sont corrompus par le contact des étrangers et l'appât du gain. Il n'est pas nécessaire de dire que les patres de Saint-Sauveur , Barèges , Cauterets sont de la Bigorre; il ne faut pas les confondre avec les Béarnais dont ils n'ont ni l'esprit ni l'urbanité.

Vient ensuite le paysan des deux Gaves , de Pau, et d'Oleron, riche, résidant dans de beaux villages où l'ardoise et le marbre sont prodigués; aux jours des noces et des solennités, vêtu de velours et de soie; gracieux et beau, insolent de bien-être , il se croit l'égal de tout le monde , ne cédant le pas que par courtoisie , faisant de sa vie une longue fête.

Puis , c'est l'habitant du Vicbill . vieux district à la lisière de l'Armagnac et du Bigorre , sur un terrain âpre et fantasquement découpé. II est pauvre, mais orgueilleux comme ses concitoyens ; c'est lui qui chante plus fort que les autres ce couplet de leur chanson favorite , que l'on peut traduire ainsi :

INTRODUCTIOIV. XJ

«t Encore que je sois pauvre dans ma petite sphère , j'aime mieux mon berret râpé que le plus beau chapeau galonné, d

Dans le Vicbill , il y a peu de villages , mais le pays est couvert d'habitations coquettement placées au milieu d'un bouquet d'arbres, au bout d'une prairie , près d'un courant d'eau , avec un jardin et des roses. Au matin, de longues fumées s'échappent de ces toits ; il s'élève de cette multitude de chaumières des bruits champêtres et doux ; ce sont des rires déjeunes filles, des éclats d'enfans , léchant des coqs, des beuglemens de troupeaux , l'aboiement des chiens ; cette terre chargée d'êtres vivans jette au loin une longue harmonie.

En Béarn , le droit d'aînesse est toujours en vigueur ; quand l'aîné a reçu tout ce que la loi permet de lui donner , et qu'il est encore aidé par des fraudes paternelles , le cadet va se faire un gîte. Le Vicbiilois veut avant tout avoir une case, c'est ainsi qu'il nomme sa maison; s'il n'a plus un denier après avoir acquis un peu plus de six pieds de terre , il fait un appel à ses voisins ; on prend les cailloux graniteux qui roulent sur le sol , on pétrit de l'argile, on la façonne avec goût , on construit une demeure où

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