‹ Cornaro, tyran pas doux traduction en quatre actes et en vers d'Angelo, tyran de PadoueChapitre 3 sur 42 · MAL AO A · texte numérisé non relu

MAL AO A

Oui , mais l'indigne objet de ce feu ridicule ,

Le connaissez-vous bien ? Moi , je suis funambule ; Le hasard à Paris u’a point conduit mes pas.

J'y viens pour des projets que Pon ne connaît pas. Répondez ! savez-vous ce que c’est qu’une mère ?

coh\abo , an peu étonné.

La question , ma belle , est extraordinaire.

MALAQA.

J’en conviens... Répondez, et parlez sans détour. CORXARO.

Communément , c’est celle & qui l’on doit le jour. MALAGA.

Votre réponse est juste et pleine de mérite ;

( Lui serrant la maûi.)

Vous êtes très-malin, je vous en félicite.

corxaro , t* inclinant

De rien !

MALAGA

N'eût jamais entonne qne la chanson légale ;

Mais dans la politique elle fit un écart;

De là tous nos malhcuim.

corxaro , avec sentiment.

J'y prends beaucoup de part.

MALAGA

Un gendarme passait, sa fureur fut sans bornes... Oh ! qu'ils sont embêta ns ces juges à trois cornes! corxaro.

Je suis de votre avis.

malAga.

Il empoigna maman ,

Et le tambour de basque , et tout le tremblement; Et , d’un air triomphant , il l'emmenait au poste , Lorsqu une jeune tille au même instant l'accoste...

corkaro.

Ah! c'est fort dramatique!

MALAGA

Ange échappé du ciel ,

Et tombé tout exprès sur le pont Saint-Michel ,

Un affreux coup de poing , emplâtre salutaire,

Est par elle applique sur ce nez militaire.

Le gendarme roulant, honteux et tout confus,

Jura , mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus. CORXARO.

Ce n’est pas tout , en fait de questions,

J’ai de quoi vous fournir, j’ai des provisions.

Di tes-moi , savez-vous ce que c'est qu'une femme ?

cobxaro , finement.

J'en ai quelque soupçon. Demandez à madame Cornaro, vous verrez qu’en mainte occasion...

malaga , V interrompant vivement Très-bien ; vous le savez.

corxaro , à part.

Quelle obstination

Met-elle à m’adresser des phrases saugrenues ,

Des questions sans suite, et qui tombent des nues?

MALAGA

Vous ne devinez pas où je veux en venir ?

CORXARO.

De comprendre cela je n'ai pas le plaisir.

C’est pour vous dire donc que j'avais une mère...

CORXARO.

Eh bien, je ro’cn doutais, ça c’est très-ordinaire; Même on ne peut venir au monde en sûreté.

Sans avoir accompli cette formalité.

Votre mère?...

malaga, d'un air modeste.

Chantait sur la publique voie.

S faut prendre l'état que le ciel nous envoie. CORXARO.

Bon ! Chanteuse en plein vent , c’est un fort bel état.

Surtout quand on l'exerce avec un tel éclat ,

D'un pouvoir ombrageux clic bravait l’attaque ,

Car de la préfecture elle portait la plaque ;

D’un petit violon en cuivre non doré Le poitrail maternel se trouvait décoré.

Heureuse si sa voix , au son de M i; j*nb»k’ ,

Ce récit est touchant , la chose est bien certaine ,

Il rappelle de loin un vers de La Fontaine ;

Mais, n'importe aux Français, le narré d'un tel fait Ferrait, étant bien fait, un effet très-parfait.

Il faudra voir.

MALAGA

Ma utère, en cette circonstance, Transportée cl «le joie et «le reconnaissance , Regarde avec dédain sa plaque de métal,

Détache «le son sein l’objet préfectoral ,

Puis , saisissant la main de sa libératrice :

Vous venez de me rendre un énorme service, Prenez! ceci toujours vous portera bonheur.

Elle est morte depuis, tua mère.

CORXARO.

Ab!

Sur l’honneur ,

Et depuis ce tems-là , comme feu T« léma«jue ,

Je cours pour découvrir la maternelle plaque ,

Je ne puis la trouver.

CORXARO.

C’est avoir du malheur!

( On entend Psalmodi ronfler.)

Qu'est ce que j’entends là ? Quel est donc ce ronfleur?

MALAGA

C'est mon pauvre paillasse , un homme assez bizarre , C'est le plus grand dormeur de France et de Navarre. Ce cadeau me fut fait (car c’est un vrai trésor)

Par un de mes anciens de Dijon (Côte-d'Or)

Riche négociant, ayant le privilège

De fournir le premier la moutarde au saint-siège .

corxaro , souriant avec malice.

Connn !

MALAGA

Ce . . .Dijonicr , pour plaire aux amateurs, Sait fabri«|uer un tas de petites liqueurs. . .

Et pour échantillon , en m'adressant cet ho mm e ,

CORNARO

II m'envoya ponr lui doux sortes de rogomc ,

L’un extrait de Lucrèce et l'autre de Tudor :

Le premier aspliyxic et l'aime vous endort.

cornaro . enchanté.

Mais cela peut servir en mainte circonstance ,

J'en voudrais posséder un peu de cette essence. mai. ag a, étonnée.

Pourquoi ?

çoRXAno , avec légèreté.

M nis ponr tuer , oui , pour faire mourir.

Selon se* appétits chacun prend son plaisir.

MALAGA

Ah! c’est particulier , vous êtes donc féroce ? cornaro , de même.

Oui , quand je fai* du mal mon cœur est ?i la noce . MALAGA.

Oh ! je n’aurais jamais pensé cela de vous.

cornaro , de même.

( P’vne voix sombre. )

Oui , je suis un tyran. ... mais un tyran pas doux.

11 ne faut pas juger l'arbre sur sou écorcc.

J'ai uu-rile cent foi# qu'on me mît îi la Force ;

Tel que vous inc voyez... aussi de toutes parts ,

Je 11 c vois que sergens. . . et je rêve mouchards ,

( Tendrement).

Et pourtant je vou* aime . . .

mai. ag a . riant.

Elle est assez, étrange,

Votre transition...

cornaro . d'un air très-sérieux.

J’y suis forcé , mon ange ,

Quand je ne trouve pas à rompre de* chrétiens ,

Je change de sujet , vois-tu ? je romps les chiens. MALAGA.

C'est fort ingénieux.

CORNARO

Ah ! voici votre frère I Il arrive \ propos pour me tirer d'affaire.

Je sors ; en attemlant quelques instans plus doux ,

Je vais tyranniser.

MALAGA

Hicn de* choses chez vou» !

( Cornaro sort par la droite. )

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