MAL AO A
Oui , mais l'indigne objet de ce feu ridicule ,
Le connaissez-vous bien ? Moi , je suis funambule ; Le hasard à Paris u’a point conduit mes pas.
J'y viens pour des projets que Pon ne connaît pas. Répondez ! savez-vous ce que c’est qu’une mère ?
coh\abo , an peu étonné.
La question , ma belle , est extraordinaire.
MALAQA.
J’en conviens... Répondez, et parlez sans détour. CORXARO.
Communément , c’est celle & qui l’on doit le jour. MALAGA.
Votre réponse est juste et pleine de mérite ;
( Lui serrant la maûi.)
Vous êtes très-malin, je vous en félicite.
corxaro , t* inclinant
De rien !
MALAGA
N'eût jamais entonne qne la chanson légale ;
Mais dans la politique elle fit un écart;
De là tous nos malhcuim.
corxaro , avec sentiment.
J'y prends beaucoup de part.
MALAGA
Un gendarme passait, sa fureur fut sans bornes... Oh ! qu'ils sont embêta ns ces juges à trois cornes! corxaro.
Je suis de votre avis.
malAga.
Il empoigna maman ,
Et le tambour de basque , et tout le tremblement; Et , d’un air triomphant , il l'emmenait au poste , Lorsqu une jeune tille au même instant l'accoste...
corkaro.
Ah! c'est fort dramatique!
MALAGA
Ange échappé du ciel ,
Et tombé tout exprès sur le pont Saint-Michel ,
Un affreux coup de poing , emplâtre salutaire,
Est par elle applique sur ce nez militaire.
Le gendarme roulant, honteux et tout confus,
Jura , mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus. CORXARO.
Ce n’est pas tout , en fait de questions,
J’ai de quoi vous fournir, j’ai des provisions.
Di tes-moi , savez-vous ce que c'est qu'une femme ?
cobxaro , finement.
J'en ai quelque soupçon. Demandez à madame Cornaro, vous verrez qu’en mainte occasion...
malaga , V interrompant vivement Très-bien ; vous le savez.
corxaro , à part.
Quelle obstination
Met-elle à m’adresser des phrases saugrenues ,
Des questions sans suite, et qui tombent des nues?
MALAGA
Vous ne devinez pas où je veux en venir ?
CORXARO.
De comprendre cela je n'ai pas le plaisir.
C’est pour vous dire donc que j'avais une mère...
CORXARO.
Eh bien, je ro’cn doutais, ça c’est très-ordinaire; Même on ne peut venir au monde en sûreté.
Sans avoir accompli cette formalité.
Votre mère?...
malaga, d'un air modeste.
Chantait sur la publique voie.
S faut prendre l'état que le ciel nous envoie. CORXARO.
Bon ! Chanteuse en plein vent , c’est un fort bel état.
Surtout quand on l'exerce avec un tel éclat ,
D'un pouvoir ombrageux clic bravait l’attaque ,
Car de la préfecture elle portait la plaque ;
D’un petit violon en cuivre non doré Le poitrail maternel se trouvait décoré.
Heureuse si sa voix , au son de M i; j*nb»k’ ,
Ce récit est touchant , la chose est bien certaine ,
Il rappelle de loin un vers de La Fontaine ;
Mais, n'importe aux Français, le narré d'un tel fait Ferrait, étant bien fait, un effet très-parfait.
Il faudra voir.
MALAGA
Ma utère, en cette circonstance, Transportée cl «le joie et «le reconnaissance , Regarde avec dédain sa plaque de métal,
Détache «le son sein l’objet préfectoral ,
Puis , saisissant la main de sa libératrice :
Vous venez de me rendre un énorme service, Prenez! ceci toujours vous portera bonheur.
Elle est morte depuis, tua mère.
CORXARO.
Ab!
Sur l’honneur ,
Et depuis ce tems-là , comme feu T« léma«jue ,
Je cours pour découvrir la maternelle plaque ,
Je ne puis la trouver.
CORXARO.
C’est avoir du malheur!
( On entend Psalmodi ronfler.)
Qu'est ce que j’entends là ? Quel est donc ce ronfleur?
MALAGA
C'est mon pauvre paillasse , un homme assez bizarre , C'est le plus grand dormeur de France et de Navarre. Ce cadeau me fut fait (car c’est un vrai trésor)
Par un de mes anciens de Dijon (Côte-d'Or)
Riche négociant, ayant le privilège
De fournir le premier la moutarde au saint-siège .
corxaro , souriant avec malice.
Connn !
MALAGA
Ce . . .Dijonicr , pour plaire aux amateurs, Sait fabri«|uer un tas de petites liqueurs. . .
Et pour échantillon , en m'adressant cet ho mm e ,
CORNARO
II m'envoya ponr lui doux sortes de rogomc ,
L’un extrait de Lucrèce et l'autre de Tudor :
Le premier aspliyxic et l'aime vous endort.
cornaro . enchanté.
Mais cela peut servir en mainte circonstance ,
J'en voudrais posséder un peu de cette essence. mai. ag a, étonnée.
Pourquoi ?
çoRXAno , avec légèreté.
M nis ponr tuer , oui , pour faire mourir.
Selon se* appétits chacun prend son plaisir.
MALAGA
Ah! c’est particulier , vous êtes donc féroce ? cornaro , de même.
Oui , quand je fai* du mal mon cœur est ?i la noce . MALAGA.
Oh ! je n’aurais jamais pensé cela de vous.
cornaro , de même.
( P’vne voix sombre. )
Oui , je suis un tyran. ... mais un tyran pas doux.
11 ne faut pas juger l'arbre sur sou écorcc.
J'ai uu-rile cent foi# qu'on me mît îi la Force ;
Tel que vous inc voyez... aussi de toutes parts ,
Je 11 c vois que sergens. . . et je rêve mouchards ,
( Tendrement).
Et pourtant je vou* aime . . .
mai. ag a . riant.
Elle est assez, étrange,
Votre transition...
cornaro . d'un air très-sérieux.
J’y suis forcé , mon ange ,
Quand je ne trouve pas à rompre de* chrétiens ,
Je change de sujet , vois-tu ? je romps les chiens. MALAGA.
C'est fort ingénieux.
CORNARO
Ah ! voici votre frère I Il arrive \ propos pour me tirer d'affaire.
Je sors ; en attemlant quelques instans plus doux ,
Je vais tyranniser.
MALAGA
Hicn de* choses chez vou» !
( Cornaro sort par la droite. )